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Mille (et une) lectures
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Mille (et une) lectures
1 mai 2014

Double disparition - Orphans tome 1

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Marin Weiss, 17 ans, fait un peu la tête à sa mère parce qu'elle lui a refusé la permission d'organiser une fête avec ses amis. Il reçoit une série de SMS qu'il prend pour de la publicité.
"T'en as marre de tes vieux ? Lis le SMS de tout à l'heure".
Devant le harcèlement de son mystérieux interlocuteur et piqué par la curiosité, Marin finit par faire ce qu'il lui demande. 
"Il y a des jours où tu reverais d'être orphelin ?
Tu ne supportes plus que tes parents ne te fassent pas confiance ?
Tu n'es pas le seul. www.orphans-project.com"
Marin croit d'abord à une blague, d'autant que son smartphone semble avoir le don de lire dans ses pensées.
"Arrête de te poser des questions.
On t'attend sur www.-orphans.com".
Un site interdit aux parents. Rejoins-nous vite."


Et c'est le début d'une aventure incroyable. Ce roman relève à la fois du polar et de la science-fiction. Cela commence par un jeu de pistes truché de QR Code, avant de basculer dans un autre espace-temps, un monde parallèle, une sorte de quatrième dimension. Comme Marin, le lecteur ne comprend pas ce qui se passe, pourquoi tout est si semblable et pourtant si différent, quelle est la raison de tout cela, quels sont les mystérieux hommes à la chevelure blanche, quel est leur but...
Bref, le livre ne vous tombe pas des mains avant de l'avoir terminé. J'espérais avoir la résolution de l'énigme. Mais, là, j'avoue, j'ai été déçue : il faut lire le volume suivant. L'occasion de s'interroger sur la mystérieuse lumière verte du Photomaton, qui apparemment est dotée de bien des pouvoirs , (méfiez-vous la prochaine fois que vous entrez dans une de ces cabines, certaines sont piégées!)...

J'ai aimé cette histoire bien ficelée, bourrée de technologies, très divertissante. On ne peut qu'aller lire le volume suivant !

Ce roman fait partie de la sélection Les Mordus du Polar 2014, organisée par les bibliothécaires de la Ville de Paris.

Le gagnant du prix sera désigné  le 17 mai prochain. Suspense à son comble, car les deux livres sur les quatre sélectionnés que je viens de lire sont très bons !
Pour plus d'informations, c'est ICI.

 

 

 

 

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24 novembre 2013

Une illusion passagère

 

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4e de couverture : "Martin, haut fonctionnaire irlandais d’une cinquantaine d’années, rattaché à un ministère en bout de course, se retrouve, le temps d’un voyage officiel en Chine, seul dans sa luxueuse chambre d’hôtel. Accablé par une existence terne, entre son épouse et ses trois filles, il décide de s’offrir un massage durant son séjour. La jeune femme chinoise qui vient le masser ne parle pas sa langue et ne partage rien de sa vie : mère célibataire, elle peine à joindre les deux bouts, mais ce qu’elle lui procure est autrement précieux : le plaisir d’être touché, la sensation d’être désiré. Une complicité naît entre eux, que rompt la proposition de la jeune femme de monnayer ses charmes. Martin va-t-il céder à cette tentation ? L’écriture dense et acérée, mais aussi d’une grande sensibilité, de Dermot Bolger condense la vie d’un homme, ses convenances, ses incertitudes et son trouble l’espace d’une nuit."

 Je continue sur ma lancée de la rentrée littéraire d'écrivains étrangers avec cet autre roman très court de l'illustre Dermot Bolger, tout aussi connu que Roddy Doyle en Irlande, dans un registre différent.

Martin, haut-fonctionnaire irlandais quinquagénaire accompagne dans son dernier souffle le gourvernement que la crise financière qui frappe l'île d'émeraude fera chuter. Epuisé moralement tant par son couple qui bat de l'aile que par son boulot ingrat, Martin en voyage officiel en Chine, décide de se faire masser. L'idée ne lui vient pas d'emblée mais après réflexion, de manière plus ou moins détournée par une employée chinoise qui lui force presque la main, en lui expliquant qu'elle va lui envoyer quelqu'un dans sa chambre, de manière discrète et profesionnelle.... Notre homme se laisse pièger par l'idée tentante de se faire du bien... jusqu'à croire à la sincérité de sa masseuse...alors qu'il ne s'agit que d'une illusion passagère.

Martin est la personnification de la chute du pays. Le titre original du livre est d'ailleurs The Fall of Ireland. Un roman très court (une novella) mais au goût de vitriol. Dermot Bolger n'y va pas par quatre chemins :

"L'Irlande avait été ruinée par les banques et les investisseurs, par les partis politiques déterminés à se supasser les uns les autres dans leur générosité vis-à-vis des électeurs qui avaient pris l'habitude d'attendre ce genre de largesses - tous emprisonnés dans une illusion vertigineuse qui ne pouvait que se terminer par une chute."

Autement dit chacun en prend pour son grade ! Les Irlandais qui se sont plus à croire à l'illusion de moyens financiers qu'ils navaient pas, illusion que leur permttaient les banques qui prêtaient sans compter, elles-mêmes autorisées par les politiques. L'illusion d'un bon massage, mais quand ça s'arrête, ouille la réalité n'en est que plus douloureuse ! Un mensonge organisé qui a ruiné le pays.

J'ai vraiment aimé l'habileté de Dermot Bolger à amener la question de ce mensonge par l'idée du massage. Martin fait mal au coeur, on le trouve un peu bêta mais on ne lui en veut pas. On se laisse prendre au jeu et on s'interroge nous aussi sur la sincérité de la masseuse que l'écrivain met malgré tout en suspens. On a finalement un tout petit doute qui subsiste parce qu'elle lui dit qu'il est un homme gentil. Oui, mais la Chine qui dit ça à l'Irlande, la Chine, pays qui achète le reste de la planète et dont le voyage officiel de Martin est justement d'aller vendre son pays, ça fait réfléchir...

C'était ici mon troisième rendez-vous avec Dermot Bolger, découvert avec l'excellent Toute la famille sur la jetée du Paradis. Une chose est sûre : j'y reviendrai encore et toujours !
Et voilà  encore un chouchou irlandais qui gagne à être connu en France ! Je regrette que son roman n'ait pas été davantage sur le devant de la scène pendant cette rentrée littéraire. Parce que Dermot ne fait pas dans la qualité littéraire moyenne, il fait dans l'excellent !

 

 

 

 

13 avril 2014

Rouge est le sang (The Redemption Factory)

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Paul Goodman, jeune homme de Belfast au chômage, ne trouve, pour se sortir de cette situation, que d'aller travailler dans l'abattoir de la ville, grâce aux conseils de son meilleur pote, "Lucky" (le mal-surnommé). Il y découvre un univers surréaliste, peuplé de personnages violents, des monstres, dans tous les sens du terme, dirigés par le sinistre Shank : celui-ci y fait travailler ses deux filles : Violet la Violente, défigurée par un accident de voiture, dont le visage ressemble à un spot de discothèque et Geordie, infirme qui ne peut se déplacer qu'avec une démarche chaloupée agrémentée d'un bruit de ferraille. 

Le roman s'ouvre sur une scène de torture et se poursuit avec le bizutage de Paul Goodman à l'abattoir. On pourrait refermer le livre, partir en courant. Pourtant, quelque chose vous aguiche, vous invite à poursuivre. Et il faut poursuivre pour découvrir une pépite, un polar comme vous n'en avez encore sans doute jamais lu. Un polar sans détective ni énigme à résoudre, très très noir, mais à la fois très drôle par moments, du polar à la sauce nord-irlandaise. Ici, pas de super-héros, mais des personnages rafistolés, déglingués, déjantés. Chacun à leur manière. Des meurtres. Et une histoire d'amour. Geordie, c'est un peu la petite soeur de Frankeinstein dans Belfast. Ambiance !

Un texte blindé d'argot, qui dit les choses sans s'encombrer de pudeur. Un bon suspense. On se régale. Et puis, avec Lucky, le champion du pub crawl, on apprend que "la seule chose meilleure qu'une bonne pinte de Guinness, c'est une bonne pinte de Guinness gratuite" ! Pardi !

C'était mon troisième rendez-vous avec Sam Millar. Un livre encore différent des deux lus précédemment. Un zeste d'autobiographie avec l'histoire du jeune belfastois qui va travailler à l'abattoir. Un sens de l'humour noir hors du commun.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande !

Vivement que je découvre Les Chiens de Belfast, quand le livre gagné à la Masse Critique de Babelio de janvier daignera m'arriver...

 

 

11 novembre 2013

La fille de l'Irlandais

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4e de couverture : "Eve, petite fille rousse et délurée, est recueillie par ses grands-parents à la mort soudaine de sa mère, dans un village au cœur du pays de Galles. À cause de sa chevelure rousse indomptable, elle doit faire face au mépris et à la méfiance. Mais lorsqu'une enfant disparaît mystérieusement, la vie des villageois bascule : enquête, soupçons et mensonges deviennent le quotidien. Au milieu de cette effervescence, Eve, perdue, tente de percer les secrets de sa vie et de sa naissance. Dans ce roman, les pièces du puzzle s'imbriquent progressivement pour former un magnifique conte d'innocence perdue."

Evangeline, petite fille au prénom bien trop long à son goût, perd subitement sa mère. Elle quitte Birmingham pour le Pays de Galles. Elevée par ses grands-parents, de père irlandais inconnu, la petite fille de huit ans rencontre une certaine Rosie qu'elle va d'emblée détester car bien trop crâneuse et maniérée à son goût, mais aussi parce que Rosie la rejette, mais surtout parce que toutes les deux ont le coeur qui bat pour le même garçon. Seulement voilà, Rosie du jour au lendemain disparaît.

Pourtant, dans ce roman l'intrigue est très dissolue et pour tout vous dire, le lecteur n'aura jamais la réponse. Ce roman est avant tout un roman d'atmosphère et c'est ce qui fait son charme : un village du Pays de Galles battu par les vents, délavé par la pluie ou succombant à la chaleur l'été (bah oui !), dont les habitants se connaissent tous trop, comme dans tous les villages du monde. Un monde clos où tout ce qui est différent est suspect. Un jeune homme étrange devenu, selon eux, simplet parce qu'il a reçu le coup de sabot d'une jument sur le crâne quand il était jeune. Une petite fille rousse aux cheveux incoiffables, portrait craché de son père irlandais, un baroudeur, roux lui aussi, dénommé Kieran Green, qui a mis les bouts le jour où il a appris que Bronwen (mère d'Evangeline) attendait un enfant de lui. Voilà pour les ingrédients de ce qui est aussi un roman d'apprentissage et de deuil. Evie parle alors qu'elle va à son tour devenir mère. Un adieu à l'enfance et sans doute au remord aussi. Car Evie du haut de ses huit ans a fait une chose grave, mais ce qu'elle a a fait est la réponse d'une enfant à un événement traumatique tout aussi grave...

J'ai un avis mitigé sur ce livre car même si j'ai beaucoup aimé l'atmosphère galloise, je me suis tout de même ennuyée pendant une bonne moitié du roman, reprenant une once d'intérêt dans le dernier tiers. J'ai trouvé que l'intrigue était trop dissolue au point que parfois je l'ai perdue de vue. J'ai pourtant aimé le style poétique de Suzanne Fletcher mais les allers-retours présent/passé (qui pourtant d'habitude ne me gênent pas dans une narration) m'ont fait perdre le fil. Dommage. Enfin, il n'y a pas de "surprise", c'est un peu trop archétypal à mon goût : les Irlandais roux (et Green !) ; le simplet du village, le pervers etc. On s'y attend trop. Malgré tout j'ai eu de l'empathie pour Evangeline, malgré ses cachotteries et sa grosse bêtise.

 

 

 

15 mars 2014

Le duel

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4e de couverture : "Pendant l'été 1972, Rekjavik est envahi par les touristes venus assister au championnat du monde d'échecs qui oppose l'Américain Fischer et le Russe Spassky. L'Américain se conduit comme un enfant capricieux et a de multiples exigences, le Russe est accueilli en triomphe par le parti communiste islandais, le tout sur fond de guerre froide. Au même moment un jeune homme sans histoire est poignardé dans une salle de cinéma, le magnétophone dont il ne se séparait jamais a disparu. L'atmosphère de la ville est tendue, électrique.
Le commissaire Marion Briem est chargé de l'enquête au cours de laquelle certains éléments vont faire ressurgir son enfance marquée par la tuberculose, les séjours en sanatorium et la violence de certaines traitements de cette maladie endémique à l'époque dans tout le pays. L'affaire tourne au roman d'espionnage et Marion, personnage complexe et ambigu, futur mentor d'Erlendur, va décider de trouver le sens du duel entre la vie et la mort qui se joue là.
Un nouveau roman d'Indridason qu'il est difficile de lâcher tant l'ambiance, l'épaisseur des personnages, la qualité d'écriture et l'intrigue sont prenantes."

Je dois dire que ce roman vous rend limite cinglé ! En fait il y a plusieurs intrigues : celle de la narration (qui a tué ce pauvre garçon fan de cinéma et pourquoi) et l'identité de Marion Briem. Cette deuxième intrigue a fini par prendre le dessus dans ma lecture, puisque je suis tombée sur un article de presse (via un groupe de fans d'Indridason sur Facebook) qui insiste sur l'ambiguïté du personnage. Cela a fini par me mettre vraiment le doute, surtout quand, de plus, j'ai lu la quatrième de couverture...

En plus de l'intrigue narrative, on se met donc à traquer les accords grammaticaux dans le texte. Marion explique son nom de famille incongru puisqu'il ne suit pas la règle islandaise (le nom de famille n'existe pas en tant que tel en Islande : on accole -son au prénom du père  si on est de sexe masculin et -dottir si on est une femme). Briem est un vieux nom de famille qui vient de son grand-père maternel (danois). "Les gamins d'Olafsvik m'appelaient l'enfant de la bonne. Athanasius dit que je suis un enfant à problèmeset qu'il vaut donc mieux m'appeler Marion Briem." Et quand on apprend, de sucroit, que Marion est un prénom mixte en islandais, on n'est pas aidé.

Voici donc pour l'androgynie du personnage principal. On découvre donc ce personnage qui apparaît dans plusieurs volumes précédents, dont La Voix. Cela va sans dire que n'en pouvant plus, à la fin de ma lecture, je suis allée voir ce que je trouvais sur Marion dans ce volume (et je tairai ce qu'il en est, évidemment !). Marion est un personnage décidé mais contradictoire, qui, par exemple, n'hésite pas à accuser les étrangers du meurtre du jeune homme, avant de faire machine arrière devant le tollé soulevé. Durant son passage au sanatorium danois, Marion a lié amitié avec une jeune malade, Katrin, qui a survécu. Et elle ne nous aide pas non plus à savoir qui est vraiment Marion malgré une scène qui met le doute.

Bref, c'est jubilatoire et cela démontre une fois de plus qu'Arnaldur Indridason est un romancier virtuose (et son traducteur, Eric Boury, aussi !). Il s'amuse bien avec le lecteur, ébranle les certitudes acquises dans les précédents volumes (mais quand même, ça m'a fait sourire et il faudrait aller peut-être lire une version en anglais ou en espagnol, pour voir, justement, si dans les précédents volumes, le parti-pris est le même ! Et la question que je me pose est est-ce que dans les volumes précédents, Indridason envisageait déjà ce qu'il a fait de son personnage ici...)

Concernant l'intrigue elle-même, elle relate un fait réel, le duel aux échecs entre un Américain et un Soviétique, en pleine guerre froide. La raison de la mort du jeune homme est passée au crible, l'enquête avance doucement, avec des erreurs qui font faire marche arrière. Le dénouement est inattendu.

Et il faut lire le livre jusqu'à la toute dernière page pour les fans qui se languissent, comme moi, de revoir un jour l'inspecteur Erlendur. Il y a une surprise qui fait sourire (mais qui ne confirme rien par rapport à Etranges rivages puisque l'histoire se déroule antérieurement aux enquêtes de notre inspecteur chouchou !).
Bref, du grand Arnaladur Indridason à lire sans hésiter. Et vivement la suite !

 

 

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13 octobre 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer

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4e de couverture : "Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d'un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Choeur vibrant, leurs voix s'élèvent pour raconter l'exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l'humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l'oubli."

Le roman a obtenu le prix Femina étranger en 2012. Cela faisait un moment que le sujet me paraissait à la fois intéressant et intriguant. La parution en poche a fini de me convaincre de lire ce livre.

Mon avis va être rapide et aussi mince que ce roman pourtant dense.

Il s'agit à la fois d'une page de l'histoire du Japon et de celle des Etats-Unis, à savoir l'immigration japonaise vers les USA au début du XXe siècle, en particulier celle des Japonaises mariées à des Américains qu'elles ne connaissent pas et qui fuient leur pays parce qu'on leur promet un avenir meilleur là-bas. Mais la réalité est tout autre pour la plupart d'entre elles. Puis la Seconde Guerre mondiale surgit, avec ses hordes d'horreurs et de suspicions. Une page d'Histoire rayée des mémoires. Ce roman se veut un hommage et de ce point de vue-là il est réussi. Mais il y a quand même un bémol.

Ce bémol concerne le style d'écriture choisit par Julie Otsuka. Un choix courageux car on accroche ou pas. Elle choisit de ne recourir au "nous" collectif pour évoquer la multiplicité des situations mais aussi la communauté et l'anonymat de toutes ces Japonaises expatriées. Résultat me concernant : je suis restée en dehors du récit, je n'ai pas tout à fait réussi à m'accrocher aux personnages ni à ressentir autant d'émotion que les scènes décrites l'auraient voulues. J'ai fini par me lasser. Mais j'ai néanmoins appris une page d'Histoire que j'ignorais.

Une lecture en demi-teinte. J'attendais mieux.

 

 

15 février 2014

A travers les champs bleus

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Voici le troisième ouvrage de Claire Keegan publié en France, l'an dernier. J'avais beaucoup aimé son premier recueil de nouvelles, L'antarctique etle court roman Les trois lumières. Mais A travers les champs bleus m'a subjuguée !

Claire Keegan revient au genre de la nouvelle, dont les écrivains irlandais excellent et en ont fait un genre littéraire majeur dans l'île.

Il m'est difficile de parler avec une grande précision de ces huit nouvelles car j'ai lu ce recueil il y a quelques semaines et la multiplicité des histoires n'aide pas la mémoire, surtout quand on a pris peu de notes en cours de lecture, préférant se laisser emporter par l'ambiance !

Mais la nouvelle qui ferme le recueil,  "La nuit des sorbiers", reste ancrée dans ma mémoire et c'est la plus sublime de toutes pour moi. Les indices du texte font savoir au lecteur qu'elle se déroule à Inis Mor, la plus grande des îles d'Aran. Claire Keegan parle ici de la solitude de deux êtres, un homme qui vit avec une chèvre dans son lit et une femme presque sorcière qui emmenage dans la maison d'à côté après un décès. Mais c'est surtout la supersition et le folklore qui embrasent cette nouvelle et nous plonge dans une ambiance à la limite du fantastique. Un court texte tiré d'après "L'eau du bain de pieds", conte de fées irlandais, plante le décor "psychologique : "Jadis à la campagne, dans toutes les maisons, les habitant se lavaient les pieds, comme ils le font maintenant, et une fois que l'on s'était lavé les pieds, il fallait toujours jeter l'eau dehors, car l'eau sale ne devait pas rester à l'intérieur de la maison durant la nuit. Les vieilles gens disaient toujours qu'un malheur risquait de s'abattre sur la maison si l'eau du bain de pieds restait à l'intérieur"... Et puis, il faut savoir qu'un sorbier a des pouvoirs magiques en Irlande (au même titre que l'aubépine, d'ailleurs), celui de l'enchantement.
Et c'est vraiment ce qu'il se passe : Claire Keegan endosse ici avec talent le rôle du conteur des veillées irlandaises et vous embarque dans un univers à part.

Quant à la nouvelle "La fille du forestier", elle parle de l'attachement (historique) de l'Irlandais à sa terre, de cet attachement jusqu'à l'égoïsme et la radinerie. Un mariage de tout sauf d'amour et une épouse malmenée qui finit par se venger grâce à son talent de conteuse et raconte ainsi sa vie  à peine déguisée par le truchement du conte aux voisins ! Et quand on connaît l'importance du "qu'en dira-t-on" en Irlande, on sait très bien que le vilain mari en sera blessé à vie.

Car oui, il est pas mal question d'amour malheureux, de secrets de famille qui remontent à la surface, de religieux malheureux....

Ces nouvelles sont sublimes mais tellement riches et complexes qu'il n'est pas facile d'en parler. Le mieux c'est de les lire !

 

 

 

1 février 2014

Un enfant de l'amour

 

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4e de couverture : "James Reid est un jeune homme romantique dont le principal défaut est d'avoir trop rêvé sa vie avant qu'elle ne commence véritablement. Durant l'été 1939, il embarque pour l'Inde avec son régiment et, lors d'une escale au Cap, croit trouver en Daphné, jeune femme mariée, le grand amour qu'il attendait. À la fin de la guerre, il apprend que de cette liaison passionnée est né un enfant qui ne se sait pas illégitime. James va alors tout entreprendre pour rencontrer son fils..."

 

Ce roman de Doris Lessing, publié en 2003 est un roman d'apprentissage, celui d'un jeune Anglais mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et envoyé aux Indes, avec escale en Afrique du Sud. C'est là qu'il connaîtra l'amour, dans sa rencontre avec Daphné, jeune Anglaise en mal d'enfant.

Mais Si Doris Lessing raconte ici une histoire d'amour sans retour (parce que Daphné fera sa vie sans James mais lui en sera incapable), c'est surtout la restitution d'une époque qui est le tour de force de ce roman.
Celle des Anglais, colons installés en toute impunité dans un pays qui n'est pas le leur, servis par des autochtones qui leur sont dévoués.
C'est celle de l'effervesence intellectuelle et culturelle, le socialisme (James se lie d'amitié avec Donald qui en est un fervent défenseur), la passion littéraire dévorante de James qui devient un lecteur et un admirateur invetéré de Kipling.
Celle de la souffrance, de l'ennui et du gâchis humain : la souffrance sur le bateau qui emmène les soldats de Grande-Bretagne jusqu'en Afrique du Sud : à notre époque, on a dû mal à imaginer ce que c'était de faire une telle traversée dans les années quarante et Doris Lessing nous le rappelle avec talent : on a dû mal à lâcher le livre et c'est sans doute ce qui m'a le plus plu.
Quant à l'ennui et au gâchis, il s'agit de ces mêmes soldats, qui après une traversée des mers très pénible, arrivent en Inde pour finalement souffrir... du climat et mourir d'ennui ! Autrement dit, ils ont été envoyés là-bas pour rien, ou plus précisément "jusqu'au cas où".

En somme, Doris Lessing offre ici un roman d'atmosphère que j'ai beaucoup aimé. Elle ne faillit pas à la réputation de sa qualité d'écriture, à son humour, parfois noir. On se dit que ce n'est pas pour rien qu'elle fut Prix Nobel de littérature en 2007 (même si c'est une reconnaissance bien tardive !).

Lu dans le cadre du :

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Je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire ici

31 août 2013

Gamines

 

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4e de couverture : " "Corinne : Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ?
Sibylle : J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
Georgette : Voleuse ! Voleuse de maman !
Corinne : Tu lui ressembles tellement.
Sibylle : Celui qui porte le même nom que nous, c'est pas une photo ! C'est un homme !
Corinne : Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?"

Je connaissais Sylvie Testud en tant qu'actrice mais pas en tant qu'écrivain. J'avoue que j'étais sceptique... mais à tort ! Voici sans doute le roman français le plus drôle, le plus tendre et le plus émouvant, tout cela à la fois, que j'ai lu depuis des années. Parce qu'il faut bien le dire, les romans français bien souvent on a envie de se pendre à la fin de la lecture, même si ce n'est pas non plus tout à fait une généralité quand même. Même si Sylvie avertit qu'elle ne connait absolument pas les personnages de ce roman, on finit tout de même par déceler une veine autobiographique...

C'est l'histoire d'une famille monoparentale comme tant d'autres, d'origine italienne. Mais surtout les aventures de trois gamines délurées chacune à leur manière, avec une soeur aîné en guise d'Oreille en Coin. Mais dans la bande, c'est tout de même Sybille, soeur ainée de Georgette et cadette de Corinne qui détient la palme ! "T'as vu sa tronche ? On dirait une mortadelle". Avec des réflexions de ce style, le ton est donné pour le plus grand plaisir du lecteur. Dans cette famille, il y a un être mystérieux, un étranger tabou :"Il". Il n'occupe pas la scène de manière continue mais reste dans un coin de l'esprit des gamines. La seule chose qui les relie à lui est une photo.

Les années passent et on retrouve les gamines jeunes adultes (ce fut aussi une des suprises de la lecture). Sybille est une star, affublée d'un chien qui la promène plus qu'elle ne le promène. Et un miracle se produit...

Bref, un roman attachant et très divertissant, parfait pour une lecture de rentrée :  bonne humeur garantie ! Sylvie Testud, j'y reviendrai en cas de blues parce que c'est un sacré paquet de vitamines antidépresseurs !

Il y a un film tiré du roman mais je crois que je préfère m'en tenir à cette lecture. J'ai peut-être tort...

24 août 2013

Le confident

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4e de couverture : "Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique. Le confident a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en dix-huit langues."

Intriguant. C'est le mot qui m'a poursuivie pendant toute la lecture de ce roman. A l'instar de Camille, éditrice enceinte et partie pour être mère célibataire, on se demande qui se cache derrière les lettres qu'elle reçoit et surtout qu'elle est le but de ce courier : un écrivain cherchant à attirer l'attention pour se faire éditer ? Quelqu'un de l'entourage de Camille ? Un ou une désaxé(e) ? Bon, j'avoue à mi-chemin j'ai deviné l'histoire un peu tordue qui se cachait derrière ces courriers.

Néanmoins, au-delà de ça, j'ai vraiment apprécié l'aspect documentaire sur la France de la Seconde Guerre mondiale et sur celle de juste avant. Par ailleurs, le roman retranscrit la pression sociale exercée sur les femmes n'ayant pas d'enfants : considérées comme suspectes (mais est-ce que cela a bien changé ?), notamment pendant l'entre-deux guerres où la démographie est en berne. Hélène Gremillon raconte les affres d'une femme stérile et ce qui la pousse, par désespoir à faire ce qu'elle a fait (et que je ne peux vous révéler sous peine de "spoiler", déjà que là je le fais à moitié !). C'est effrayant, c'est ce que je peux dire. Le poids de la culpabilité est également magnifiquement retranscrit. Et de la jalousie.

L'ambiance est assez glauque mais non moins prenante. Je n'ai eu aucune empathie pour les personnages. Mais le lecteur se laisse happer par ce roman à plusieurs narrateurs et ne peut le lâcher qu'à la toute dernière page. Pour un premier roman, c'est un coup de maître, assurément.

22 août 2013

Granny Webster

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4e de couverture : "Envoyée en convalescence au bord de la mer chez son arrière-grand-mère, une vieille dame acariâtre qui ne se déplace qu'en Rolls, vit comme à l'époque victorienne et évite toute émotion pour ménager son coeur, une jeune fille - qui n'est pas sans rappeler Caroline Blackwood - découvre peu à peu les secrets qui se cachent derrière les rideaux empesés de la luxueuse demeure... La description de cette grande famille irlandaise, avec une tante excentrique et suicidaire, une grand-mère un peu dérangée et une femme de chambre borgne, est d'une réjouissante noirceur."

Tout d'abord quelques mot sur l'auteure : "Caroline Blackwood est née en 1931 en Irlande du Nord dans le domaine familial de Clandeboye." Sa mère est l'héritière de la richissime famille anglo-irlandaise Guinness (oui, c'est bien une famille de l'Ascendancy anglo-irlandaise !). Je résume en disant qu'elle a eu une vie passionnante et bien remplie. Elle est décédée en 1996 d'un cancer. Great Granny Webster (titre original) a été publié en 1977 et fut sélectionné pour le fameux Book Prize. Mais Caroline a publié tout un tas d'ouvrage qui ne sont hélas pas publié en France. Et je dis tout de suite que c'est bien dommage !! Celui-ci est une réédition et c'est une excellente initiative de la part du Livre de Poche.

En effet, c'est tout juste un régal d'humour noir et d'ambiance victorienne gothique à souhait, bien que ça se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est une succession de portraits, tout plus excentriques les uns que les autres, mais chacun à leur manière. Tout d'abord la fameuse arrière grand-mère, lugubre à souhait, "délabrée et proche de la tombe" (du moins au premier abord), vivant à Hove, dans la banlieue de Brighton, dont la maison n'a pas respiré l'air du dehors depuis au moins l'ère victorienne (j'exagère à peine), servi par une unique domestique borgne. En fait cette archi-vieille vit dans son monde imaginaire, elle est limite autiste dans son comportement, ne sortant jamais, vivant en recluse sur son fauteuil, observant d'un oeil condescendant cette nouvelle génération qui profite des congés payés. Néanmoins, elle a, semble-t-il, à sa manière bien particulière, une forme d'affection pour son arrière petite-fille. Pour preuve de son amour, elle lui léguera un lit à baldaquin décoré d'un ananas. Ridicule à souhait. La vieille dame sera gothique jusque dans sa mort.... qui est un moment d'anthologie savoureux à la toute fin du roman.

Une large évocation est faite de la grand-mère Dunmartin, complètement fêlée, mais il faut dire que quand on a eu comme mère Madame Webster, il y a de quoi. Je reprocherai juste quelques longueurs dans l'évocation de cette grand-mère et du manoir usltérien Dunmartin dégoûtant à souhait et au-delà de l'imaginable.

Je ne vais pas vous raconter chacun des personnages mais je dois bien avouer que ce tout petit livre d'à peine 160 pages est un délice. Avis aux amateurs d'ambiance victorienne et d'humour noir.

 

 

16 août 2013

Les évaporés

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Richard B., Américain de San Franscisco, à la fois poète et détective, détestant voyager, accepte néanmoins d'accompagner Yukiko son ex petite-amie au Japon pour enquêter sur l'étrange disparition de son père.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez deux choses en lisant ce roman :
- "au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître". On appelle ces personnes les évaporés, ou plus précisément, en japonais, johatsu ;
- " tout ce qui est raconté ici est vrai : c'est le fruit d'expériences vécues, de rencontres et de nombreuses lectures faites sur place". Même le personnage de Richard existe, aussi bien que les évaporés : il s'agit du romancier et poète américain Richard  Brautigan "qui a vécu lui aussi au Japon en 1976" et a servi de guide à Thomas B. Reverdy.

L'écrivain nous immerge dans le Japon de l'après-Fukushima, sur les pas de Kaze, le Japonais évaporé escorté par un gamin de quatorze ans. Kaze a été licencié. Le gamin a perdu sa famille suite au tsunami. L'enquête menée par Richard s'avère difficile dans ce Japon sous le dogme des yakuzas et autres "shogun de l'ombre" que sont "d'anciens Premiers ministres qui restent dans les coulisses, (...) ou bien des gens (...) qui ont un pied dans plusieurs mondes, la politique, les affaires". C'est un monde à la fois mystérieux et effrayant qui est décrit. Kaze a été licencié du jour au lendemain, sans explications, mais sans doute parce qu'il a découvert quelques magouilles financières dans l'entreprise de courtage où il travaille. Des cols noirs (yakuzas) lui demande de se tenir à carreau. Un double coup de sabre donc, car au Japon être licencié est la honte suprême, le déshonneur complet. C'est la raison qui pousse Kaze à s'évaporer. C'est une chose facile dans ce pays où les cartes d'identité n'existent pas et où l'on croit les gens sur parole ou plutôt sur ce qui est écrit sur leur carte de visite. Mais ce qui attend les évaporés, c'est une vie misérable. Et devinez qui on trouve en nombre dans la "zone interdite" créée suite à la catastrophe de Fukushima ?

Cette catastrophe hante les pages du roman, la description est au-delà de l'imaginable. On pense voir de la neige, mais c'est en fait de la cendre. Mais ce n'est presque rien à côté de "la côte qui s'est mise à ressembler à une succession de villes fantômes". La région où a eu lieu la catastrophe était économiquement sinistrée auparavant. Mais "depuis le tsunami et les problèmes nucléaires, ça bouge beaucoup par là-bas. La plupart des évaporés de Tokyo sont employés comme journaliers, sur des chantiers de démolition ou de reconstruction. C'est un des taux de chômage les plus bas du Japon" .

Ce que j'ai lu dans ce roman très bien documenté est au-delà de ce que je pouvais imaginer. Sans doute le premier roman francophone sur l'après-Fukushima. Edifiant, émouvant et effrayant à la fois. Un roman japonais également, comme aime à l'indiquer Thomas B. Reverdy, pour qui ce pays n'a pas encore levé tous ses mystères. L'écriture fluide, les chapitres courts et aérés l'ont rendu très agréable à lire, doublé du suspense de l'enquête de Richard, toujours épredument amoureux de son ex-petite amie japonaise, qui, à l'instar de son pays, gardera pour elle bien des mystères. On a beaucoup d'empathie pour Kaze et le gamin, sorte de famille monoparentale recomposée.

Une belle découverte de la rentrée littéraire 2013, pour moi qui ai une histoire particulière vis-à-vis du Japon. Un roman qui m'a touchée au coeur. Parution prévue le 21 août.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour le partenariat.

 

 

 

 

 

14 août 2013

Une seconde vie

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4e de couverture : "«Les sept nuits suivantes, elle refit ce rêve dans lequel un jeune homme passait à côté d’elle et s’arrêtait pour lui demander le chemin du lotissement. Dans son rêve, il l’avait toujours dépassé quand elle l’appelait par le prénom qu’elle lui avait donné à sa naissance, et dont elle n’était pas certaine qu’il le porte toujours. Mais il le reconnaissait car chaque nuit, dans ce rêve, il se retournait, et à ce moment-là elle s’éveillait couverte de sueur, sachant que ce n’était pas un rêve mais une prophétie.» Suite à un accident de voiture, Sean Blake est déclaré cliniquement mort. À son réveil, il lui semble être devenu étranger à lui-même. Il décide de partir en quête de son passé, sur les traces de sa mère dont il ne sait rien. Elle l’avait enfanté dans l’un des sinistres couvents de la très catholique Irlande d’après-guerre…"


Cela faisait un moment que j'étais tentée par ce roman de l'écrivain irlandais Dermot Bolger, dont j'avais adoré Toute la famille sur la jeté du paradis, qui racontait la vie d'une famille d'Anglo-irlandais hors norme pris dans les pièges de l'Histoire.

Ici Dermot Bolger change de sujet mais revient sur l'histoire de son pays, ou plus précisément un fait de société qui n'a pas encore levé tous ses tabous : l'abandon d'enfant dans l'Irlande des années 50, avec comme corolaire les épouvantables couvents des Magdalene où étaient envoyées toutes celles qui risquaient de salir la respectabilité d'une famille. Dermot Bolger a réécrit son ouvrage, paru une première fois dans les années 90, car, selon lui, il contenait trop de colère. Il essaie ici de replacer les choses dans leur contexte, ce qui ne veut pas dire qu'il pardonne ce qui a été fait, loin de là !

Sean Blake, photographe d'une quarantaine d'années, fait l'expérience la mort clinique suite à un accident de voiture devant le jardin botanique de Dublin. Il flotte au-dessus de son corps etc. Il revient miraculeusement à la vie, sa vie qui ne sera jamais plus la même après cette expérience. Il sait depuis l'âge de onze ans qu'il a été adopté. Après l'accident, le malaise de sa vie actuelle ne fait que s'accentuer, l'éloignant de sa femme et de ses deux jeunes enfants. Pour arriver à s'en sortir, il va faire son enquête, en secret, pour retrouver sa mère, Lizzy, dont le lecteur suit également l'état d'esprit au fil des pages. Sean est envahi par des images obsédantes, en particulier celle d'un jeune homme peu avenant. Il va à la rencontre d'un des gardiens du jardin botanique victorien de Dublin qui l'aidera dans sa quête.

Dermot Bolger ne mâche pas ses mots sur l'Irlande des années 50 et son amour du faux-semblant, de gens prêts à sacrifier leur famille au nom de la respectabilité, un mot qui vaut de l'or :"L'Irlande dans laquelle elle vivait était infectée par un terrible virus appelé respectabilité." Il reproche à ses concitoyens leur lâcheté ( "Montre la vérité aux Irlandais, ils s'enfuient en hurlant.") et son corrolaire, l'hypocrisie : "Ivrognerie, violence domestique, n'importe quel pêché était accepté, à condition de rester cacher."


Il y a évidemment de la colère dans ce roman, mais l'écrivain laisse les protagonistes de l'époque s'exprimer, comme la mère supérieure de ce qui est devenue une école réputée, qui était novice au moment des faits. Elle tente d'expliquer, pour éviter à Sean de mettre tout le monde dans le même panier. L'écrivain donne également la parole au frère de sa vraie mère, celui duquel elle était si proche et qui pourtant l'a laissée embarquer sans rien faire, par lâcheté. On découvre la souffrance de cet homme vieillissant, devenu homme d'église par nécessité plus que par vocation : devenir prêtre était le summum de la réussite et aussi un moyen bien commode de mettre encore une fois à part ceux qui étaient différents : "Les gens de ma paroisse, sentant que j'étais différent, décidèrent de ma vocation."
L'aveu de ce frère est vraiment émouvant. Et le tour de force de Dermot Bolger dans ce roman, est que, contrairement à ce qu'on croyait, on ne se met pas à haïr tous les gens qui, par leurs agissements ou leur non-action, ont brisé la vie de Lizzy, dont la souffrance, bien évidemment toujours vivace, est évoquée, malgré la maladie d'Alzheimer qui la ronge.  On ne peut pas dire qu'on a de l'empathie pour eux non plus, mais un regard sur eux plus distancé. C'est la responsabilité de toute une société qui est mis en balance.

J'ai aimé ce roman, bien évidemment émouvant. Je modérerai mon élan par un bémol : quelques longueurs parfois et la thématique de la mort clinique et de ses sensations peut être critiquable. Une manière d'ajouter une touche fantastique un peu maladroite à mon avis.

 

 

 

9 mars 2013

Le cheval soleil

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4e de couverture : "Elle porte le nom d'une fleur, mais Lilla n'a jamais eu le temps d'éclore. Elle a grandi dans l'indifférence de ses parents, trop occupés à soigner les enfants des autres. Lorsque son grand amour réapparaît des années plus tard à Reykjavik, Li décide de commencer à vivre. De remuer la terre souillée de ses souvenirs, depuis les nuits passées avec son frère dans le grenier, ses conversations avec une amie imaginaire, à son mariage raté, pour faire enfin pousser le bonheur. Mais les fjords glacés ne murmurent-t-ils pas que les chagrins d'amour se transmettent de génération en génération?"

Un roman islandais tout mince en volume et pourtant tellement touffu qu'il est difficile d'en parler et de le résumer ! Une écriture d'une beauté à couper le souffle, dans la lignée de celle d'Entre ciel et terre de Jon Kallman Stefansson. Un concentré de poésie, qui fait voyager dans une atmosphère à la fois intimiste et irréelle. Un mélange de prose et de vers, de mots savamment recherchés, quitte à y glisser quelques touches d'argot au passage pour mieux attirer l'attention du lecteur (effet garanti).

Je me suis régalée avec ces 187 pages d'une histoire d'amour peu banale, caustique à souhait par endroits, un zeste masochiste. "On dit que les femmes se chargent de se choisir un mari, mais ce ne fut pas mon cas. Le père de mes filles s'était mis dans la tête de m'avoir et j'étais tellement à côté de mes pompes que je me laissais faire."

Chaque femme, ancienne petite fille à tresses apprendra que "les tresses ne coul[en]t jamais et bourlingu[en]t comme des bouteilles à message par toutes les mers du monde jusqu'à ce qu'elles échou[en]t en Australie"....

La fin de l'histoire vous attaque au coeur, écraser des ombres peut vous envoyer dans l'au-delà...

Un très beau roman d'une qualité littéraire indéniable.

27 juillet 2013

Les lisières

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4e de couverture : "Tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence : sa femme l'a quitté, ses enfants lui manquent, son frère l'envoie s'occuper de ses parents, son père ouvrier s'apprête à voter FN et le tsunami ravage le Japon, son pays de coeur. De retour dans la banlieue de son enfance, il n'aura d'autre choix que se tourner vers son passé pour comprendre le mal-être qui le ronge. Comment devient-on un inconnu aux yeux de ses proches ? Comment trouver sa place clans un monde devenu étranger ?"

Les vacances d'été est propice au rattrappage de billets en retard ! Je continue donc sur ma lancée, avec cette première rencontre avec Olivier Adam. C'est l'adaptation cinématographique de Des vents contraires qui m'a donné envie de découvrir son oeuvre. Je n'ai pas choisi un petit roman de 300 pages mais l'un des derniers parus (ou le dernier, d'ailleurs, je ne sais pas) qui en fait plus de 500 dans la présente édition.

Comme dans Des vents contraires, Olivier Adam met en scène un écrivain dépressif et divorcé. C'est une chose qui m'a frappée ! Paul a grandi en Région parisienne, dans un milieu ouvrier. Lui est devenu écrivain et son frère vétérinaire. Mais on dirait que c'est une chose qu'il assume mal et que son entourage lui renvoie à la figure. Il habite à présent en Bretagne, au "vert" mais revient en banlieue pour voir ses parents qui traversent une mauvaise passe : sa mère est hospitalisée et son père livré à lui-même dans le petit appartement qu'ils n'ont jamais voulu quitter. Paul est un peu schizophrène dans son regard sur l'endroit où il a passé son enfance avec, à la fois un dégoût et un attachement qu'il a du mal à admettre.

Je dois avouer que ce personnage m'a plutôt agacée pendant une bonne partie du roman tant par son pessimissme que par son regard condescendant parfois. Jusqu'au moment où... justement, ce même personnage-écrivain vous renvoie à la figure ce que vous êtes exactement en train de penser de lui ! Celui de l'écrivain, de l'intellectuel français dans toute sa caricature ! C'est plutôt ingénieux comme mise en abyme et comme manière de mettre à distance un certain roman social à la française. C'est du moins ainsi que je l'ai ressenti. Avec ce personnage sur la brèche, qui a franchi les "lisières" sociales et géographiques, l'un allant d'ailleurs avec l'autre selon certains (aux pauvres la banlieue asphixiante, aux riches l'oxygène de la province du bord de mer), Olivier Adam semble mettre à distance, mais sans vraiment les renier, ce genre littéraire hexagonal et cette conception géographique du pays qui pourtant n'est pas fausse, mais sans tomber dans la caricature. Issu d'un milieu ouvrier, Paul est devenu écrivain et son frère vétérinaire. C'est bien la preuve qu'on peut être issu d'un milieu modeste et s'en sortir. Néanmoins la vision d'ensemble est pessimiste (et ça j'ai pas trop aimé car l'espoir fait vivre !)

Ce roman est complexe. Je dois dire aussi que mieux vaut avoir le moral pour le découvrir car ce n'est pas franchement gai, et même un peu trop noir à mon goût. Pas vraiment une lecture de vacances douce, légère et insousciante. Mais néanmoins à découvrir car cela vous remue les neurones. Olivier Adam a parfois une écriture proustienne avec des phrases à n'en plus finir. Mais malgré tout sans fioritures.

 

 

 

 

 

 

22 février 2013

Etranges rivages

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4e de couverture : "Erlendur est de retour ! Parti en vacances sur les terres de son enfance dans les régions sauvages des fjords de l'est, le commissaire est hanté par le passé. Le sien et celui des affaires restées sans réponse. Dans cette région, bien des années auparavant, se sont déroulés des événements sinistres. Un groupe de soldats anglais s'est perdu dans ces montagnes pendant une tempête. Certains ont réussi à regagner la ville, d'autres pas. Cette même nuit, au même endroit, une jeune femme a disparu et n'a jamais été retrouvée. Cette histoire excite la curiosité d'Erlendur, qui va fouiller le passé pour trouver coûte que coûte ce qui est arrivé...
C'est un commissaire au mieux de sa forme que nous retrouvons ici !"

Pour la deuxième fois consécutive, l'inspecteur Erlendur ne mène pas une enquête officielle : ici, suite aux événement d'Hypothermie, le voilà parti sur les lieux de son enfance. Il s'agit pourtant d'un lieu de morts : la région des Fjords de l'Est est particulièrement redoutable, les hommes se perdent dans la lande de cette nature âpre balayée par des tempêtes infernales, quand ils ne tombent pas dans des crevasses.

Notre cher Erlendur y a lui-même vécu un événement traumatisant durant ses jeunes années, un événement qui le poursuit aujourd'hui encore... A tel point que même en vacances, il ne peut s'empêcher d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une femme, dont la disparition elle-même est presque devenue légendaire. Cependant, c'est aussi l'occasion de mener une enquête sur lui-même et de faire un deuil.

Cet "épisode" est sans doute le plus intimiste de la série. Arnaldur Indridason lève (un peu)  le voile sur son personnage. Une aventure qui ressemble presque à une psychanalyse du héros, avec la beauté de l'écriture en plus. Alors que dans les autres volumes de la série, il était très question du développement de la société islandaise, ici ce n'est pas le cas (ou si peu) : plutôt une dissection de l'âme humaine qui révèle une fois de plus tout le talent de mon écrivain islandais préféré.

En tout cas, méfiez-vous des cadavres gelés, ils révèlent des surprises !! Un épisode très émouvant aussi. C'est aussi une incroyable histoire d'amour.

"Les Islandais aiment les histoires de revenants et adorent en inventer." On ne pourra pas dire le contraire : on en redemande ! Vivement l'année prochaine pour la suite de cet inspecteur pas du tout comme les autres !

18 janvier 2013

Jane Eyre

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Tout d'abord, pas franchement évident de parler d'un tel classique, ô combien connu - mais qui cependant manquait jusqu'à présent à ma culture - sans dire des horreurs, des énormités, des contresens etc. Néanmoins, ce joli pavé de plus de 700 pages m'a engloutie pendant mes vacances de Noël et aussi beaucoup divertie.

Autant dire qu'il ne s'agit pas que d'une "bluette" entre une jeune fille de 18 ans employée comme gouvernante, et le maître des lieux, le fameux Mr Rochester. C'est surtout le combat d'une femme pour son indépendance et sa liberté. Jane est orpheline, maltraitée par sa tante et ses cousins. Parce qu'elle se rebiffe, on l'envoie dans une école rigoriste où elle finira par devenir enseignante avant de décider de quitter les lieux pour connaître le "monde". Elle publie une annonce pour un emploi de gouvernante... La suite, tout le monde la connaît dans ses grands traits.
Dans ce roman Charlotte Brontë promène beaucoup son lecteur dans la campagne anglaise et son écriture évoque avec beaucoup de délicatesse la nature environnante. Mais le contrepoids, en quelque sorte, est néanmoins la touche "gothique" qui hante sa prose. Pour qui ne le saurait pas, il se passe de drôles de choses au manoir de Thornfield : des flammes surgissent, un visage qui n'a pas grand chose à envier à ce qui pourrait être un descendant de Dracula fait son apparition et vous tient en haleine pendant un certain temps, jusqu'à la résolution du mystère. Un zeste d'humour dans la description de la "chose" d'ailleurs !

Si j'ai trouvé Jane Eyre très "moderne" dans sa thématique sur l'indépendance féminine, j'avoue toutefois que, parfois, les longues imprécations à Dieu qui imprègnent entre autres ses monologues intérieurs mais aussi ses dialogues avec Rochester et puis Saint-John Rivers (parce qu'il n'y a pas que Rochester dans la vie !) m'ont un brin saoulée. Mais Charlotte Bontë étant fille de pasteur, on comprend que son roman soit teinté de protestantisme anglican... Par ailleurs, j'ai trouvé certaines coïncidences un peu trop "énormes" pour être tout à fait crédibles.

Mais ce sont bien les deux seuls reproches que je peux faire à ce roman, parce que le reste est vraiment génial. Quelques jours ont passé avant que je parvienne à commencer la lecture d'un autre roman.

 

 

14 février 2010

L'innocent

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4e de couverture : "En 1955, Leonard Marnham, jeune technicien anglais, arrive dans le Berlin d'après-guerre pour participer à l'opération Gold, une vaste entreprise de services secrets anglo-américains visant à mettre sur écoutes les lignes téléphoniques des Soviétiques. Il rencontre une jeune Allemande, Maria, qui l'initie aux mystères de l'amour.
Mais à mesure que Leonard s'enfonce dans la guerre froide, cet amour vibrant et sincère le plonge dans les bas-fonds de l'horreur absolue. Comment une passion, si forte soit-elle, peut-elle rester pure dans un monde d'apparences, de trahisons et de menaces ?
Un grand roman d'espionnage qui bascule dans le cauchemar."

Un roman très différent de ceux que j'ai lu de cet auteur (Samedi, Expiation, Sur la plage de Chesil). Il fut écrit en 1989. Avant la Chute du Mur et quelques lignes à la fin résonne comme une prémonition. Assez incroyable.

Une découverte de l'ambiance du Berlin de 1955, ville écartelée entre Anglais, Américains, Français et Russes.  Le héros, Leonard, tout jeune Anglais à la solde des Américains, est chargé de mettre en place le matériel pour espionner les lignes soviétiques. Il découvre l'Amour en la personne de Maria, dans cette ville qui ressemble à un cauchemar.

Au début,  j'ai trouvé les deux personnages très sympathiques et le" boss" américain de Léonard, Bob Glass, très antipathique.

Puis, au fur et à mesure, les personnages deviennent plus complexes qu'ils en ont l'air. On perd ses repères. Innocent Léonard ? En amour oui mais il apprend vite ! Et à l'extérieur aussi ! Maria, une pauvre fille qui a été mariée à Otto, un Allemand ivrogne, qui vient une à deux fois par an encore pour la tabasser... Oui, certes, c'est abject et cet Otto est bien détestable. Mais l'attitude de Maria à l'égard de Léonard n'est pas toujours "nette". Elle sait le manipuler.

Et lorsque Leonard et Maria lui rendent la monnaie de sa pièce à Otto, ils me sont devenus encore plus détestables que tous les autres personnages du roman, à vouloir se trouver des excuses et un semblant d'innocence !!

Ce roman fait perdre au lecteur ses repères habituels en l'enfonçant dans un cauchemar sans nom.  C'est l'histoire de manipulations en chaînes... Comme à son habitude, Ian McEwan réserve une suprise au lecteur à la fin du roman, dans le Berlin de 1987. Je suis encore partagée pour mon avis sur le héros, entre pitié et colère...
Quant à Maria, je trouve qu'elle s'en est bien sortie.

Un roman qui interroge la part d'ombre de l'être humain tout comme la frontière entre l'innocence et responsabilité.

Je pense que je vais poursuivre ma découverte littéraire de McEwan car, à chaque fois, je suis subjuguée !

9 août 2010

Rupture

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4e de couverture : "Samuel Szajkowski enseigne l’histoire dans une école secondaire, mais aussi d’autres matières car on manque de personnel. Par un été torride, il entre dans une salle, ouvre le feu et tue trois élèves et un collègue avant de retourner son arme contre lui.
Au fil de son enquête, l’inspecteur Lucia May se heurte à la complexité - souvenirs flous, mensonges, mauvaise volonté - des témoignages des professeurs et des élèves. Plusieurs vérités successives apparaissent. Ce drame fait désordre dans la communauté, et il importe que l’affaire soit bouclée vite fait, bien fait. Version officielle : le Polonais était un psychopathe. Mais Lucia suspecte qu’il y a davantage en jeu et tient à creuser malgré tout. Ce qu’elle va découvrir est terrifiant.
Cruauté des enfants, harcèlement d’un professeur par des gamins gâtés que soutiennent leurs parents influents, hypocrisie des pouvoirs publics et de la direction de l’établissement, petites vengeances d’enseignants frustrés et peu considérés, état déplorable du système éducatif anglais : Rupture parle d’un mal bien contemporain."

Avec Rupture, Simon Lelic nous plonge dans un roman policier anglais pas comme les autres. Le lieu du drame est celui de l'Ecole où un jeune professeur d'histoire, Samuel Szajkowski, tue quatre personnes - trois élèves et une collègue - avant de se donner la mort. L'inspecteur de police Lucia May est chargée d'établir un rapport afin que l'affaire soit classée au plus vite, à savoir que le tueur était un fou, un monstre. Mais au fur et à mesure de son enquête, ce qu'elle découvre est d'une toute autre ampleur et l'affaire ne peut être classée si facilement. Sa découverte dérange sa hiérarchie qui l'écarte alors de l'affaire. Mais l'enquêtrice en fait fi, continue et donne à voir au lecteur une vérité dérangeante.

L'enquête repose sur les enregistrements des interrogatoires menés. Celui d'enseignants, d'élèves, de parents d'élèves dont l'enfant a été tué dans le carnage, celui du directeur du collège, Mr Travis, et de sa secrétaire. Les pièces à conviction sont alignées au fur et à mesure sous les yeux du lecteur, qui découvre, comme le dit Lucia, que "ce n'est pas toujours celui qui appuie sur la détente qui est responsable".

Dans ce roman policier, Simon Lelic brosse un portrait peu reluisant de la société anglaise contemporaine et en particulier de son système éducatif où règne la loi de l'omerta.
Mr Travis est une caricature : comme le veut le système britannique, il recrute lui-même ses enseignants. Cependant, il n'a pour eux que peu d'estime, comme il a peu d'estime pour les élèves et ses compatriotes en général : "La majeure partie de la population adulte de ce pays sait à peine compter ses orteils, en admettant qu'elle soit capable de regarder plus bas que son ventre pour les localiser. (...) Les enseignants (...) ne se préoccupent que d'eux-mêmes". Pour lui, ce qui compte, ce sont les mathématiques et les chiffres. Et c'est bien là le noeud du problème. Il n'a que peu d'estime pour l'humain, ce qui n'est pas sans conséquence lorsqu'on est chef d'établissement scolaire. Il accorde nettement plus d'importance à l'argent qui rentre et qui sort de son établissement, d'autant plus que son collège est en passe de recevoir des fonds privés. Alors autant que l'affaire soit classée plutôt que d'effrayer les investisseurs. D'autant plus que le collège a déjà des antécédents : Eliott, un élève persécuté par d'autres élèves, a été sauvagement agressé et finit par se suicider. Tout comme Samuel était persécuté par ses élèves qui n'ont pas hésité à lui casser une jambe ou à lui mettre un étron dans sa malette. A cela s'ajoute l'hostilité de son collègue prof de sport, "T.J." pour un motif bien futil : Samuel l'a pris pour un prof de latin, ce qu'il a été vécu comme une insulte! Un type stupide, méchant et aussi immature que les élèves dont il a la charge. Les autres enseignants, témoins des mésaventures à répétition de leur nouveau collègue ne feront rien. Par peur de Mr Travis notamment...

Dans son enquête et son travail en général, Lucia elle aussi est persécutée, victime du machisme de ses collègues, en particulier de Walter qui tente de l'intimider en l'agressant dans un parking, mais aussi de Cole, son boss, plus préoccupé de son herpès et de sa carrière que de faire jaillir la vérité.

Dans ce roman policier, le lecteur ne découvre pas un tueur psychopathe mais terriblement banal, normal, victime d'une surdose d'humiliations, de persécution mais aussi d'indifférence dans un système qui laisse peu de place à l'humain. Un roman effrayant que l'on n'oublie pas une fois refermé. Bien plus qu'un roman policier, c'est certain...

Je pense que l'on entendra reparler de Simon Lelic, dont c'est le premier roman publié en France.

Voir aussi l'avis enthousiaste d'Ankya.

Lu dans le cadre du

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24 septembre 2011

De Joseph O'Connor à John Millington Synge

 

La lecture de Ghost Light/Muse a aïguisé ma curiosité sur l'oeuvre de John Millington Synge, comme je le dis dans mon billet précédent.

Ont donc atterri dans ma PAL :

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en effet, comme ne pas être curieux de connaître la pièce Le baladin du monde occidental quand on sait qu'à l'époque, elle fit un taulé jamais égalé lors de sa représentation à Dublin en 1907.

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 Je veux comprendre par moi-même. Et découvrir aussi Cavaliers de la mer et Deirde des Douleurs, sa dernière pièce.

Enfin, je veux voyager avec Synge jusqu'aux îles Aran, dans le grand ouest irlandais, un voyage que lui a recommandé Yeats...

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 Affaire à suivre donc !

24 mars 2012

Crépuscule irlandais

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4e de couverture : "Dans un hôpital de Dublin, la vieille Dilly s'étiole. Elle attend une visite, celle de sa fille Eleonora, brillante romancière qui a très tôt fui l'Irlande pour mener une vie libre et tumultueuse, comme elle-même en rêvait autrefois. Il faudra la douleur du deuil pour qu'Eleonora découvre enfin le vrai visage de sa mère et le lien indéféctible qui ne cessera jamais de les unir."

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je me suis royalement fait suer avec ce roman. Je n'avais jamais encore lu la sulfureuse Edna O'Brien, qui fit scandale dans les années 60 en Irlande et je dois dire que là, j'ai dû vraiment m'accrocher pour terminer le livre. Une écriture qui imite parfois le langage oral, dans des phrases à rallonge qui rappelle Proust (mais sans réussir à faire le même effet parce que son écriture est "raide"), des temps narratifs qui s'embrouillent finissent par donner une impression de fouillis : on ne sait plus trop où l'on en est, on en perd le sujet et on se demande où est-ce qu'elle veut en venir...

Vraiment dommage, parce que l'histoire annoncée par la quatrième de couverture était bien alléchant et cela faisait un moment qu'Edna O'Brien m'intriguait, que je voulais découvrir son univers littéraire si décrié dans son pays il y a quarante ans et par certains aujourd'hui encore. On l'a dit féministe etc. Bref, elle avait tout pour me plaire. Peut-être faut-il lire ses premières oeuvres...

En plus je n'aime pas dire du mal de la littérature irlandaise, alors je suis doublement frustrée !

 Pour en savoir plus sur elle, c'est  

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11 novembre 2011

Je ne suis pas d'ici

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4e de couverture : "Vid Cosic est un jeune Serbe de Belgrade, charpentier de métier, venu chercher un travail à Dublin. Dès son arrivée en Irlande il noue une amitié, très alcoolisée, avec un avocat, Kevin Concannon, à qui tout semble réussir, mais qui est résolu à taire le chaos familial dans lequel s’est déroulée son enfance. Immigré doué pour l’espoir, un peu naïf, Vid Cosic croît en l’avenir de l’espèce humaine et ne songe qu’à faire le bien autour de lui..."
(j'ai coupé la 4e de couverture qui en dit trop à mon goût - et que je n'avais pas lue avant de lire le livre, comme souvent).


Hugo Hamilton, pour ceux qui ne le saurait pas, est un "sang mêlé" : irlandais de père, allemand de mère. Autant dire qu'en matière de quête d'identité, d'émigration, de préjugés tenaces, de xénophobie, et de racisme il sait de quoi il parle. Père nationaliste, mère ayant fui l'Allemagne nazie, il s'est pourtant vu traité de nazillon etc pas ses compatriotes irlandais pour qui il était un étranger malgré un père plus Irlandais que la majorité des Irlandais.

L'Irlande qui était jusque-là une terre d'émigration et non d'immigration a vu les choses changer avec l'apparition du Tigre celtique. Pour un petit pays comme celui-ci (4 millions d'habitants en République d'Irlande), ce fut une donne nouvelle et aussi une crainte de voir déferler chez eux tant de gens des pays de l'Est (essentiellement) en quête d'une vie meilleure.

Ainsi, Vic le héros qui ressemble à un Candide serbe, tente coûte que coûte de s'adapter à son pays d'adoption, lui qui n'a plus de famille. Il n'est pas chômeur, il est charpentier et trouve du travail sans problème. Il est poli, gentil et sociable.  Il se lie d'amitié avec un certain Kevin, avocat irlandais dont la mère a une maison avec travaux à faire (même si à ses yeux, il n'en voit pas l'utilité). Il est grassement payé pour ce qu'il fait (au point de se demander comment les gens peuvent à ce point jeter l'argent par les fenêtres). Il est serviable. Kevin, que dès le début du roman, on juge un peu trop amical pour être totalement honnête ne tarde pas à dévoiler son vrai visage. Et là, ça craint...

Alors Vic ne comprend pas parce que "d'après ce qu'on [lui] avait raconté, les Irlandais avaient toujours été les innocents à qui on avat fait subir des horreurs par le passé. Ils n'avaient jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Ils étaient aimés de tous partout dans le monde. Alors chaque fois qu'un crime était jugé devant une cour, c'était un choc de constater que les Irlandais s'infligeaient aujourd'hui des choses qui ne seraient jamais venues à l'idée d'aucun oppresseur."

Vic essaie à tout prix de comprendre les codes de ce pays, de lire entre les lignes même s'il s'y casse les dents. Les autochtones, parfois de manière totalement maladroite, lui posent des questions qui reviennent à lui demander s'il est de ceux qui ont perpétré le génocide dans son pays. Mais dès que les choses tournent au vinaigre pour Vic, ses pseudo-anciens amis en font d'emblée et sans complexe un criminel contre l'humanité. Heureusement, tout n'est pas si noir et Vic rencontre tout de même des mains secourables. Ce qu'il apprendra en Irlande, c'est que les secrets de famille sont ce qu'ils sont, comme partout ailleurs dans le monde. Et que dès que ça sent trop le roussi, les pseudo-amis mais vrais traitres vous lâchent.
L'Irlande est comme le reste des pays du monde et les gens y sont comme partout ailleurs.

Hugo Hamilton écrit ici un roman corosif sur l'Irlande contemporaine tout en montrant qu'ici, c'est comme ailleurs : les humains valent ceux des autres pays. De part et d'autre, il s'attache à détruire les images d'Epinal. En prime, j'ai particulièrement apprécié l'écho tout le long de l'histoire, de l'énigme de celle qu'on appelle "la noyée de Furbo" dont le cadavre a été retrouvé à Inishmore, la plus grande des îles d'Aran où elle aurait donné le nom à un lieu-dit, Bean Bhaite (la noyée en gaélique). Sans doute elle aussi, une femme victime de l'intolérance.

J'affectionne particulièrement le style de Hugo Hamilton : très simple et sans fioritures mais à la tonalité à la fois cocasse, dramatique et lyrique.

Un roman qui parlera à n'importe quel expatrié, je pense.

6 juin 2010

Le voyage de Felicia

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4e de couverture : "Elle cherche Johnny. Désespérément, c'est-à-dire - paradoxe des mots - l'espoir chevillé à l'âme et au corps. Jonhnny et Felicia se sont connus au pays, en Irlande, à la faveur d'un mariage. Brève rencontre : ils s'aiment ou croient s'aimer; lui regagne l'Angleterre où il a trouvé du travail - sans laisser d'adresse. Elle décide de franchir la mer pour le retrouver.
Felicia erre dans la grande ville noire, autrefois fleuron de l'industrie anglaise triomphante, aujourd'hui cité dévastée par la crise, le chômage, le racisme, la violence. Johnny reste introuvable. Portée par une passion qu'alimente le seul souvenir d'un instant volé, Felicia finit par s'enfermer dans son rêve, sans espoir de secours, bientôt incapable d'empoigner la réalité qui s'offre. Inapte au métier de vivre, elle ne se soutient plus que de cet amour fantôme.
Son errance l'expose à d'étranges rencontres. Ainsi croisera-t-elle la route de Hilditch, inquiétant compagnon d'infortune, âme perdue dans ses fables - assassin peut-être. Il ne pourra pas l'empêcher d'aller jusqu'au bout de sa dérive : quête sans absolu, absurde descente aux enfers fouettée par tous les mauvais vents du sort, où même l'ordinaire solidarité humaine fait défaut - sinon entre paumés... et encore.
Aucun coup de tonnerre au long de cette tempête que l'on dirait filmée au ralenti et qui débouche sur un silence sidérant: ce silence auquel le monde d'aujourd'hui, en sa folie, refuse obstinément de prêter l'oreille."

A regarder la couverture, on s'attend à un roman qui se déroule au XIXe siècle. Nous sommes pourtant dans les années 80, en Angleterre, aux environs de Birmingham. La 4e de couverture me semble beaucoup trop interprétative. Il s'agit ne s'agit pas, à mon humble avis, d'un roman sur le chômage, le racisme et la violence.

Felicia quitte son Irlande natale pour retrouver son amant. Tout simplement parce qu'elle est enceinte. Ce personnage m'a agacée tout le long du récit par son innocence poussée à l'extrême. La carricature de la pauvre fille qui débarque de sa campagne. Un effet voulu par Trevor dont on se rend compte à la fin du roman. Sur son chemin, elle croise l'inquiétant personnage de Mr Hilditch, vieux garçon, aux moeurs étranges, qui a tout du psychopathe et dont le passé est laissé à l'imagination du lecteur, ou du moins, ce dont il a fait de ses anciennes "amies". Puis notre pauvre héroïne complètement paumée manque de peu de se faire embrigadé par des illuminés d'une secte religieuse, qui, une fois qu'ils tiennent leur proie, ne la lâche plus. Elle passe ensuite du temps en compagnie d'une clocharde irlandaise, débarquée il y a des années de son île, étrange reflet d'elle-même et d'un couple de drogués.

Ce roman a tout le long des accents de thriller psychologique. J'ai souvent pensé à Hitchoch sans trop savoir pourquoi. Le personnage de Hilditch est franchement flippant. Beaucoup trop propre sur lui au quotidien pour être tout à fait honnête. Ce qu'il arrive à faire faire à Felicia vous laisse pantois. Seulement la fin du roman révèle quelques surprises. Un roman d'apprentissage d'une fille des années 80 qui n'a rien d'un roman d'amour. Même s'il en reprend les codes, c'est pour mieux les retourner. J'ai beaucoup apprécié l'analyse psychologique fine de l'écrivain pour ses personnages, au-delà des apparences. Ainsi que la peinture qu'il fait de la société : la solitude des personnages, chacun dans leur univers, égoïstes, chacun à leur manière. Peinture pessimiste mais réaliste, hélas!

J'ai vraiment aimé cette découverte de William Trevor, écrivain irlandais protestant du comté de Cork, né en 1928.
D'après ce que j'ai lu sur lui, c'est, de part et d'autres de l'Atlantique, un des écrivains majeurs de la fin du XXe siècle (toujours vivant et écrivant toujours). Il a commencé à être traduit pour les lecteurs de langue française dans les années 1990.
Le voyage de Felicia (Felicia's Journey) a été écrit en 1994 et traduit en français en 1996 par les éditions Phébus. Il a obtenu de nombreux prix, dont le Whitbread et le Sunday Express Award pour ce roman. Dommage qu'il ne soit pas si connu que ça en France, d'autant plus qu'il continue d'écrire (le dernier roman en date étant Lucy - 2003 -, je crois).

J'ai d'ores et déjà prévu de lire Le silence du jardin.

Pour en savoir plus sur (Sir) William Trevor, c'est ici

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Le cinéaste Atom Egoyan a tiré une adaptation du roman en 1999 (je ne l'ai pas vue) :

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27 novembre 2012

Le marin américain

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4e de couverture : "En l'an 1902, un trois-mâts fait naufrage au large de Skagen, à l'extrême nord du Danemark. Le seul survivant, un marin américain, aux cheveux et aux yeux noirs, est hébergé chez un jeune couple.
Le marin disparaît à l'aube, sans laisser de trace. Neuf mois plus tard naît un enfant qui ne ressemble pas aux autres. Tout au long de sa vie, Anthon sera surnommé Tonny, ou l'Américain, et devra supporter les rumeurs persistantes sur ses origines. Mais sa réussite en tant que patron-pêcheur de haute mer lui permettra de surmonter ce qui est un véritable handicap dans cette petite ville du nord, où chacun est blond et sait d'où il vient.

Un siècle plus tard, au cours duquel Skagen est passé d'un gros bourg de pêcheurs aux maisons basses à une ville riche de ses pêcheries industrielles et célèbre par les peintres qui s'y sont installés, un homme roule de nuit le long des dunes, dans le paysage lunaire, balayé par les sables. Il se sent investi d'un obscur devoir de réhabilitation et veut élucider le mystère qui plane sur les origines de son grand-père, ce secret qui pèse sur la famille depuis quatre générations."

Il y a quelques mois je vous avais emené dans le Spitzberg norvégien avec Zona frigida. Je vous propose aujourd'hui une balade dans le Jutland danois, avec ce très joli roman sur la vie des pêcheurs du début du siècle à nos jours, grâce au petit-fils de la narratrice qui mène l'enquête sur sa famille pas tout à fait comme les autres. Pensez- donc, il y a un brun dans la famille, alors que celle-ci est blonde aux yeux clairs etc. Tout de suite, la rumeur se propage. Mais l'essentiel du roman n'est pas là. C'est avant tout l'excellence des pêcheurs danois, bien plus doués, au début du siècle, que les Anglais, grâce à la pêche à la senne. C'est aussi la guerre qui vient chambouler leur vie tranquille. Et puis la dérive de la pêche devenue "industrielle", avec ses excès. Mais aussi la manière dont Ana fait fortune avec l'ouverture d'une conserverie de poissons, une des premières à en avoir l'idée !

On se prend une grande brassée d'air avec ce très joli roman, revigorant et rafraichissant. Les amateurs de grand air seront ravis !

 

4 octobre 2010

Ru

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4e de couverture : "Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain."

Par ce roman court mais dense, Kim Thuy donne la parole à une narratrice, Nguyen An Tinh, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau : celle d'une femme vietnamienne d'origine chinoise, issue de la bourgeoisie de Saïgon. Père préfet, mère femme au foyer n'ayant jamais tenu un balai. Une famille poussée à l'exil par la victoire des communistes, les camps de rééducation et la confiscation de leurs biens, sous la surveillance d'un jeune inspecteur qui "avait marché dans la jungle depuis l'âge de douze ans pour libérer le sud du Vietnam des mains "poilues" des Américains". La narratrice a parfaitement conscience de son état de privilégiée et remarque que "les filles et les garçons de la jungle possédaient tous les mêmes effets: un casque vert, des sandales faites de lanières de pneus usés, un uniforme et un foulard à carreaux noirs et blancs. L'inventaire de leur bien prenait trois secondes, contrairement au nôtre, qui dura un an".

C'est l'exil et ses conséquences qui nous sont contés, mais aussi une page forte de l'histoire du Vietnam. La fuite dans la cale nauséabonde d'un bateau, partant "clandestinement" en toute connaissance de cause, tout simplement parce qu'il transporte des Viêtnamiens d'origine chinoise, autrement dit, aux yeux des communistes, des "anticommuniste de par leur origine ethnique, de par leur accent". Même si ces boat people ont emporté avec eux leurs souvenirs et toute la fortune qui pouvait l'être (des dollars cachés dans les serviettes hygiéniques des femmes, les diamants dissimulés dans des braclets d'acrylique ou des cols de chemise), c'est pourtant une toute autre vie qui les attend. La narratrice, après avoir vécu avec ses concitoyens entassés dans un camp de réfugiés en Malaisie , au milieu des excréments et des vers blancs, a dû se reconstuire une identité et une vie au Québec, qui feront d'elle quelqu'un de différent, à tout jamais, une personne naviguant sans cesse entre passé et présent, racines sino-vietnamiennes et culture canadienne.

La narration, très "aérée" et aérienne, faite de textes brefs, sans vraiment de chronologie, à la manière d'une pensée vagabonde, file tel un "ru"  - un petit ruisseau -, sans pourtant gêner la lecture et la compréhension des événements. Kim Thuy donne à voir une série d'instantanés où le passé et le présent se rejoignent, pour ne faire qu'un : celui de l'identité complexe de la narratrice, au sens fort du terme.

J'ai beaucoup apprécié ce tour de force littéraire ou comment l'écrivaine arrive à dire tant de choses en si peu de mots, sans jamais étouffer ou affliger le lecteur malgré les vérités crues qu'elle décrit. Au contraire, elle le berce et l'émeut tout à la fois.

Ce livre est le récit pudique et "zen" d'une femme qui ne s'apitoie jamais sur son sort. Elle porte sur elle-même , sa famille et l'histoire du Viêtnam, un regard distant, touchant et dépourvu de rancoeur. J'ai vraiment été charmée et bercée par les mots ! Une belle découverte.

Lu dans le cadre du

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