Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Mille (et une) lectures
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 87 816
Derniers commentaires
Archives
Mille (et une) lectures
29 juillet 2015

Carnets de thèse

 

61JQR7b+YeL

Jeanne est prof dans un collège en ZEP. Jusqu'au jour où elle apprend qu'elle est acceptée en thèse de doctorat. Euphorique, elle se met en disponibilité de l'Education nationale et se lance, sans le savoir, dans l'Enfer.

Cela faisait un moment que je lorgnais sur cette BD, j'ai craqué et je l'ai lue !
Les personnages sont caricaturaux à souhait. Jeanne cumule tous les handicaps et tous les déboires imaginables.
Elle n'est pas financée et accepte donc un poste d'enseignant vacataire,

11825659_949854415056753_5634338428808877320_n



dans un domaine dont elle n'est pas spécialiste, pour en rajouter une couche  : il va falloir qu'elle donne des cours de littérature médiévale alors que sa thèse porte que Kafka ! Mais pour en rajouter encore une couche, l'administration de l'université s'aperçoit qu'elle ne peut pas donner des cours comme vacataire, une fois qu'elle les a donnés ! Ironie du sort, la solution pour manger va être d'intégrer ladite administration !
Le timing pour sa thèse va en prendre un coup, parce que donner des cours, évidemment, demande un minimum de préparation.  Mais travailler toute la journée comme secrétaire, c'est encore plus chronophage !

L'Administration de l'enseignement supérieur est vraiment un alien dans cette BD. Elle ne paie pas. Elle fait des erreurs.Les secrétaires sont des loques impitoyables.

DSC00333

11811576_949854655056729_1487669584175755935_n


DSC00331

 

Et puis, il y a les profs...

DSC00336

Et puis encore pas de bol pour Jeanne, son directeur de thèse est un fantôme

DSC00334

Piètre personnage là aussi.

4615086_6_5b45_2015-04-13-49bf533-11716-su3a2m_8b569457603e5d3186318d3375461b69

Et puis au milieu de tout ça, il y a Jeanne qui se débat avec sa thèse proprement dite (son plan, ses fiches de lecture, une rédaction qui est aussi bordélique que sa tête), et qui se fait larguer par son petit ami qui a l'impression de faire un ménage à trois avec Kafka. Sans parler de ce que pense la famille qui ne comprend pas pourquoi Jeanne fait une thèse en littérature : ça va changer quoi au monde, hein ? Par contre, les thésards scientifiques, c'est du caviar !
Sans parler des normaliens à l'ego démesuré, chouchoux des directeurs de recherche, qui font de l'ombre aux autres thésards (mais ne s'en font pas moins exploiter).

J'ai globalement bien aimé cette BD qui m'a fait rire et sourire par son caractère outrancier et caricatural - où perce quand même une certaine vérité, même si ce n'est pas très glorieux. Elle a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Mais je n'ai eu aucune bonne  surprise. J'ai donc fini par m'ennuyer un peu.






Publicité
16 mai 2015

Les filles de l'ouragan

les filles de l'ouragan

Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d'ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste "soeurs d'anniversaire". Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l'art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d'une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s'installer en Pennsylvanie. On peut penser que s'en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l'habitude de se voir une fois par an pour la date d'anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d'anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l'image de la météo du jour de leur conception...

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d'alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d'Amérique au fil du temps, d'aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n'ont pas connaissance. 
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu'elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l'art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l'érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu'à ce qu'un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s'intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C'est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intégre l'Ecole d'agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu'elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l'histoire!
En tout cas, on ne s'ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n'aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l'endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal...
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s'il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s'y plier, mais pour combler l'exaltation artistique qui l'a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d'une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l'intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l'histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l'avoir terminé. J'ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j'apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L'homme de la Montagne (merci Festival America !). J'ai adoré l'ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d'aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c'est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu'on devine peu ou prou l'intrigue bien avant la fin parce qu'il y a trop d'indices pour que l'on n'y pense pas ! Mais en même temps, ce n'est pas tout à fait ce à quoi on s'attend....

newhampshiremap



A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces. Je suis déjà embarquée pour le Michigan.

 

 

 

14 mai 2015

Les Grinche à la dérive

grinchet2

Traduit par Marie Hermet

Rappelez-vous, il y a quelques mois, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d'aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d'une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d'une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu'il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l'aventure. "Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau." Et voilà, c'est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s'est agrandie : Mimi (l'ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d'une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l'ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d'histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer...

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l'insulte. Mais on se rend compte qu'ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : "lampadaire", "coloquinte""crâne de piaf", "bouche d'égout", "oeuf à la crème", "guitoune","mirliflore"... (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d'amour vache qu'ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D'ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d'insulte : "On n'a pas le droit de se donner des noms qu'on est incapable d'épeler." Même si elle ne court qu'un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi "lourd" mais il m'est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu'ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s'ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l'histoire montrera qu'ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C'est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très "classe" et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes...

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu'elle est, c'est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l'aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c'est "son aventure", les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l'origine de tout, eh bien ce n'est pas moi qui vous le dirait car c'est une vraie surprise et un vrai clin d'oeil de l'auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité... D'ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L'auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d'attirer son attention, (et de rendre hommage à l'illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

 

10931052_908183632557165_3162988237362526339_n

 

 Il explique ce qu'il pourrait écrire ou pas : "Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu'elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l'histoire n'est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche."

11136775_909219625786899_2662539241619056459_n

Je lui ai trouvé un petit air d'auteur à ce grand-père-là

pa


ou alors c'est mon imagination, c'est tout à fait possible, mais quand même...

j'ai trouvé pas mal de clins d'oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d'irlanditude... Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu'il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel "O'Neill", une Speedy-Kitty "McGinty", un lieu nommé "Gillian's Field" et même une allusion à  "Dublin" (qui m'a fait l'effet d'avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  :)

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d'une belle solidarité familiale et d'un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l'humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite...

Merci à Flammarion.

 

 

8 mai 2015

Mission collège - Une aventure d'Antoine Lebic

missioncollege

4e de couverture : "C'est décidé, Antoine Lebic passe à l'action. Dès la rentrée, il enquêtera sur les dangers qui guettent les élèves de 6e ! Pour remplir sa mission, il est prêt à tout : ne pas faire ses devoirs, pénétrer de nuit dans le collège, infiltrer la salle des profs...
Bientôt, grâce à lui, plus personne n'aura peur du collège."

Ca commence comme dans un film, avec "une mini-scène avant le générique pour expliquer tout de suite de quoi on va parler" . Dans cette séquence d'ouverture, Antoine Lebic "vient de vivre son dernier jour en CM2", "on voit (...) qu'il a peur d'entrer en sixième. Vraiment peur." Il faut qu'il trouve une solution pour surmonter sa "gigantesque trouille". Et puis, au premier chapitre, le gamin, en regardant Mission impossible, décide de devenir "agent secret infiltré en territoire ennemi". Il s'invente une mission: enquêter sur les dangers qui guettent les sixièmes." Sur le modèle de James Bond, Antoine monte une équipe de choc avec ses camarades et c'est parti...

Pour avoir dans mon entourage des enfants qui s'apprêtent à franchir le cap de la sixième, je me disais que ça pouvait être pile poil la lecture qui les intéresserait, d'autant plus que ça s'annonce sur le ton de la dérision et du comique. A la fin du livre, on trouve le dossier "top secret" rédigé par Antoine après sa mission.

J'avoue d'emblée que j'ai, dès le départ, tiqué. Antoine passe du statut de mort de trouille à celui de James Bond d'un coup, comme par magie, juste en regardant un fim : un peu too much, même dans le registre comique. Personnage de gamin peu crédible.
Puis ensuite, le récit de ses aventures part vraiment dans le registre du rocambolesque. Encore une fois, pourquoi pas. Mais la lecture est brouillée par la reproduction des "notes" prises par Antoine ou les autres gamins, les SMS qu'ils s'envoient, les dessins divers, jusqu'à en surcharger le récit principal. (C'est d'autant inutile pour la plupart qu'on retrouve les notes à la fin du roman, dans le dossier "Mission collège").  Parfois, on perd le fil.

Ensuite le contenu m'a parfois agacée, même si c'est supposé être une fiction sur le registre du comique.
Les gamins se cachent dans le collège après la dernière heure de cours, attendent que tout le monde s'en aillent, découvrent que la principale et son adjoint dorment sur place. Ils descendent dans les locaux de l'administration sans avoir à désamorcer aucune alarme, juste à crocheter une serrure de porte de bureau. Ils font tomber une lampe torche dont le verre, en se brisant sur le sol, alertent le gardien et la principale. Mais ces derniers pensent que la cause du bruit est la chute d'un cadre suspendu. Les élèves s'infiltrent dans le bureau de la secrétaire pour voler les codes d'accès des profs au logiciel Viescolaire.com où les parents peuvent consulter en ligne ce qu'ont mis les enseignants (dans la vraie vie, c'est Viescolaire.net). Ils arrivent à accéder au contenu de l'ordinateur du secrétariat juste en appuyant sur le bouton "on".  Dans les tiroirs du bureau ils trouvent un "bulletin vide" (un bulletin vierge j'imagine!)....
C'est bien connu,  les collèges ne sont pas dotés d'alarme se déclenchant à la moindre intrusion, on rentre dans les ordinateurs comme dans du beurre et il n'y a qu'à ouvrir les tiroirs pour trouver des documents vierges déjà signés... Un peu facile !

Enfin, dans le document "Mission collège", il y a pas mal de choses inexactes ou plutôt mal définies :
Le Conseiller Principal d'Education (dont il est beaucoup question dans ce roman) "c'est le boss des surveillants". En voilà une définition galvaudée ! Un CPE est certes le supérieur hiérarchique des surveillants, mais certainement pas un surveillant général, comme ça le laisse sous-entendre. Ca n'existe plus depuis plus de trente ans ! Depuis, les missions ont beaucoup changé. Sa mission est dans son titre de fonction.
"Si tu fais vraiment l'andouille en classe, on t'envoie chez le CPE. Si tu as plein d'absences ou de retards, on t'envoie chez le CPE. S'il y a une embrouille dans la cour, on t'envoie chez le CPE. Si tu te fais choper dans la réserve de la cantine, on t'envoie chez le CPE." Il manque quelque chose d'essentiel : "Si tu as des problèmes, tu peux aller voir le CPE pour en parler". Un CPE n'est pas là que pour réprimander mais surtout pour écouter, conseiller, détecter les problèmes et aider à les résoudre. Pour un roman jeunesse, c'est quand même important de le signaler. Dommage d'ailleurs qu'ici ce ne soit pas franchement un personnage sympathique !

Autre exemple :
"C.D.I (Centre de Documentation et d'Information)
C'est la bibliothèque du collège. Encore une preuve qu'ils compliquent tout exprès.
Quand il est ouvert (mais chez nous, c'est rare), tu y trouves des livres, des dictionnaires, des ordinateurs et des imprimantes." 
J'en connais qui seront ravi(e)s de lire ceci !! Et il y a une subtilité entre CDI et bibliothèque, entre bibliothécaire et professeur documentaliste...

Bref, un ensemble de choses qui ont fait que je n'ai pas adhéré à ce roman. J'aime bien les romans déjantés mais quand ça se tient. Je suis plutôt bon public avec les situations comiques, mais là j'avoue que je suis restée de marbre.

J'ai eu du mal à terminer ma lecture, pas franchement convaincue que ce soit le meilleur guide de survie pour aider les élèves de CM2 à franchir le pas sans crainte.
Un rendez-vous manqué donc.

Merci aux Editions Casterman !

 

 

 

 

 

 

 

23 avril 2015

La surface de réparation

 

lasurfacedereparation

Vincent est entraîneur du club de foot de Sedan. Célibataire et sans enfants, il a rompu avec sa famille. Un jour, sa soeur avec qui il a pourtant très peu de contacts, débarque chez lui pour lui demander de garder Léonard, son fils. Vincent découvre alors ce neveu, qu'il n'avait jamais vu et dont il connaissait à peine l'existence. Tout de suite, il remarque son physique étrange (une grosse tête, comme celle d'un adulte posée sur un corps d'enfant) et surtout un visage impassible, vierge de toute émotion. Léonard s'avère un champion pour jouer aux échecs et a une mémoire phénoménale. Une pédopsychiatre lui apprendra que cet enfant est atteint du syndrome d'Asperger : "C'est un état. Une forme d'autisme léger qui produit assez fréquemment des personnes hors du commun. (...). Einstein en était un selon toute vraisemblance."

Vincent, jusque là spectateur de sa propre vie, va voir celle-ci bousculée par ce gamin étonnant. L'occasion de se replonger dans son enfance à lui, difficile.

Alain Gillot s'attache à montrer que le syndrome d'Asperger "n'est pas une maladie" mais "une perception différente des choses". Pourtant, le roman ne focalise pas complètement sur le personnage de Léonard. Nous percevons les choses à travers les mots de Vincent qui s'exprime ici, dans ce récit à la première personne. Plus on avance dans le roman, plus Vincent parle de son enfance, de la violence de son père, de l'inertie de sa mère face à cette violence, de sa soeur complètement perdue dans sa vie, qui fait tout et n'importe quoi, tombe toujours sur des hommes mal intentionnés, reproduisant inconsciemment le modèle parental.
Vincent est un entraîneur de foot solitaire, incapable de nouer des liens durables avec qui que ce soit, et encore moins avec les femmes. Un homme malheureux. Néanmoins, c'est grâce à Léonard que Vincent va trouver le bonheur, faire la paix avec lui-même et avec sa famille. Et c'est grâce à Vincent que Léonard va progresser, s'ouvrir davantage aux autres et s'accepter tel qu'il est.

On a aussi l'impression que Vincent est atteint par une forme de syndrome d'Asperger, différente de celle de Léonard. Celui-ci lui a d'ailleurs remarqué toutes les manies qu'il a le matin, la manière dont il place systématiquement ses affaires, la façon dont il enchaine les choses, comme un rituel rassurant. Il ne se gêne pas pour lui faire remarquer.
La soeur de Vincent n'est pas en reste : elle passe son temps à fuir, à disparaître et à laisser les autres se charger de ses difficultés.
Bref, il n'y a finalement pas que Léonard qui soit Apserger dans ce roman. Les autres le sont un peu aussi à leur manière. Par leur solitude et leur difficulté à communiquer.

L'univers du club de foot est aussi perturbé par l'arrivée de Léonard. Vincent a décidé de l'initier à ce sport, pour lui montrer qu'il n'est pas aussi simpliste et facile qu'il en a l'air, que les joueurs ne sont pas sans cervelle. Un jeu aussi difficile que les échecs que Léonard affectionne.  Une rencontre qui sera fracassante pour tous et qui aidera les jeunes à revoir leur perception des choses.

Un roman basé sur le dialogue, une écriture fluide qui court comme la vie. Deux personnages principaux imparfaits mais attachants.

Même si je n'aime pas le foot, j'ai apprécié ce livre mais regretté que la fin soit finalement un peu trop lisse et convenue (on s'y attend).


Merci aux Editions Flammarion !

 

Publicité
3 janvier 2015

L'Apache aux yeux bleus

cover

Herman, 11 ans, alias "tête de pioche", vit près du village de Squaw Creek, Texas. La maison est entourée de champs de blé. Il n'est pas recommandé de s'éloigner au-delà tout seul. Nous sommes en 1870. La rumeur dit que les Apaches rodent dans le coin. Mais Herman est têtu : parce qu'un corbeau mange le blé en herbe, il décide d'aller le "scrabouiller". S'en fiche des Apaches. Jusqu'au moment où il entend dans son dos le galop d'un cheval. Trop tard. Même en courant. Des hommes aux visages peints d'une bande blanche et aux cheveux longs lui sautent dessus. Sa vie va changer à tout jamais. Il est enlevé, devient d'abord l'esclave des Apaches puis découvre qu'il est en fait le cadeau offert à la femme du chef de clan...Il est adopté par la tribu des Mescaleros, après avoir réussi avec brio le test de bravoure : ben oui, une tête de pioche apache, ça n'a peur de rien, ça ne pleure jamais, ça mange du foie cru sans chouiner et ça sait monter sur son cheval au galop !  Herman devient En Da, le "garçon blanc" apache. Chiwat devient son ami et frère. Pourtant, il n'aura pas que des alliés dans le clan: il y a le shaman qui ne l'aime pas. Il y a aussi un Comanche et des Texas Rangers qui feront irruption dans sa vie pour la chambouler de nouveau...

Incroyable récit d'aventures qui vous embarque loin, jusque dans le terrible désert des Llanos. Un sacré road trip ! Une histoire qu'on aurait du mal à croire, si on ne savait pas qu'elle est vraie et tirée des Mémoires qu'a écrit Herman et de ce que Chiwat a raconte à ses enfants. Tous les personnages ont existé.

Une page d'Histoire sur la guerre des territoires que se livrent Apaches et Texas Rangers, où l'on apprend que les Comanches étaient souvent à la solde de ces derniers. Ils ont pour ennemis les irréductibles Apaches. Irréductibles, jusqu'au jour où ils sont vaincus et parqués dans des réserves d'où ils ne pourront plus sortir. Une sorte d'Apartheid à la sauce américaine qui est toujours d'actualité, hélas !  La fin de l'histoire à cet égard est poignante.
"On va nous entasser dans des réserves et nous distribuer des rations tous les jours, comme à des bébés", explique Chiwat à son frère adoptif. Seul moyen pour les Apaches d'éviter l'extermination pure et simple. Mais à quel prix ! Dès lors, Herman-En Da se sentira investi d'une mission jusqu'à la fin de ses jours.

L'autre chose la plus incroyable est l'oubli de ses racines. Franchement, si je ne savais pas que c'était une histoire réelle, j'aurais trouvé un manque de vraisemblance au récit. Herman a 11 ans quand il est enlevé et restera 9 ans chez les Apaches. Comment peut-on tout oublier ? C'est à la fois stupéfiant, effrayant et fascinant.

Une très belle lecture qui donne envie de se plonger dans les écrits indiens et qui m'a rappelé mon séjour au Québec dans une tribu indienne... Ok, je n'ai pas mangé du foie cru, et je ne suis pas monté sur un cheval au galop (juste fait du canot, écouté un conteur hors pair la nuit tombée et dormi avec des sauterelles géantes... :p)  mais ces Indiens du Nord avaient beaucoup à nous raconter sur la souffrance et la survie de leur peuple. On sentait bien que ce n'était pas pour faire du folklore pour touristes mais pour faire passer un message...

149730_455542794349_6001970_n



Un roman jeunesse captivant, à la fois très divertissant et très instructif. Des personnages attachants. Un bel hommage au peuple indien.
Disponible à partir du 7 janvier dans toutes les bonnes librairies !

Je remercie beaucoup les éditions Flammarion Jeunesse pour l'envoi du livre

29 mars 2015

Le coeur qui tourne

102719648

Traduit par Marina Boraso

4e de couverture : "Bobby Mahon était une figure respectée du village. L'ancien contremaître de l'entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l'Irlande comme toute l'Europe déchire les liens de sa communauté autrefois soudée. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s'en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d'hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu'à l'irréparable..."

Je vais avoir un problème majeur avec ce roman : comment en parler ? Ce n'est pas que je sois amnésique ou atteinte d'Alzheimer ou je ne sais quel problème de mémoire mais faute de pouvoir faire mieux, je l'ai lu en plusieurs fois. Ce n'est certainement pas la façon dont il faut lire ce livre, pas si épais que ça (180 pages) mais qui met en scène vingt-et-un personnages, soit presque tout un village irlandais de l'après-Tigre celtique ! Un roman polyphonique - la mode veut qu'on dise "roman choral", mais bof, ça me fait penser à des gens qui pousseraient la chansonnette, ce qui n'est pas franchement le cas car ils poussent plutôt des gueulantes, à tour de rôle et avec le bagou irlandais.
Pensez donc, le mec qui faisait vivre tout le village grâce à son entreprise, s'est fait la belle avec la caisse, laissant en plan ses ouvriers, qui n'ont plu qu'à aller pointer au chômage. Et comme si ça ne suffisait pas, ils découvrent qu'en plus, le gangster n'a pas rempli les formalités administratives pour les déclarer. Donc, point de chômage. La vie des gens s'effondre. Et comme dans un village, tout le monde se connaît depuis belle lurette, le passé ressurgit, on refait le portrait de chacun. L'amertume est capable de tout.

Le point de vue de chaque personnage qui prend la parole éclaire d'un jour nouveau le portrait du "voisin" qui a été fait par un autre. Au lecteur de se faire son avis, à condition de s'y retrouver car chaque personnage s'exprime une seule fois et vingt-et-une personnes, ça fait beaucoup. Pourtant, tout se tient parfaitement. Une vraie performance littéraire même si je pense qu'il faudrait que je le relise une deuxième fois pour tout comprendre parce que le puzzle est complexe.
Bref, c'est du costaud. En plus c'est à la fois drôle, sarcastique, haut en couleurs et tragique.

J'ai décidé de laisser la parole à Lily, sans doute celle qui m'a le plus fait rire :

"Quand j'étais à la maternité pour accoucher de mon cinquième enfant, une fouille-merde de sage femme s'est débrouillée pour me faire dire le nom du père." (parce qu'elle était sous tranquillisant !)

"Il y a quelque chose d'inexplicable  dans l'attirance entre un homme et une femme. On ne peut jamais le définir. Comment est-ce que j'ai pu m'enticher bêtement d'un gros lourdaud mal fichu comme Bernie McDermott ?" (Ben oui, on se le demande !)

"Quand on tombe dans les orties, on ne risque pas de savoir d'où vient la piqûre."

"J'aime tous mes enfants comme l'hirondelle aime le bleu du ciel."

Bon allez, je donne aussi la parole à Jason qui a quelques soucis de santé :
"On m'a diagnostiqué un choc post-traumatique avec hyperactivité associée à un déficit de l'attention, trouble bipolaire, scoliose, psoriasis, tendance aux addictions et j'en passe" (un sex-symbole, quoi !)

C'est le premier roman traduit en français de Donal Ryan. Je pense qu'on entendra de nouveau parler de lui. Ce roman a été élu meilleur livre de l'année en Irlande en 2013. Il a été finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.

Un vrai bon roman, même s'il nécessite une bonne mémoire. A lire d'une traite ou à lire une deuxième fois.

 

 

 

16 juillet 2014

Les âmes égarées

 

51Q9DalhJ0L

Depuis Muse, nous n'avions pas de news de Joseph O'Connor, en France. Et puis, le revoici, avec, cette fois, non pas un roman, mais un recueil de nouvelles (le deuxième après Les Bons Chrétiens publié en 2010), dédié à Dermot Bogler, qui n'est pas tout à fait étranger à ce volume. Les textes ont été publiés sur divers supports, remaniés, puis enfin réunis dans ce livre, sous le titre original de Where have you been ?. Il faut lire la page des remerciements, située à la fin du recueil, avant de commencer à le lire : on y apprend notamment que "Deux petits nuages" est un écho à "Un petit nuage", nouvelle de James Joyce. On apprend aussi que Joseph O'Connor s'est amusé avec les textes antérieurs et même les chansons irlandaises qu'il fait chanter à ses personnages. Il en fait revenir certains, qui étaient dans Les Bons Chrétiens ou reprend des phrases de Muse... Il s'est aussi inspiré de la réalité, comme l'ont fait ses prédécesseurs...

La majorité des nouvelles du recueil se déroulent dans l'Irlande de la crise économique, à Dublin et dans sa région. Parfois aussi avant : "The Wexford Girl", se situe en 1975 ; "Le Feu de la jeunesse" et "Orchad Steet, à l'aube" nous propulsent respectivement  à Londres en 1988, lors d'un match de foot historique entre l'Irlande et l'Angleterre et à à New York en 1869.

Toutes ces nouvelles néanmoins mettent en scène des hommes et des femmes tourmentés, en proie à une souffrance qui conduit parfois à la mort. La crise économique contemporaine y est pour quelque chose, évidemment, mais les crises antérieures qu'a connu l'Irlande aussi. Celle qui a vu s'expatrier les Irlandais vers les Etats-Unis et New York en particulier, très bien évoquée dans le poignant "Orchard Street, à l'aube", qui donne des frissons jusqu'à la chair de poule. Cette nouvelle est inspirée de la vie d'une famille ayant réellement existé. Dans la novella "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe, qui dirige "le département des prêts immobiliers auprès d'une banque d'investissement irlandaise", démissionne après avoir passé cinq semaines en hôpital psychiatrique pour ce que son médecin excentrique nomme "un épisode".

Tout cela n'a pas l'air très joyeux. Effectivement, ça ne l'est pas toujours, mais cependant O'Connor ne se morfond pas non plus dans le pathos à se pendre. Son recueil recèle également une bonne dose d'humour ! C'est même ce qui ouvre le recueil. Dans "The Wexford Girl", le narrateur, qui s'appelle Patrick (comme son père, son grand-père, son arrière grand-père et son arrière arrière grand-père), explique le "craic" préféré de son paternel :
"Mon père disait que la mer ça fait du bien aux gens. Il disait que plus on se rapproche de la mer, plus on est sain d'esprit. D'après lui, c'est pour ça que les gens de Dublin sont vraiment des gens bien, dans l'ensemble. Et c'est pour ça aussi qu'ils sont tous dingues à l'intérieur des terres. Ils sont trop loin de la mer. C'est pas bon pour le cerveau."
Et son père mourra de rire (du moins c'est ce qui se dit) et dans sa vie, il rêvait d'être comique. Sachez qu'en Afrique, "tu sues tellement que tu te ramènes chez toi dans une bouteille".

Les pères ou du moins les hommes, sont la mémoire de la métamorphose de l'Irlande dans ce recueil. Patrick raconte la construction de la jetée de Dun Laoghaire : son arrière arrière grand-père a participé à la construction alors qu'il venait habiter dans le coin en 1848, depuis les Liberties, le quartier miséreux de Dublin. Il y a laissé sa sueur, avec tous les hommes venus extraire la roche des carrières de Dalkey. Et c'est en 1852, l'année de la construction du phare de Dun Laoghaire qu'il épousa l'arrière arrière grand-mère du narrateur. Le père du narrateur rencontra sa mère au pied du phare un jour de 1962. Plus tard, l'explosion immobilière et les bobos sont passés par là... La petite ville de la banlieue de Dublin occupe d'ailleurs une place importante dans le recueil. C'est la ville d'enfance du personnage de "Un figurant sur la photo", qui habite le Dublin de 2010; c'est là que cette même année, dans "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe donne rendez-vous à sa nouvelle amie, "à l'ancien hôtel Elphin de Dun Laoghaire, transformé en pub gastronomique, avec terrasse chauffée", une manière de prendre un nouveau départ.

Enfin, passé et présent se rejoignent aussi parce que les nouvelles sont pétries de références littéraires, hantées par Beckett, Joyce, Patrick Kavanagh, Synge, Sean O'Casey et j'en oublie sûrement !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, parce que Joseph O'Connor, monument national de la littérature irlandaise, est un écrivain complexe. Je me suis régalée à cette lecture.

Je déplore juste une édition française pétrie de coquilles, à tel point que je me demande si l'éditeur ne m'a pas envoyé une version non corrigée. J'en ai trouvé quatre... ça commence à faire beaucoup !

Je remercie néanmoins Babelio et Phebus pour l'envoi de l'ouvrage.



 

 

 

 

 

23 février 2015

Les nuits de Reykjavik

 

lesnuitsdereykjavikjpg

Traduit par Eric Boury

Un anorak vert flotte dans une mare. D'habitude, on trouve plutôt des balles de golf dans les anciennes tourbières de Reykjavik, aujourd'hui terrain de jeu des enfants. Mais c'est une macabre découverte que font ce jour-là trois gamins embarqués sur leur radeau. Pourtant, la police a rapidement classé l'affaire sans suite : celle d'un ivrogne qui s'est noyé. C'est ce qui revient en mémoire à Erlendur, un an après le drame.  Son quotidien nocturne dans les rues de la capitale islandaise, ce sont les tapages, les disputes familiales, les accidents de la circulation, les femmes battues, les drames de l'alcoolisme sous toutes ses formes. Pour la police, tous ces drames sociaux passent avant les clochards retrouvés morts. Quant aux femmes battues, on ne peut pas dire qu'elles reçoivent soutien ou secours. Alors les femmes qui disparaissent...


Autant dire que notre Erlendur va y trouver du grain à moudre ! Il s'embarque dans une enquête officieuse et solitaire, lui qui n'est que simple agent de police, même pas inspecteur, encore moins enquêteur. Personne n'en saura rien, même pas Gardar et Marteinn, ses deux collègues de patrouille nocturne.

Erlendur avant Erlendur, ou presque. J'ai vu une chronique intitulée "Erlendur simple flic".  Oui, en quelque sorte, mais quand même bien plus que ça ! On retrouve notre observateur favori de la société islandaise, celui qui s'attache aux marginaux, à ceux que personne ne considère, même pas la police.   Juste peçus comme des masses alcooliques sans nom. Erlendur lui-même se demande si ce n'est pas "sa passion pour les destins tragiques qui l'[a] conduit à s'engager dans la police". Nous, lecteur qui le connaissons bien savons que oui (ou du moins pensons le connaître bien, parce qu'Arnaldur Indridason lui-même dit qu'il ne sait pas trop qui est ce type-là !), c'est bien ça. Au point de négliger sa vie privée, qui passe bien après.

Erlendur le solitaire qui "préfèr[e] rester à la maison à lire, à 'écouter la radio ou de la musique", Erlendur qui se moque des "discours enflammés de Gardar sur les hamburgers et les pizzas" qu'il considère comme des "élucubrations d'allumés". Erlendur le marginal, finalement, presque double  d'Hannibal, le clochard mort dans la mare tourbeuse. Il va s'interroger sur les motivations qui ont poussé cet homme à rejeter le monde dans lequel il vivait avant. Parce qu'Hannibal n'a pas toujours été solitaire. Il a même une famille. Il a même eu une épouse.

Les personnages que côtoie ici Erlendur sont des gens qui ont eu des accidents sur la route de la vie. Le motif de l'accident hante d'ailleurs ce roman noir. C'est presque obsessionnel. C'est par accident que la boucle d'oreille d'une femme disparue pratiquement au moment de la mort d'Hannibal se retrouve dans le pipeline où il vivait. C'est par accident qu'Erlendur a perdu son frère un jour de tempête dans la région des fjords de l'Est. C'est par accident qu'Hannibal a perdu son épouse. C'est par accident que Gustav fera ce qu'il a fait. Enfin, c'est par accident qu'Erlendur  va être papa et se caser avec Halldora. Un tir de balle de golf raté sur des destinés.

J'ai passé deux jours dans le caison du pipeline où Hannibal avait trouvé refuge, sur les pas d'Erlendur et d'autres sans domicile fixe. La vie est rude en Islande quand vous vivez dehors. Alors quand on a froid et qu'on n'a pas d'argent, on demande à une âme charitable d'aller vous acheter des réserves d'alcool à 70°C à la pharmacie en guise de gnôle. Ou bien des tickets pour faire des tours de bus et avoir l'impression de voyager !

J'ai retrouvé l'humour (noir), un rien sarcastique d'Erlendur au grand coeur mais tellement imparfait. Vous ne pourrez jamais faire du golf avec lui, parce qu'il est totalement persuadé que "ce sport [a] été inventé pour distraire les gentlemen anglais et écossais qui n'avaient rien de mieux à faire de leur temps".

Un excellent moment de lecture  qui plaira à ceux qui se plaignaient de ne plus voir Erlendur dans les tomes précédents. Là, il occupe la scène tourbeuse du crime et pose les germes de sa destinée. 

J'ai juste trouvé le roman trop court (mais il ne l'est pas plus que les autres). On est addict à Arnaldur Indridason où on ne l'est pas ! J'en suis et j'assume, alors vivement la suite !

 

14 février 2015

Viscères (Wolf)

viscères

Traduit par Jacques Martinache

4e de couverture : "Il y a quinze ans, deux amoureux ont été retrouvés sauvagement éviscérés dans le bois attenant à la maison de campagne des Anchor-Ferrers. Le principal suspect, qui a avoué les crimes, est depuis sous les verrous. Mais aujourd'hui, alors que Oliver, Matilda et leur fille, Lucia, n'ont pas oublié cette découverte macabre, l'histoire se répète, plongeant la famille dans la terreur. En grand peintre de l'angoisse, Mo Hayder nous livre une série de tableaux sanglants, dans lesquels le commissaire Jack Caffery, toujours hanté par la disparition de son jeune frère, est plus vulnérable que jamais."

Ames sensibles, ne partez pas en courant en voyant la couverture et le titre de ce livre que je trouve complètement ratés ! Le roman est bien autre chose qu'une histoire de viscères (d'ailleurs, on se demande pourquoi, finalement c'est un lombric au bout d'un hameçon qui est représenté !). Le titre original du livre est Wolf, qui correspond beaucoup mieux à l'histoire, pour ne pas dire tout à fait. Bref, il y a des choses que je ne comprends pas si ce n'est que, sans doute, un titre bien glauque et bien morbide ça doit faire attirer l'oeil et faire vendre. Si je ne connaissais pas la plume de Mo Hayder, j'aurais passé mon tour quand Babelio m'a proposé ce bouquin. Parce que, franchement : beurk ! (J'en profite pour préciser que le traducteur n'est pour rien dans le titre : c'est l'éditeur qui le choisit)

Je garde un souvenir impérissable de Tokyo, (lu il y a des années), pour son côté documentaire, son suspense haletant et sa noirceur à la japonaise. C'est ici un thriller très différent qu'elle propose, très anglais (et beaucoup plus soft, finalement que Tokyo). Nous sommes dans le Somerset. L'action se passe essentiellement dans une grande maison, telle qu'on les imagine parfaitement dans la campagne anglaise. Il y a quinze ans, un double meurtre horrible, d'un couple retrouvé éviscéré hante le coin. Et la maison. Parce que la fille d'Olivier et Mathilda Anchor-Ferrers, Lucia, a psychiquement et intimement été atteinte par cet assassinat : elle venait de mettre fin à la liaison qui l'attachait au jeune homme retrouvé vidé de ses tripes. L'assassin s'était lui-même livré à la police et avait été jeté en prison. Mais cette famille bourgeoise est toujours habitée par ce crime, Lucia reste psychologiquement fragile. Quand les Anchor-Ferrers se retrouvent de nouveau confronté à un meurtre et ce qui ressemble à des viscères aux abords de leur maison, leur imagination s'enflamme. Deux hommes, a priori des policiers, se présentent à leur domicile pour leur poser des questions.

Ce livre doit se lire avec beaucoup d'attention. Mo Hayder y détaille chaque fait et geste des personnages. Ce n'est pas anodin pour la suite des événements. Elle prend son temps pour planter le décor.
Un thriller, oui, mais dont l'action n'est pas fulgurante. Et pourtant, ça n'empêche pas des renversements de situation, complètement surprenants mais qui se tiennent parfaitement. Les personnages tombent des masques successifs au fur et à mesure et on se demande où cela va s'arrêter. Le seul fiable finalement, c'est le commissaire Jack Caffery, même un zeste ivrogne quand il a le blues. Ici affublé d'une petite chienne, retrouvée avec un morceau de message d'appel au secours caché dans son collier, ils forment un duo de choc pour l'enquête qui va les mener sur la trace de loups (peut-être pas ceux qu'on imagine d'emblée !).

Un roman qui rend un peu paranoïaque une fois la lecture terminée, mais un sacré bon pavé (presque 500 pages), un soupçon gothique, à l'intrigue sacrément emberlificotée ! Un thriller-frisson qui tient ses promesses, sans scènes gore à profusion,  ni tripes à toutes les pages. Je n'ai pas lu les autres volumes des aventures du commissaire Caffery, mais ça ne pose pas de problème (contrairement à des polars à la Arnaldur Indridason).

Je remercie Babelio et les éditions des Presses de la Cité pour l'envoi.



 

2 février 2015

Si jétais un rêve...

 

DSC00129

Lina et Nour sont toutes les deux élèves de seconde. Lina vit Sofia, en Bulgarie et Nour à Saint-Denis, dans le "9-3". C'est parce que leur prof de français respectif ont décidé d'établir une correspondance postale entre les élèves de ces deux pays qu'elles vont se découvrir. A l'heure d'Internet c'est une chose totalement incongrue pour ces deux jeunes filles.
Au fil de la correspondance, les identités se révèlent, entre autres par le jeu des portraits chinois initié par Nour. Répondre à trois questions et en inventer trois autres.
Lina est fille de diplomate et va à l'école française de Sofia. La France ne lui est pas un pays inconnu car elle y a de la famille. Nour possède aussi une double culture : marocaine et française. Evidement leur correspondance les amène à évoquer leur quotidien dans leur pays respectif. Les jeunes filles se lient d'amitié au point de briser la règle de la correspondance postale quand l'une a besoin d'un soutien moral urgent ou que l'inquiétude ronge l'autre. C'est donc par moment le mail qui prend le relais, dans cette narration épistolaire.
Pourtant, quand il s'agit de se rencontrer, Nour devient soudain distante et blessante envers Lina... Une attitude qui désarçonne le lecteur autant que Lina. Un revers de situation qui intrigue. Une piste en particulier vient à l'esprit. Pourtant bien loin de la réalité ! A vous de lire si vous voulez savoir mais j'avoue que ça m'a vraiment surprise !

Lina est une jeune fille engagée et préoccupée par la situation politico-économique de la Bulgarie, par le racisme, la corruption, la montée de l'extrême droite. Elle prendra part une manifestation géante. Grâce à elle, on apprend pas mal de choses sur son pays, notamment sur le racisme envers les Tziganes et les Roms. Néanmoins, si le personnage est attachant, je l'ai trouvé trop sérieuse pour être totalement crédible pour ses quinze ans, à vrai dire. Même les propos blessants de Nour à son égard n'arrive pas à avoir le dessus. Elle est vraiment invicible et super costaud cette ado !

Nour, quant à elle, paraît plus fragile. La situation de la France, elle s'en fiche, davantage fascinée pour le Body Art et comment persuader ses parents de l'autoriser à se tatouer, se scarifier, se percer. Une obsession qui alerte Lina : elle y voit un mal-être chez son amie. L'autre passion de Nour c'est de faire des rimes et d'écouter Grand Corps Malade. Oui, encore une histoire de corps...

Les histoires d'amour et de garçons ne sont pas absentes de leur correspondance. Du moins chez Lina qui en pince pour Ilya.

Aux manifs en Bulgarie font échos les manifs homophobes en France. Mais Lina explique à Nour que "même si en France il y a des hystériques extrêmistes qui font du buzz en manifestant contre le mariage pour tous, c'est loin d'être aussi fermé qu'ici".
Nour est surprise de la situation de la Bulgarie : "Tu sais, Lina, tu ne m'ennuies pas du tout avec la politique, même si ce n'est pas vraiment ma came. J'ignorais que la situation était si difficile dans ton pays : en France, les media ne s'intéressent qu'à ce qui fait du buzz : les guerres, le sexe, les scandales people (gros titres sur Internet hier), la sécurité et les jeunes des "quartiers". Habitant à Saint-Denis, d'une certaine façon j'en fais partie. L'avantage d'être de l'autre côté du périph, c'est que tu fais éclater tous les préjugés."

L'identité, l'intolérance, la corruption, les préjugés, le droit à la différence et le mensonge sont au coeur ce roman. Une écriture qui mêle le parler ado et la poésie des rimes de Nour. Un roman épistolaire, qui vire parfois à l'échange épistolaire version 2.0 où le texte s'émaille de smileys, il fallait y penser !

J'ai bien aimé ce livre qui révèle son originalité à la fin. MAIS en même temps un peu trop à la fin justement ! Et avec le portrait de Lina, jeune fille un peu trop sérieuse pour être totalement crédible à mon goût, c'est peut-être le reproche que je ferai à ce roman pour ados : j'ai bien peur que les gamins n'arrivent pas à accrocher jusqu'au bout à cette histoire d'amitié.
Passé l'effet de surprise, on a un peu aussi l'impression d'être passé à côté de l'essentiel pendant la lecture. C'est un roman savamment construit, où les indices disséminés dans la narration force le lecteur à repenser les propos de Nour à la fin. C'est à la fois la force et la faiblesse de ce livre.


Un grand merci aux Editions Flammarion pour cet envoi.


 

 

23 janvier 2015

Le tangram magique tome 2 : L'énigme du pékinois

le tangram magique

Ilustration : Amandine Laprun

Li-Na vit à Hangzhou, en Chine, avec sa grand-mère Dong. Nous sommes en hiver, il neige et c'est par un froid glacial que l'on prépare le Nouvel An chinois. Tout irait bien si Do-Dou, le petit pékinois de Ma-Ku, la fleuriste, n'avait pas mystérieusement disparu, au moment même où sa maîtresse voulait l'inscrire pour le prix de la Timbale d'argent, qui récompense le plus beau d'entre eux.

La détresse de Ma-Ku ne laisse pas Li-Na indifférente. Celle-ci a la particularité de posséder un tangram magique qu'elle peut questionner en composant des figures. Seul Cheng, son meilleur ami, est au courant. Et c'est parti pour une nouvelle enquête de Li-Na qui ne manquera pas d'être ardue et pleine de suspense quant au devenir du petit chien. En effet, un homme au gros ventre pas franchement commode, attire l'attention de la petite fille...

Au-delà de l'enquête, c'est l'occasion pour le lecteur de suivre les pas de Li-Na pour découvrir l'ambiance du Nouvel An et les plats préparés à cette occasion, dont les  noms sont assez mystérieux  : pâtés de cocons de vers à soie, riz des cinq éléments et surtout le gâteau aux huits trésors, qui est LE gâteau traditionnel de cette fête :

"J'ai déjà fait tremper le riz gluant et la pâte de haricots est prête. Tu vas m'aider à dénoyauter les jujubes. Passe-les une minute sous l'eau bouillante.
- Mais pourquoi, Grand-Mère ?
- Cela leur enlève l'amertume. Pendant ce temps je vais enduire le plat de saindoux.
Li-Na s'applique. Elle est si absorbée par sa tâche qu'elle en oublie qu'elle devra ensuite apporter ce dessert à monsieur Yé. Ses doigts agiles découpent les fruits avec application pour en extraire le noyayu ovale caché à l'intérieur. Sa grand-mère, pendant ce temps, réunit sur la table des raisins secs, des baies de goji, quelques graines de lotus et de melon ainsi que de la pulpe de longane. Elle va prendre ensuite dans un panier plusieurs kumquats et cinq pruneaux.
Une fois ces préparatifs achevés, elle s'immobilise, d'un air très sérieux...
- Un, deux, trois, quatre... murmure-t-elle avec application, en désignant chaque ingrédient du bout de son index. Cinq, six, sept... Et, avec les jujubes, cela fait huit. Nous avons bien le compte de nos trésors."

Une immersion dans les rues de la ville vous fera découvrir les cruels combats de coqs, mais aussi le trafic des bêtes et la maltraitance animale, quand ce n'est pas la maltraitance humaine.

Heureusement, le tangram magique aidera Li-Na dans sa quête (et le jeune lecteur peut reproduire les figures que dessine Li-Na au fil des pages par le tangram disponible avec le livre, dont les solutions pour les constituer sont données à la fin du livre).
Le voeu le plus cher de la jeune héroïne est cependant qu'un jour, le tangram l'aide à retrouver ses parents... Peut-être dans le tome 3 ?

Un bon livre pour initier de manière ludique et originale les enfants à la culture chinoise. Une petite fille attachante, un roman joliment illustré par Amandine Laprun.
On peut tout à fait lire ce deuxième tome sans avoir lu le premier car ce qui s'est passé y est brièvement résumé.

Un roman jeunesse qui fait passer un bon moment à l'autre bout de la Terre et qui plaira à tous les amateurs de culture asiatique.

Merci aux Editions Casterman !





 

 

 

20 décembre 2014

Notre fin sera si douce

notre fin sera si douce

Traduction : Michel Pagel

4e de couverture : " En 2023, le taux de chômage aux Etats-Unis a explosé, la crise économique bat son plein, les conflits pour l'accès à l'eau potable se multiplient, le gouvernement ne peut plus rien faire face aux gangs de tous bords. Et pourtant, pour ceux qui ont encore un travail et un toit, l'apocalypse à venir n'est qu'une menace diffuse. La crise va sûrement passer, les choses vont s'arranger, la vie va reprendre ses droits ? Jasper ne fait pas partie de ceux qui connaisent encore ce confort. Il migre de ville en ville avec sa "tribu", des jeunes issus de la classe moyenne qui n'ont jamais réussi à sinsérer dans une société devenue impénétrable. Jasper est un romantique, et dans ce monde qui refuse de lui donner une place, il s'est fixé un objectif : trouver l'âme soeur, connaître l'amour avant que tout ne s'écroule. Pendant ce temps, une nouvelle drogue fait fureur : le Dr Bonheur, censée rendre les gens heureux... Serait-ce l'ultime solution en attendant la fin du monde ?"

Autant dire tout de suite que la quatrième de couverture est mieux écrite que ce livre ! Ce n'est pas problématique de la révéler ni de la lire dans son entier. Je m'attendais à voir les effets d'une crise économique traitée avec des tenants et des aboutissants. On attend une intrigue, mais même au bout de 150 pages, elle est toujours absente. On attend une analyse du monde dans lequel vit Jasper : il n'y en pas aucune ! C'est juste un catalogue glauque, avec des virus articifiels, des gens qui meurent, des gens qui se battent, des "Saute-sauteurs" (sic!), des gens qu'on déporte (mais aucune explication sur tout ça).

Un texte que j'ai jugé mal écrit : les gros mots, voire les obscénités, ça va un peu, ça peut parfois se justifier, mais à longueur de lignes, on commence à se poser des questions... Du remplissage de pages (366 !), voilà ce qui peut résumer ce livre. Je déplore d'autant plus le manque de recherche dans l'écriture, les vulgarités, que le genre de la dystopie est très prisé par les jeunes lecteurs. On ne voit pas bien ce que cette lecture va leur apporter. Jasper tombe amoureux toutes les trente pages et quand il ne le fait pas, il a des considérations tout à fait essentielles dans la vie.... :

Voici quelques extraits :

10850006_828651363843726_6172257173695670835_n

 

553284_828648720510657_199411214258581143_n


Voici aussi quelques vulgarités (il n'y a pas de raisons que je vous épargne ça !) :


"... Ca s'est bien passé au boulot ?
- C'était à chier." (p.16)

"Et c'est quoi, ton plan ? C'est quoi notre putain de stratégie commerciale ?" (p. 21)

"Fais voir tes nibards, chérie ! a crié  un Noir émacié aux dents pourries.
Ange lui a fait un doigt d'honneur sans se retourner.
- Hé, a lancé Jeannie pendant que la bagnole s'éloignait, comment tu sais que c'est tes nibards qu'il voulait voir ? C'est peut-être à moi qu'il parlait.
Ange a pivoté vers nous, soulevé son T-Shirt et agité ses seins. Je ne les avais encore jamais vus : ils étaient assez petits mais fabuleux, comme toute sa personne. J'ai regretté de les voir disparaître sous le vêtement avant qu'elle ne se retourne.
- Il pouvait très bien te parler à toi, ai-je assuré à Jeannie. Ils sont super tes nibards.
- Ta gueule, a lancé Colin, tandis que l'intéressée éclatait de rire.
- Non, vraiment, ai-je persisté, ils sont magnifiques. Gros, fermes, de vraies noix de coco italiennes." (p.22)

Franchement, super intéressant comme propos ! Bref, ça dépasse largement les bornes de l'admissible....

Et puis, voir citer les biscuits Oreo deux fois en moins de cinquante pages, ça vous faire reposer ce livre commercial, que je ne peux pas appeler roman.
J'avoue : je n'ai pas terminé la lecture. Il faut dire que les Oreo ça fait grossir, je ne voulais pas terminer avec 10 kilos de plus...



Je remercie néanmoins Babelio et les Editions du Fleuve pour l'envoi.

28 novembre 2014

Fille de la campagne

 

18137428

Traduction : Pierre-Emmanuel Dauzat

Ce bouquin a atterri dans ma pile par malentendu en quelque sorte : je pensais acheter le fameux Les  Filles de la campagne qui a rendu Edna O'Brien célèbre. Je me suis trompée, à un singulier (et un article) près. Mais à l'heure où les Irlandaises se battent pour le droit à l'avortement, ce livre tombe à pic pour en savoir plus sur la condition féminine de l'île verte.

Edna O'Brien, née en 1932, revient en effet ici sur sa vie (ce sont ses mémoires). Des études de pharmacie (première surprise !) qu'elle a suivies sans vraiment avoir le choix puisque c'était celui de ses parents. Néanmoins elle était déjà "convaincue qu'un jour [elle] rencontrerai[t] des poètes et qu'un jour [elle] serai[t] admise dans le monde des lettres". Des parents rigoristes et pas vraiment nets (mère névrosée, père violent)  qui l'envoient en pension où elle vit cette période comme une incarcération. Cela la poussera à obtenir son examen avec un an d'avance et dans une relation étrange avec une jeune religieuse, avant que celle-ci disparaisse mystérieusement du couvent (on imagine pourquoi). Sa rencontre avec l'écrivain tchèque Ernest Gléber, qu'elle épouse contre l'avis de ses parents. Une fuite en avant pour échapper à l'univers familial étouffant  (elle pense que ses parents vont vouloir l'enfermer suite à sa grossesse hors mariage, et le mariage contre leur avis) et un pays schizophrène. Elle s'exile à Londres en 1958.

Néanmoins, si le succès littéraire arrive facilement, le calvaire n'en est pas fini parce ce Gléber ne supporte pas d'avoir à ses côtés un écrivain féminin plus brillant que lui et il va jusqu'à lui prendre ce qu'elle gagne avec ses livres ! Jusqu'au jour où elle refuse de lui donner, s'enfuit avec ses deux enfants, et demande le divorce.

Edna O'Brien brise toutes les chaînes. Ce qui fera d'elle une sorte de paria mais la rendra célèbre. On dit qu'elle écrit de la pornographie : "Le débat s'élargit alors pour savoir s'il fallait bannir d'Irlande la pornographie hardcore. Je répondis que je n'avais jamais lu de pornographie hardcore ni en Irlande ni en Angleterre."
Les écrivains masculins ne se gênent pas pour la dénigrer : "Interrogé sur mon livre par Jack Lambet, l'écrivain L. P.  Hartley décréta qu'il s'agissait de l'histoire frivole de deux nymphomanes irlandaises." (en parlant des Filles de la campagne). Alors quel scandale quand elle écrit dans un article qu'"il convenait de réécrire les serments du mariage au bénéfice de la femme" !

De nombreuses personnalités du monde artistique et du show biz (comme Paul McCartney) hantent ce livre. Ce n'est peut-être pas la dimension la plus intéressante par moments. Il y a quelques longueurs. Néanmoins on apprécie de voir dépeint les petits défauts de Patrick Kavanagh, qu'on imagine tout sympathique et lisse, mais qui était quand même sacrément barge,  vivant avec des boîtes de sardines dans sa baignoire et un rétroviseur de camion à sa fenêtre !

Quelques chapitres aussi sur les "événements" en Irlande du Nord dans les années 80, et l'absurdité des choses.

J'ai globalement beaucoup appriécié ce livre qui permet de cerner l'oeuvre de l'écrivain qu'est Edna O'Brien autant que l'étau qui enserrait l'Irlande (et continue à serrer les femmes en niant leur droit à disposer de leur corps) . Un ouvrage pétri de poésie et d'ironie, où on a l'impression qu'Edna O'Brien ne se censure (toujours) pas et dit ce qu'elle a a dire. Je dirai qu'il faut peut-être même lire ses mémoires avant de lire ses romans. Je n'en ai lu qu'un (Crépuscule irlandais) que je n'avais pas aimé. Mais depuis, je me suis procurée le fameux Fille de la campagne (presque collector !), La maison du splendide isolement (sur le conflit nord-irlandais) et Tu ne tueras point (sur le droit à l'avortement).

 

21 novembre 2014

Irlande, nuit celtique

51DNe-IGjsL

 

Morris habite à Limerick. Morris travaille pour Compuflex, une société américaine qui a profité des avantages fiscaux offerts par ce qu'on a appelé le Tigre celtique. Seulement voilà, le Tigre, c'est fini. Il n'en reste plus que la carcasse. Et c'est l'univers de la nuit qui s'abat sur Morris, divorcé, père d'un grand enfant qui travaille pour une banque... Après quinze ans de bons et loyaux services, Compuflex licencie Morris de la manière la plus lâche qui soit : aucune information préalable au licenciement, juste une lettre, "projectile de mots bruts" qui descend Morris en plein vol. C'est trop dur à affronter pour cet homme célibataire et plutôt solitaire. Impossible de l'avouer à sa famille, encore moins à ses amis. Mais aussi celui d'un regard introspectif sur lui-même. Et une descente aux Enfers.

Je vous le dis d'emblée : oubliez l'Irlande et ses images d'Epinal : les jolis paysages, les ponies, les tourbières etc. C'est ici une Irlande de désolation économique contemporaine que brosse Dominique Le Meur. Des Irlandais floués et laminés par un gouvernement qui a mis en place un système ultra-libéral et des banques qui ont fait croire aux Irlandais qu'ils pouvaient tous devenir propriétaires, emprunter et rembourser sans problèmes. Pour un peuple qui a tant souffert, c'était trop tentant. Seulement la crise a planté ses crocs en Irlande dont l'économie a été la première à vaciller en Europe, parce que  fragile comme une bulle de savon : la grande majorité des investissements sont celles de société étrangères, américaines en particulier, appâtées par un système fiscal avantageux, le profit et bien peu de considération pour la main-d'oeuvre... Ainsi, la société informatique pour laquelle travaille Morris délocalise... en Pologne.

Comble de l'ironie, c'est avec une Polonaise que le fils de Morris s'apprête à se marier, ce fils qui lui-même travaille pour une des banques qui a floué un de ses anciens collègues qui vit maintenant dans un lotissement fantôme, abandonné, comme on en dénombre tant en Irlande depuis la crise. Un bidonville irlandais, parcouru par une route inachevée et défoncée, sans eau courante et un système électrique aléatoire. Des gens oubliés de tous, qui ne peuvent pas aller vivre ailleurs puisqu'ils ont emprunté des sommes astronomiques pour acheter leur bien. Je savais que ces lotissements existent, (j'en ai vu à Tralee). Mais j'étais à un million d'années lumière de me douter de l'état dans lequel on a laissé ces personnes. Il n'y a qu'un mot (et pas assez fort pourtant) : REVOLTANT !

La dépression dans laquelle s'enferme Morris, l'amène à repenser à son enfance, surtout les jours de cuite. Et ce sont les vieux démons qu'il a enterrés toute une vie qui remontent  : comme tous les enfants irlandais, Morris a suivi sa scolarité dans une école religieuse. Mais lui était interne. Vous le savez sans doute maintenant, car les médias ont relayé les scandales qui se sont déroulés dans ces écoles. Les prêtres pédophiles, tout ça... Dominique Le Meur ne cache rien de ce qui s'est passé dans ces instituts. On en reste estomaqué et frissonnant d'horreur !

Un roman très bien documenté sur l'Irlande contemporaine, dont il ne reste plus que de la "peau de tigre en lambeaux", où l'on traite les travailleurs qui ont permis aux sociétés étrangères de s'enrichir comme des déchets, de simples rebuts. Un livre tout à fait juste dont je partage absolument la vision des choses. Un roman qui n'est pas non plus dépourvu d'humour (à l'irlandaise !)

Un livre qui m'a émue parce que, au-delà des thèmes abordés, je connais Limerick, ville ouvrière. J'ai connu des étrangers (slovaques et tchèques) qui se sont fait exploités par Dell ("Dell, go to Hell" était la rengaine qu'ils lançaient le soir en rentrant épuisés par des journées interminables), avant que Dell déménage effectivement en Pologne, renvoyant Limerick a sa misère quasi-légendaire. Parce que je connais très bien Limerick qui est ma presque ville d'adoption et qu'en lisant je dialoguais avec un Irlandais de là-bas. Et ce que je lisais pour la partie économique, concordait avec ce qu'il me disait. Mais les Irlandais ne sont pas toujours du genre à se plaindre ouvertement, ils ont toujours ce côté optimiste que les Français n'ont pas. Malgré tout, ce n'est pas si difficile de voir sous le vernis de l'humour. Ce livre va d'ailleurs maintenant passer dans les mains de l'Irlandais de Limerick. J'attends son avis avec impatience !

Un bel hommage aux Irlandais victimes d'abus de toutes sortes.

Quelques mots sur l'auteur : Dominique Le Meur est français (et presque voisin de chez moi), vit à Limerick où il est professeur de français à l'université de la ville (que je connais aussi !). J'ai découvert  cet auteur par hasard, par les réseaux sociaux où il a créé sa page et trouvé la mienne qui relaye ce blog, je crois que c'est ça... Passionné par la littérature irlandaise, les Irlandais et ce pays autant que moi, j'ai eu envie de découvrir son regard de français sur l'Irlande par le prisme du roman.

Il a aussi un site personnel : voir ici et vous pouvez vous procurer ce livre (et les autres) en format numérique (celui-ci pour un prix dérisoire) ou en version papier.




 

10 novembre 2014

Le chat qui ne mangeait pas de souris

 

skilley

Illustration : Barry Moser
Traduction : Marie Hermet

Skilley est un chat des rues de Londres : un bon gros matou bien égratigné, la queue définitvement tordue par une porte. Son plus farouche adversaire est... un autre chat londonien, une racaille rousse et borgne au nom explosif : Pinch.
Dans Fleet Street, il y a l'auberge la plus réputée de toute l'Angleterre victorienne : Ye Olde Cheshire Cheese. Comme son nom l'indique, on peut y déguster le fameux Cheshire. On y croise aussi un fameux écrivain, M. Charles Dickens, qui a l'habitude de venir y gribouiller les premières pages de ses romans qu'il n'arrive jamais à commencer (mais aussi Thakeray ou Wilkie Collins)...
C'est aussi là qu'a élu domicile tout un escadron de souris, au grand désespoir de M. Henry, le propriétaire de l'auberge. Il est en quête d'un chat qui pourra chasser toutes ces dévoreuses de fromage. Skilley, SDF très intelligent, se débrouille pour se faire sa place de chat (chasseur de souris) au Ye Olde Cheshire Cheese. Seulement Skilley cache un lourd secret qui lui fait honte, que Pip, une petite souris intello et orpheline devinera sans peine. Et c'est le début d'aventures aussi fabuleuses que farfelues, qui, je vous le garantis, fera votre bonheur de lecteur, quel que soit votre âge !

J'ai découvert ce livre par hasard, au gré de mes pérégrinations en librairie. En quête d'un cadeau. La couverture m'a tout de suite attirée à cause du chat (j'aime les chats! ). J'ai ouvert le roman et mes yeux ont dû s'arrondir de surprise. En feuilletant je suis tombée sur de jolies illustrations so english. J'ai lu le résumé qui évoque une histoire de chat. Il ne m'en n'a pas fallu plus pour embarquer le bouquin.

10690325_10152774458309350_513952145492399907_n

 

10366091_808693859172810_2062003083504195648_n




Un roman où les héros sont des animaux doués de parole et de raison. Et pas qu'un peu. Il va leur falloir une sacrée dose d'ingéniosité pour cacher le secret de l'un et trouver un stratagème pour aider une créature emblématique de la Tour de Londres (mais je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de spoiler). Leur ennemi commun ne sera pas tant les hommes que l'affreux Pinch, prêt à tout pour arriver à ses fins : manger des souris et se débarrasser de Skilley. La seule chose que tout ce petit monde animalier n'a pas remarqué (ou si peu), c'est cet écrivain barbu en quête d'inspiration... Cela leur réservera une surprise de taille. Et au lecteur aussi !

On ne rate pas une miette (de fromage) de tout le petit manège qui se déroule sous nos yeux : on s'en délecte ! Je suis tombée raide dingue de cette histoire, racontée avec beaucoup d'humour, au texte soigné et ciselé mais aussi joliment illustré. Une histoire d'amitié (soi-disant) impossible entre un chat et une souris, où parfois tout part "complètement en quenouille", dans un suspense haletant. Puis ça rebondit. Dans la typographie et dans les mots (apprêtez-vous à tordre le cou parce que les auteurs se sont beaucoup amusés).  Il y a des rumeurs de fantômes, il y a le Londres des bas-fonds victoriens, dans ce roman hanté par Dickens tant dans l'auberge que dans le texte. Un roman à plusieurs niveaux de lecture que les fans de Dickens repéreront rapidement..
En tout cas, vous ne regarderez jamais plus votre chat de la même manière et si une souris court à travers la maison, il y a de fortes chances que les deux soient des amis pour la vie...

Sincèrement, je nourris de grandes espérances quant au devenir de ce livre !
Un petit bijou et un coup de coeur.

 

ye-old-cheshire-cheese

 

 

27 octobre 2014

La condition pavillonnaire

index

 

4e de couverture : "La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, dans sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. l'insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires: l'adultère, l'humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change. L'héroîne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary...Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine."

La quatrième de couverture dit tout. Mais il faut dire que dans ce roman, il ne se passe rien de surprernant ! C'est d'une platitude incroyable, écrit tout en pâté très serré de surcroît. Seul le tutoiement du narrateur envers le personnage tout au long du récit peut surprendre. Je ne me suis attachée ni au personnage principal, cette banale M.A-. qui s'ennuie dans sa vie et ne trouve comme échappatoire que de tromper son mari. Ouais, bof.... Il faut vraiment manquer d'imagination !

Récit de la vie d'une femme qui ne s'intéresse à rien. Si ce n'est (par ordre chronologique) : se trouver un mari ; devenir propriétaire ; fonder une famille. Pourtant, elle n'a pas l'air sotte, elle a fait des études, elle est cadre. Mais apparemment aucune sensibilité artistique et culturelle. M.-A. est un être désincarné. Elle a tout du zombie. Elle finit comme tel : rien de tel qu'une bonne petite dépression et le tour est joué !  Elle manque d'imagination et de curiosité. Ce n'est pas une Bovary ou du moins une pâle copie sans originalité.

Un roman qui manque de piquant, sans vraiment de surprise : on pressent tout ce qui va arriver. Je me suis profondément ennuyée et je regrette que l'analyse de la société contemporaine soit inexistante. Une histoire triste qui laisse néanmoins de marbre.


 

18 août 2014

Terrienne

index

 

Etienne Virgil, écrivain, prend en stop Anne Collodi, 17 ans. Il la trouve étrange par ses questions directes et très personnelles. Elle lui dit se rendre à Campagne. Etienne la dépose à un croisement. Intrigué, il refait la route dans le sens inverse sans retrouver ledit croisement. Etienne est quelqu'un de rationnel, il croit à peine à ce qu'il écrit dans ses romans, alors dans la réalité...
Anne Collodi cherche sa soeur Gabrielle, disparue mystérieusement il y a un an juste après son mariage avec un type étrange. Gabrielle n'a laissé aucune trace. Pourtant, un jour alors qu'elle écoute NRJ, Anne reçoit un message par ondes radio de sa soeur.
C'est le début d'une folle aventure dans un univers parallèle, immatériel, un autre espace-temps peuplé de gens qui ressemblent aux humains, mais qui justement sont dépourvus d'humanité. Un monde où tout est aseptisé et désincarné. Dans cet ailleurs, on ne respire pas, on vit en apnée perpetuelle ; on ne rit pas, on cliquète. On ne se mouche pas, on ne tousse pas, on n'achète rien. On mange des choses insipides. Un monde sans surprise où tout est programmé et sous contrôle, depuis la conception in-vitro entre deux "compatibles", jusqu'à la mort, par crémation. Un monde où l'on finit par mourir d'ennui et non de maladie. Un monde uniformisé, jusque dans les vêtements. Aucune originalité n'est bien vue. Pour Halloween, on se déguise en Terrien : cet être sale et puant, infesté de microbes et aux moeurs bestiales...

Jean-Claude Mourlevat propose ici un bon gros pavé où l'on ne s'ennuie pas trente secondes : on pénètre avec un mélange d'effroi et de curiosité dans cet univers cauchemardesque. J'ai aimé le clin d'oeil à La Barbe Bleue (annoncé dès le début du roman) : l'héroïne s'appelle Anne et cherche sa soeur prisonnière d'un homme puissant qui se débarrasse des femmes qu'il fait capturer dès quil s'en lasse. J'ai aimé aussi l'allusion à l'auteur de Pinocchio, puisque l'héroïne a pour nom de famille Collodi et fait elle-même référence à la notoriété de son nom. Sans parler du personnage de l'écrivain (dépressif) auteur du Saut de l'ange. Le lecteur, à l'instar de l'héroïne, exécute ce saut, se prend au jeu de la fiction avant de repasser la frontière psychologique qui le sépare du monde réel. Une dose de physique quantique saupoudré d'humour  et le tour est joué.

Vraiment une belle découverte qui convertira les réfractaires à la science fiction les plus aguerris.
Mais attention, la réalité dépasse parfois la (science) fiction ! C'est aussi ce que suggère le roman en filigrane ...

11 mai 2014

Le liseur du 6h27

41qjXU4NDBL

4e de couverture : "Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au servie d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zestor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuilles sauvés la veille des dent de fer de la machine...
Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement."

Quand Babelio m'a proposé ce livre, j'avoue que la quatrième de couverture m'a fait hésiter. L'histoire me paraissait loufoque et surtout je voyais le tableau : un enchaînement de récits dans le récit. Très peu de renseignements sur l'auteur, juste qu'il vit dans les Vosges (à quoi ça sert?), que c'est son premier roman et qu'il est un nouvelliste exceptionnel, lauréat par deux fois du Prix Hemingway. Et quand je lis une quatrième de couverture, les superlatifs me rendent toujours méfiantes, exactement comme quand je vois des bandeaux du style "vendus à 1 millions d'exemplaires" etc. Mais comme j'ai le goût du risque, du moins un peu, j'ai accepté de recevoir le livre. Et puis, en même temps, paradoxalement, cette histoire de liseur m'intriguait (forcément !).

Guylain aurait un prénom presque normal si associé à son nom de famille, il n'avait pas été victime de contrepètrie durant son enfance, se voyant appelé Vilain Guignol. Guylain a 36 ans et vit tout seul dans un studio de banlieue avec pour unique compagnon, Rouget de Lisle, son poisson rouge. Ses seuls amis humains sont deux collègues de l'usine de recyclage de papier où il travaille : un cul-de jattes et un type qui déclame des alexandrins sur commande. Ces employés ont pour chef un "bourrin" dont le seul rêve, à part pourrir la vie de ses subordonnés, est de détenir le permis de la Chose, le monstre d'acier qui pillone les livres invendus qui entrent dans l'usine. On peut dire que Guylain n'a pas beaucoup de chance dans la vie, d'autant que cet amoureux des mots, des livres et de la lecture passe ses journées à pilonner les bouquins dont il prélève en cachette ce qu'il appelle "les peaux vives", des feuilles dégoulinantes qu'il fait sécher dans un buvard pour les lire le lendemain matin aux passagers du RER de 6h27. Ce moment illumine sa vie morne et solitaire. Jusqu'au jour où... il croise deux petites mémés intrépides et trouve une mystérieuse clé USB...

Passé la surprise des premiers chapitres, on ne lâche plus ce roman bourré d'humour noir et peuplé de personnages qui cherchent à échapper à la destruction, à leur solitude et à s'élever au-dessus de leur existence morne. Et ils doivent leur salut à la lecture, à son pouvoir de socialisation et d'échappatoire à la violence du monde. On ne s'ennuie pas un seul instant.

Et autant vous dire tout de suite qu'après cette lecture, vous ne regarderez plus jamais la dame pipi des toilettes publiques de la même manière ! Il y a quelques moments particulièrement truculents dans ce roman, un zeste scatologique, mais pour mieux montrer que même ceux qui se croient invincibles, peuvent rapidement se retrouver eux aussi seuls au monde...

Un petit bijou de lecture à ne pas rater et une sacrée belle découverte pour moi cette semaine. De la littérature française qui donne le sourire et vous fera même éclater de rire. Ca fait plaisir !

Je remercie Babelio et les Editions Au Diable Vauvert de m'avoir offert ce roman.

 

 

 

 

 

29 mars 2014

Schroder

51sLWSekZJL

Premier livre traduit en France d'Amity Gaige, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec un titre aussi énigmatique que Schroder. Et puis quand je me suis rendu compte que le personnage qui s'empare du récit s'appelle Erik, j'ai même un très fugace instant pensé qu'il pouvait s'agir de l'homme politique homonyme. Mais non, heureusement, on est loin du récit d'une vie d'un homme politique !

Erik Schroder est en prison quand débute le roman. Il risque vingt-cinq ans de prison. Il n'a pas prononcé un mot depuis des jours. Son avocat lui a conseillé de tout raconter dans le journal que nous lisons, depuis qu'il a disparu avec sa fille Meadow, dans un road trip qui nous emmènera à un rythme effréné à proximité de la frontière avec le Canada. C'est un récit-confession, une lettre d'excuses de plus de trois cents pages que nous avons entre les mains, Erik est divorcé de sa femme Laura. Il connaît les "joies" de la garde alternée. Jusqu'au jour où il décide d'emmener sa fille en promenade avec lui, sans donner de nouvelles à sa femme. L'occasion pour lui de dire la vérité à Meadow, sur qui il est vraiment. Parce que Erik n'est pas qu'il a dit être.


Arrivé à l'âge de neuf ans aux Etats-Unis ("J'avais quatorze ans et je vivais aux Etats-Unis depuis cinq ans seulement."), il a vécu à Dorchester, une banlieue populaire de Boston, avec son père, Otto qui a fui l'Allemagne de l'Est. Mais Erik falsifie son identité, se crée un personnage et se fait appeler Erik Kennedy. Il voulait un nom de héros et "à Dorchester, un seul homme pouvait prétendre à ce qualificatif. Un garçon du pays,un Irlandais persécuté, un demi-dieu. Il était aussi l'homme qui avait harangué sous les vivats la foule déprimée des Berlinois de l'Ouest en 1963". Il a réécrit son enfance et son adolescence pour se faire résident américain d'une banlieue chic. Sa vie entière est fut un mensonge. Une réinvention de soi qu'il portera finalement comme un fardeau.

Ce roman n'est pas - heureusement - un récit sur les "joies" du divorce et la douleur d'un couple qui se déchire. Laura n'est pas présente, juste décrite par Erik comme quelqu'un qui n'est pas vraiment facile à vivre. Pourtant, on ne se dit pas : "Bon sang, il est gonflé". Erik est un personnage attachant. C'est un homme blessé, qui porte comme une croix un sentiment de culpabilité mais surtout un amour sans commune mesure pour son enfant. Il sait qu'il ne ressortira pas intact de ce qu'il a fait, il sait que c'est une voie sans retour qu'il a emprunté et pour cela, il veut offrir le meilleur à Meadow, petite fille qu'il décrit comme surdouée. Leur chemin croisera celui de personnages haut en couleurs, comme April, une ex-star de variété vivant à présent en marge de la société, mais qui leur sauvera la mise. On lit avec délice ce récit de moments volés, de bonheur entre père et fille. On s'amuse aussi de la manière dont la petite fille fait parfois tourner son père en bourrique !

Amity Gaige se met dans la peau d'un homme avec une aisance bluffante. Elle démontre ainsi que les sentiments paternels et maternels se valent, que les sentiments maternels ne sont pas supérieurs aux sentiments paternels. Elle prend donc à contre-courant un certain puritanisme américain. Une plume poétique et efficace.
Seul bémol : les notes en bas de page, assez conséquentes, gênent parfois la lecture, au point qu'en fin de compte, on finit par ne pas les lire. Mais à part ça, j'ai vraiment aimé : on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Je remercie Babelio et les Editions Belfond de m'avoir permis de découvrir ce roman.

 

29 juin 2014

L'ombre du tueur

41iaTa2C-JL

 4e de couverture : "A la fin des années soixante, un serial killer surnommé " Bible John " a semé la terreur en Écosse avant de se volatiliser. Trente ans plus tard, Édimbourg est le théâtre d'une série de meurtres similaires. Bible John serait-il de retour ? La police serait prête à le croire, si elle n'avait la preuve que le meurtrier, auquel elle donne le sobriquet de " Johnny Bible ", est jeune. John Rebus, officiellement chargé d'une autre affaire, suit une piste qui va le mener à Johnny Bible..."

Cela faisait un moment que j'avais abandonné dans un coin ce pauvre Rebus. C'est l'interview de Ian Rankin dans l'émission La Grande Librairie qui a relancé la machine à lire que sont les aventures savoureuses de l'inspecteur écossais...

Rebus est un inspecteur désobéissant. Et pour le punir des frasques qu'il a commises dans Ainsi saigne-t-il, il est muté dans le coin le plus le plus sensible d'Edimbourg : Craigmillar. Là, un policier ne peut être affecté que deux ans maximum "car au-delà, personne ne [tient] le coup". Ce charmant commissariat, joliment implanté, est surnommé "Fort Apache le Bronx". Mais Rebus est un "Ecossais pur laine". Donc il ne se plaint pas. Mais il picole pour compenser (et beaucoup dans ce volume...). Pourtant, il doit rouvrir une enquête vieille de trente ans sur le serial killer du coin dont on disait, à l'époque, qu'il était "le croquemitaine", "la terreur incarnée de toute une génération", "le voisin de l'appartement d'à côté qui vous filait la chair de poule, l'homme tranquille de l'étage au-dessus"... Les parents disaient alors à leurs enfants : "Sois sage ou Bible John viendra te chercher" ! Mais ce n'est pas sur Bible John que Rebus doit enquêter mais sur une sorte de double qui se fait appeler Johnny Bible... Voici pour l'intrigue.

J'avoue que les débuts étaient prometteurs : on retrouve le langage piquant et bourré d'humour de Ian Rankin, qui n'hésite pas à faire dire à ses personnages que "manteau de fourrure et cul nul, c'est ça Edimbourg" ! Pourtant, je me suis vite ennuyée sec. L'intrigue se dédouble, les pistes se multiplient sans vraiment être reliées les unes aux autres pendant trop longtemps. On a l'impression que Rankin veut aborder trop de thématiques, qui finalement, se trouvent empilées. Le meurtre d'un employé d'une plate-forme pétrolière mène Rebus  aux Shetland, l'occasion d'évoquer la seule richesse du Nord-Est de l'Ecosse : le pétrole. Et ses conséquences économiques  et écologiques. Et le trafic de drogues. Les mouvements écolos... Mais il manque du lien. Pendant plus de 600 pages, on finit par perdre l'intrigue de vue, sautant de personnage en personnage, jusqu'à s'y perdre. On apprend à la fin que ce polar est tiré d'un fait divers réel...

Bref, j'ai vraiment trainé la patte cette fois et mis beaucoup de temps à terminer le livre. Bon, ça ne m'empêchera pas de continuer la lecture des aventures de Rebus car je sais pertinemment que Ian Rankin est capable du meilleur.

 

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

1. Knots and Crosses (L'étrangleur d'Edimbourg)
2. Hide and Seek (Le fond de l'enfer)
3. Thooth and Nail (Rebous et le loup-garou de Londres)
4. Strip Jack (Piège pour un élu)
5. The Black Book (Le carnet noir)
6. Mortal Causes (Causes mortelles)
7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
8. Black and Blue (L'ombre du tueur)
9. The Hanging Garden (Le jardin des pendus)
10. Dead Souls (La mort dans l'âme)
11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
12. The Falls (La colline des chagrins)
13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
14. A Question of Blood (Cicatrices)
15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
16. The naming of the Dead (L'appel des morts)
17. Exit Music (Exit Music)

 

22 juin 2014

La danse de l'hippocampe - Orphans tome 2

 

51peK8sivTL

Voici la suite des aventures de Marin Weiss, l'ado rencontré dans Double disparition.
A la fin du premier volume, il rencontre dans le monde parallèle dans lequel il a pénétré, une fille de son lycée avec laquelle il a un peu sympathisé : Tessa. Il est arrivé à la jeune fille la même mésaventure. Comme lui, elle ne comprend pas ce qui se passe. Leur malheur va rapprocher les deux ados. Pendant ce temps-là, dans notre monde, la mère et la soeur de Marin poursuivent les recherches, avec l'aide de la police mais surtout d'une jeune journaliste. Cette dernière, dans le premier tome, enquêtait sur le Seahorse Institute, tenu par l'influent Zacharie Speruto, alias Proteus. Cet institut est expert en cure de remise en forme d'un genre bien particulier, c'est du moins ce qu'elle découvrira... Speruto est, pour les gens de la Roche d'Aulnay, un homme au-dessus de tout soupçon. Pourtant, en secret, il est adepte du transhumanisme, une "approche qui vise à surmonter les limites biologiques de l'être humain par le biais du progrès technologique". Son idéologie "est une approche individualiste qui ne se préoccupe absolument pas du reste de la société"... Dans ce volume, on découvre également que la soeur de Marin, est une activiste du groupe "Pas de science sans conscience", que la mère de Marin cache un secret. Et puis, il y a la fameuse danse de l'hippocampe...
Voilà pour la trame narrative, j'en ai déjà presque trop dit !

J'ai trouvé ce volume beaucoup plus fouillé que le premier tome et tout aussi prenant. Les fils de l'intrigue commencent à se rejoindre, les pièces du puzzle à se mettre en ordre. On ne s'ennuie pas une seule seconde et j'avoue que j'ai été bluffée par l'imagination débridée de Clair Gratias : on va de surprise en surprise, sans aucun répit !
Cette lecture m'a fait pensé par moments à Harry Potter car ici aussi il existe un passage à un endroit bien précis entre notre monde et le monde parallèle dans lequel ont été plongés Marin et Tessa. Le tout saupoudré d'un zeste de Frankenstein ou le Prométhée moderne... (avec dans le rôle de Prométhée, Proteus-Zacharie, évidemment !) . On pense aussi à Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll...
On est effrayé par la conception de la société de Proteus, par ce côté sombre qu'il dissimule derrière des apparences un peu trop lisses pour être tout à fait honnêtes. On n'est pas non plus tout à fait rassuré par un membre du groupe "Pas de science sans conscience", dont les idées sont un peu trop extrêmes et qui sera à l'origine du coup de théâtre qui clôt ce volume. L'intrigue prend une dimension scientifico-philosophique intéressante.

Il reste à lire le troisième tome pour savoir si elle sera un peu approfondie et comment les deux jeunes héros se sortiront (ou pas) du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Une lecture qui tient en haleine !

 

 

 

 

23 février 2014

En cas de forte chaleur

41OQ-qr4hjL

 

4e de couverture : "Comme chaque matin depuis trente ans, Robert Riordan part acheter son journal. Mais en ce jour caniculaire de juillet 1976, Robert part et ne revient pas.
Dans leur maison londonienne, Gretta, sa femme, s'interroge : quelle mouche a bien pu le piquer ? Doit-elle prévenir les enfants ?
A peine réunis, ces derniers tentent de prendre la situation en main : les placards sont retournés, les tiroirs vidés, chaque pièce fouillée en quête d'indices.
Mais, alors que les mystères autour de leur père s'épaissit, les vieillesrancoeurs ressurgissent. L'aîné en a assez : pourquoi est-ce toujours à lui de prendre en charge sa famille ? Quant aux soeurs, jadis si proches, quel événement a brisé leur lien, si terrible que la cadette a décidé de mettre un océan entre elles ? Et Gretta, a-t-elle vraiment tou dit ?"

A priori, les histoires de famille en littérature, ce n'est pas trop mon truc. Mais quand c'est Maggie O'Farrell qui les écrits, je fais une exception.

A l'instar de la canicule de 1976, ça chauffe sec dans la famille Riordan depuis que le père a disparu. Réglements de compte et compagnie entre Francis Michael, Monica et Aoife, entre eux, envers leur mère, envers Claire l'Anglaise épousée par Francis Michael, envers Gretta, la mère de la tribu. Bref...
Maggie O'Farrell peint chacun des personnages avec finesse, tendresse, mais aussi férocité pour certains d'entre eux.
Pendant cette lecture, j'ai eu peu de sympathie pour Claire, Anglaise qui reproche tant à son mari (l'avoir empêché de passer sa licence). Mais si on plaint Michael Francis, on s'aperçoit aussi qu'il est un zeste agaçant par son manque de courage à fermer le clapet de sa femme une bonne fois pour toutes.
C'est sans doute Aoife le personnage le plus attachant de la famille : illettrée, cherchant à cacher aux yeux du monde cet handicap majeur, ce n'en est pas moins une jeune femme libre, têtue, et anti-conformiste - autant que son prénom purement irlandais dans un monde américano-anglais !
Quant à Grette, bien sous tout rapport à première vue, bien pensante etc., elle cache un lourd secret dont la révélation va renverser la donne ! Quelque chose qu'elle a reproché à Monica elle-meme, son aînée à la famille recomposée (en miettes)...

Mais ce qui tient en haleine, c'est le personnage de Robert, le père qui a pris la fuite. C'est ce qui nous fait ne pas lâcher le roman avant la fin et nous embarquer en Irlande, dans le Connemara, avec toute la famille pour connaître le fin mot de l'histoire. Sur la fameuse plage de corail qui se trouve là-bas, les aigreurs s'apaisent, les vérités se font. Quitte à rencontrer une sorte de cousin du monstre du Loch Ness : "Aoife et la créature se dévisagent. On dirait une loutre, mais en plus gros, ou un phoque, mais avec des poils plus longs. Puis l'animal lève une patte griffue qu'il se passe une fois, deux fois du museau jusqu'au crâne." Aoife "tente de chasser de ses pensées les histoires que racontait sa mère sur des esprits, des ondines, des marins conduits à la mort par des apparitions lors des nuits semblables à celle-ci."

Cependant, Maggie O'Farrell ne jette pas la pierre à Grette, du moins pas tout à fait. Elle explique la difficulté d'être Irlandais en Angleterre à l'époque où elle a émigré là-bas, s'imaginant que ses enfants ne pourraient pas comprendre,obsédée par cela : "Ses enfants s'imaginaient qu'ils avaient souffert parce qu'on les injuriaient à l'école, qu'on racontait toujours les mêmes blagues sur les Irlandais, que certains gosses du voisinage avaient interdiction de jouer avec de sales catholiques. Mais ils n'avaient aucune idée de ce que ça représentait d'être irlandais en Angleterre à l'époque, à quel point ils étaient détestés, raillés et méprisés (...). On vous crachait à la figure dans le bus en entendant votre accent, on refusait de vous servir dans les cafés, on vous chassait si vous essayiez de vous reposer sur un banc dans un parc ou bien on écrivait : "Les Irlandais ne sont pas acceptés" dans les vitrines des magasins."

Je conclus en disant que j'ai bien aimé mais que la seule chose que je reproche, c'est peut-être la fin un peu trop lisse à mon goût et donne presque une impression de fin bâclée. On se laisse néanmoins emporter par cette lecture où les secrets de famille remontent à la surface au fur et à mesure.



 

 

 

 

5 juin 2014

Lucie Aubrac, résistante

 

51tchsUF+HL

 

En cette veille de  commémoration du 70e anniversaire du Débarquement des Alliés voici un roman jeunesse sur une figure de la Résistance : Lucie Aubrac, ou plus précisément le couple de résistants qui se fera appeler après la guerre, Raymond et Lucie Aubrac.

En 1938 Lucie Bernard, jeune agrégée d'Histoire, enseigne à Strasbourg où elle rencontre Raymond Samuel, ingénieur qui rentre tout juste des Etats-Unis où il a terminé un master. Il est à Strasbourg pour faire son service militaire. Lucie est d'origine modeste et de confession catholique, alors que Raymond est issu de la bourgeoisie et juif. Tout aurait pu les séparer. Et pourtant ils ne se quitteront plus, emportés par le tourbillon de l'Histoire et leur révolte devant la France asservie par les nazis avec l'aide de Pétain.

Philippe Nessmann a choisi de faire parler Raymond dans son roman et de le faire parler à la première personne, afin de donner de la vie à son récit, son but ultime étant de faire connaître les actions du couple aux jeunes lecteurs. Ce n'est pas chose aisée de mimer le témoignage, d'autant que Raymond et Lucie étaient décédés quand il a décidé d'écrire le livre. Il a donc compulsé leurs écrits afin d'être le plus exact possible.

Ce roman historique se lit comme un thriller. Il restitue bien l'ambiance paranoïaque et surréaliste de l'époque, tout d'abord dans la zone libre au début de la guerre, où "les gens acceptaient plutôt bien la défaite", où "tout le monde paraissait d'autant plus soulagé du retour à la paix que l'occupant était absent de la zone libre : on n'y voyait aucun uniforme allemand, aucune croix gammée, aucun signe visible de défaite". Les gens écoutaient sagement ce que leur racontait le maréchal Pétain", qui "martelait que la guerre était due à la perte des vraies valeurs, à la décomposition de la IIIe République, au péché d'avoir cru au Front populaire et aux congés payés"....
Puis comment l'étau s'est resserré, la traque aux juifs, aux communistes, et à toute résistance aux nazis a été mise en oeuvre, obligeant les gens à se cacher comme des rats, à changer d'identité, à fuir quand ils le pouvaient. Comment surtout, puisque c'est le sujet du livre, la Résistance s'est peu à peu organisée, hiérarchisée, étendue. Le rôle de De Gaulle, qui depuis Londres a appelé tous les mouvements de Résistance à s'unir, par la bouche de son émissaire Jean Moulin. Lucie et Raymond s'engagent dans le mouvement de Résistance Libération Sud dès le début, oeuvrent avec des moyens rudimentaires pour distribuer des tracts. Ils créent le journal Libération. Lucie est une vraie héroïne des temps modernes, qui libère trois fois Raymond de prison au péril de sa vie. Les "petites graines semées par la Résistance avaient fini par germer" : "une part croissante des Français, qui osaient prendre des risques et soutenir les résistants".

Un joli portrait d'une femme au tempérament hors du commun, mais qui est surtout l'occasion de plonger le jeune lecteur dans une page grave et douloureuse de l'Histoire de France. Ce roman, très documenté et détaillé, se lit pourtant facilement. Un album photo à la fin de l'ouvrage permet au jeune lecteur d'enrichir sa lecture. On y voit notamment la descente des Champs Elysées par le Général de Gaulle. Philippe Nessmann rappelle que de Gaulle voulait avant que Paris se libère seule, que le pays soit un pays de vainqueurs et non un pays vaincu, administré par l'Allied Military Government of Occupied Territories (gouvernement militaire britannico-américain chargé d'administrer les territoires libérés).
En cette veille de commémoration du Débarquement, il est bon de le rappeler !

Un livre intéressant par sa richesse documentaire et son écriture trépidante.
Mon seul bémol va aux dialogues amoureux entre Raymond et Lucie, qui sont un poil trop niais  ("Oui mon chéri je le veux, bien sûr que je veux être ta femme" ; "Lucie, mon bel amour, quelle surprise !" "Eh oui, mon chéri, j'avais envie de te voir, alors je suis venue")...  C'est à peine crédible !

Je remercie mille fois Flammarion Jeunesse pour l'envoi de ce livre.





 

 

21 février 2014

Poussière tu seras / The Darkness of the Bones

518bvsHLA8L

4e de couverture : "Adrian Calvert, 14 ans, a disparu. Dans le salon poussiéreux du barbier, les lames de rasoir s'activent et les langues se délient : ce n'est pas la première disparition dans la région. Depuis plusieurs années, des jeunes manquent à l'appel dans l'orphelinat voisin. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Récemment, la pluie cinglante a exhumé des os, autour d'une clinique désaffectée. Des os d'enfants..."

Quatrième de couverture un peu fantaisiste et qui dévoile dès la première phrase quelque chose qui aurait dû être tu. Passons...

Sam Millar est ma découverte du moment, totalement fortuite d'ailleurs.Ecrivain nord-irlandais pas tout à fait comme les autres s'il en est : je brosse le portrait en deux mots car j'y reviendrai dans un billet ultérieur. Sam Millar est un ancien combattant de l'IRA, qui a été emprisonné à Long Kesh, la lugubre prison de Belfast, de sinistre mémoire. Il fit partie des Blanket Men. Il a survécu à la torture et se demande lui-même, avec le recul, comment c'est possible. Voilà, je vais m'arrêter là pour l'instant pour sa biographie, que je suis actuellement en train de lire et qui remue les tripes.

Ce polar, qui se déroule dans la cambrousse d'Irlande du Nord est l'histoire d'un jeune héros, Adrian Calvert, et de son père, ancien flic alcoolique et veuf qui cache un terrible secret. A la découverte de ce secret, Adrian s'enfuit. Et c'est le début d'une histoire incroyable.

L'univers de ce livre est en noir, blanc et rouge. La noirceur de l'histoire, la blancheur de la neige, des os (et de l'innocence), le sang du crime. Un récit percutant, c'est le mot qui revient dans la tête après la lecture.  Un suspense haletant qui en font un page-turner. "L'orphelinat avait fait partie du paysage urbain pendant des décennies, il avait même servi de de décor pour un film tiré d'un livre de Dickens."
On frissonne par la rencontre de personnages inquiétants, vivant dans des lieux non moins glauques : un zeste de gothique avec cet orphelinat à présent en ruines, qui semble hanté par les enfants disparus et dont le survivant à une allure de fantôme, de banshee, bref de personnage fantastique, un zombie revenant de l'indiscible, accompagné d'un barbier, avec tout ce qu'engendre ce genre de personnage dans l'imaginaire collectif...

Une écriture sans gants, dans le sens où elle dit les choses sans fioriture, dans dissimulation. C'est du brut qui va avec l'ambiance (lecteurs chastes, passez votre chemin mais sachez que vous raterez quelque chose).

Un très bon polar, à l'intrigue bien alambiquée, qui vous embarque dans cet univers étrange et restera ancré dans votre mémoire un bon moment après avoir refermé le livre. Le tout inspiré d'un fait divers qui n'aurait jamais dû exister.

Ce livre a été selectionné pour le Prix du meilleur polar 2013 des Editions Points.

Une lecture qui m'a embarquée dans la découverte des autres livres de l'auteur. J'en reparle bientôt donc !

 

 

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Publicité
Newsletter
21 abonnés
Publicité

 

6a00e54efb0bbe8833014e8b4ad663970dSélection de livres ICI

 

Suivez-moi sur Facebook  ICI

Classement BABELIO :

 

 

exptirlande

Publicité