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Mille (et une) lectures
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Mille (et une) lectures
5 février 2011

Six mois, six jours

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4e de couverture : « Dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel, l’une des femmes les plus puissantes d’Allemagne se donna à un homme dont elle ne savait rien, qu’elle n’avait vu que deux fois dans sa vie… » Mais au bout de quelques mois, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. Juliana Kant la milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve.Une affaire de mœurs chez les riches ? Une liaison amoureuse qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus troublant, dévoile l’arrière-monde de cette aventure risquée : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goeb­bels, et militant nazi, n’a-t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis laissé mourir ? Pourquoi les Kant ont-ils gardé le silence sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Et si humilier sexuellement la jolie bête blonde était une forme de vengeance ? Les fils ont-ils d’ailleurs reconnu la faute des pères, les vivants ont-ils pardonné aux morts ?"

Alors là, chapeau ! C'est vraiment le mot qui m'est venu à l'esprit quand j'ai refermé le livre. Et pendant toute la lecture j'ai pensé à l'excellentissime Liseur de Bernhard Schlink.

Une fiction qui mêle réalité historique (les enrichissements personnels d'industriels avides qui ont collaboré avec le nazisme) et la petite histoire d'une destinée familiale pas très reluisante. Très franchement, aucune idée si le personnage de Magda a réellement été l'épouse de l'affreux ministre nazi Joseph Goebbels, mais quelle monstre elle était! On en reste pantois. Et Juliana a beau être la femme du plus riche industriel allemand, la femme la plus puissante d'Allemagne, n'empêche, elle est d'une bêtise affligeante, ce que lui fera bien sentir Herb Braun. J'ai bien aimé l'humour noir du narrateur, Karl Fritz, ex-conseiller de Philipp Kant, jeté comme un chien à la rue parce qu'il n'a pas su "protéger" Juliana. Parce qu'en plus elle avait besoin d'un conseiller jusque dans ses affaires de coeur extra-conjuguales, voyez-vous !

Un roman qui interroge les responsabilités individuelles et le poids du passé sur le présent. Un roman comme je les aime et dont je ne peux que vous conseiller la lecture. J'avais déjà lu Douce France du même auteur que j'avais aussi beaucoup apprécié.

Lu dans le cadre du

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30 mars 2013

L'homme de Lewis

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4e de couverture : "En rupture de ban avec son passé, Fin Macleod retourne sur son île natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l'océan qui s'abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres... il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l'enfance un sens à sa vie."


Je m'arrête là pour la citation de la quatrième de couverture, qui en dévoile ensuite trop à mon goût. Sachez juste qu'on retrouve un cadavre dans la tourbe... et que c'est tout un passé qui ressurgit. Evidement, on pense tout de suite à un cadavre "préhistorique" ou presque, genre viking... comme le pensent au tout début les personnages. Ben non. Sachez par ailleurs que la tourbe ça conserve... même les tatouages.

Le passé qui ressurgit est avant tout celui du père de Marsaili, la copine et amour de toujours de Fin. Mais si le vieux Tormod est atteint de la maladie d'Alzheimer, si ça mémoire immédiate est altérée, il y a des choses qui ne s'oublient jamais et que la maladie ne peut effacer : sa vie d'enfant orphelin est gravé à tout jamais dans son esprit, comme le tatouage sur la peau du cadavre.L'occasion pour l'écrivain de nous promener dans des lieux encore plus paumés que Lewis et de nous embarquer sur les îles voisines : Harris, mais surtout Eriskay.
Et là, on sent le journaliste derrière l'écrivain (parce que oui, Peter May était journaliste avant d'écrire des fictions, mais on pourrait croire qu'il est originaire des Hébrides, tellement il connaît bien ces lieux où il a vécu cinq ans) : ou comment il nous apprend que pendant des décennies, les enfants orphelins ou abandonnés étaient déportés sur les îles Hebrides, surtout s'ils étaient catholiques et que c'est l'oeuvre de l'Eglise catholique elle-même.

Comme dans L'île des chasseur s d'oiseaux, on sent bien que l'intrigue est le support d'une analyse fouillée de la vie des gens aux Hebrides extérieures. Et ça, moi, j'adore ! Et je me suis tout autant régalée avec la description minutieuse, méticuleuse, du paysage, de la lande martyrisée par le vent, on tourne à gauche, on prend le sentier qui monte un peu pour admirer la plage, on redescend vers les maisons etc. En fait, tout simplement, on y est pour de vrai ! Pour avoir visité les îles Orcades, autre archipel d'îles écossaises, où l'on tenait à peine debout un jour de vent d'été, j'ose encore à peine imaginer la vie des gens - même s'ils avaient l'air heureux et en tout cas étaient chaleureux.

" Le paysage de North Uist était triste et primitif. Des montagnes élancées se perdaient dans les nuages qui cascadaient vers la lande pour s'y étendre en mèches brumeuses. Des caracasses des maisons depuis longtemps abandonnées et dont les pignons sombres se détachaient sur le ciel menaçant. Un pays de tourbe, hostile et inhospitalier, découpé par des lacs fragmentaires et des bras de mer déchiquetés. Partout se dressaient des ruines, témoins des tentatives infructueuses qu'avaient menées hommes et femmes pour dompter la nature."

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A côté de cela, le personnage de Fin MacLeod, écorché par la vie, orphelin lui aussi, ayant perdu lui-même son fils dans un accident de voiture à Edimbourg, va tout à fait avec le paysage et il n'en est pas moins attachant. Il n'est plus dans la police mais c'est néanmoins sa curiosité qui va le pousser à résoudre l'histoire énigmatique du cadavre tourbé, quitte à remuer des vérités qui dérangent et à démasquer le coupable... (parce que Fin est un héros cabossé mais un héros quand même !).

On se sent en manque après avoir refermé ce roman noir... Je n'en ai pas trouvé un dans les suivants que j'ai entrepris qui fasse vraiment le poids à côté. Alors je vais sans tarder m'attaquer au Braconnier du lac perdu qui est la troisième et dernière histoire : alors il va falloir que je le déguste...

 

Bref, je finis ce frisquet mois de mars en beauté, avec même une petite balade à Lewis et îles alentours grâce à la magie de Google Map.

 

 

3 décembre 2010

Le cri de l'engoulevent

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4e de couverture : "Qui a vu l'engoulevent voit sa mort ", dit un proverbe tant suédois qu'iranien à propos d'un oiseau connu aussi pour annoncer le printemps. La ville tranquille d'Uppsala est le théâtre d'une série d'actes de vandalisme. Les vitrines de la rue commerçante volent en éclats et un jeune homme est retrouvé assassiné. Des groupes néo-nazis aux populations immigrées, tout le monde est suspecté, jusque dans les rangs de la police. À peine revenue de congé parental, la commissaire Ann Lindell partirait bien en vacances : elle peine à calmer les ardeurs de son collègue Ola, et on vient de l'inviter en voyage en Thaïlande. Qui ? Le bel Edvard. Son amant perdu, le seul homme avec lequel elle aurait bien voulu vieillir."

Que dire si ce n'est qu'une fois de plus, les Nordiques excellent dans le genre du polar "social". Après Mons Kallentoft, voici que je découvre Kjell Eriksson et je dois dire que j'ai a-do-ré !

L'écrivain allie avec brio le suspens à l'étude minutieuse de la société suédoise contemporaine. On croise dans ce roman un adolescent iranien et sa famille (qui se réume à une mère et à un attachant grand-père), des coeurs brisés, une commissaire toujours amoureuse d'un ex qu'elle croyait oublié, des immigrés, une police suédoise qui déraille, un assassin, des neo-nazis prêts à en découdre, des paysans suédois et le fameux engoulevent, cet oiseau si particulier, qui fait, dans le récit, le "lien" entre la Suède et l'Iran. Bref, un mélange détonant, un roman foisonnant, une étude au scalpel et une solution à l'énigme tout à fait suprenante ! Je ne peux pas en dire plus mais j'ai dévoré ce pavé de 381 pages sans m'ennuyer un seul instant.

Un coup de coeur pour mon jury, tout en sachant que l'autre roman policier proposé, dans un genre tout à fait différent, l'est également ! Dilemne cornélien ou ex-aequo, telle est la question...

Encore une série policière à suivre (d'autres livres du même auteur sont déjà parus en poche, avec le même personnage principal, la commissaire Ann Lindell.

Décidément, il y a de quoi être débordée avec les Nordiques : entre Arnaldur Indridason - qui devrait publier un nouveau roman en février 2011 -, Mons Kallentoft - nouveau roman en mars 2011 - et Kjell Eriksson, je ne sais plus où donner de la tête! Trop dure la vie :).

Du coup, j'en ai oublié l'anniversaire de mon blog le 28 novembre : un an déjà et quelle belle aventure !
Merci à toutes (et tous, pour les rares de l'espèce masculine à mettre les pieds ici) pour vos avis, lectures et commentaires. Ma PAL a explosé, s'y ajoute l'expérience tout à fait géniale du Grand Prix Littéraire des Lectrices de ELLE et quelques partenariats forts sympathiques. Je dois dire que je n'en attendait pas tant en me lançant dans la blogosphère littéraire et que je suis la première surprise ! Je manque juste de temps pour m'investir encore davantage, mais c'est déjà pas mal...

Lu dans le cadre du

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2 mars 2013

Eva Moreno

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4e de couverture : " Mikaela disparaît après avoir rencontré son père pour la première fois... dans un hôpital psychiatrique. Cet homme chétif a-t-il vraiment tué une lycéenne il y a 16 ans ? En vacances dans une petite ville suédoise, l'inspectrice Eva Moreno recherche Mikaela, croisée en pleurs le jour de sa disparition. Difficile de lézarder quand le père s'évapore à son tour et qu'un cadavre est retrouvé sous le sable !"

Sur la couverture de cette édition, on peut lire que l'auteur, Hakan Nesser, "occuppe le premier rang des auteurs suédois", (d'après The Sunday Times). Je dois dire que ce roman, par la mise en scène d'une inspectrice suédoise qui se démêne à la fois sur une enquête et sur sa vie privée et la mise en scène météorologique, m'a tout de suite fait penser à mon auteur suédois chouchou, Mons Kallentoft. Comme dans Eté, la Suède est ici en proie à une vague de canicule ! 

Mais la comparaison avec Mons s'arrête ici. Ce polar est d'une facture toute classique et sans grande surprise. L'héroïne et l'intrigue sont bien moins creusées que chez Kallentoft et il n'y a pas d'originalité d'écriture (rappelons que chez Kallentoft, les morts parlent au lecteur). Ca se lit facilement mais avoir enchaîné cette lecture après le sublime Etranges Rivages d'Arnaldur Indridason me l'a fait paraître bien fade. Et j'ai été un zeste agacée par une traduction qui nomme l'héroïne systématiquement par son prénom + son nom. En français, ça sonne faux. Reste un peu d'humour qui ne rend pas ce polar désagréable. Mais voilà, ce ne sera pas une lecture inoubliable et l'on n'apprend pas grand chose sur la Suède. Hakan Nesser n'occupera pas donc pas pour moi le premier rang des auteurs suédois. Par contre, j'attends avec impatience la sortie de La Cinquième saison de Kallentoft, prévue en avril prochain. Et toc !

30 avril 2011

Les chaussures italiennes

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4e de couverture : "Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L'intrusion d'Harriet, l'amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu'il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. "

Voici un roman pour le moins étrange : une atmosphère tout ce qu'il y a de dépressif mais pourtant Henning Mankell parvient à la rendre agréable et poétique. On peut être inquiet au début, lorsqu'on s'embarque en lecture pour rencontrer Fredrik Welin qui vit reclus depuis 12 ans sur une île suédoise, avec pour seules compagnes sa chatte, sa chienne et une fourmillère géante qui a pris possession de son salon... Même le facteur, hypocondriaque passe pour passer mais sans jamais apporter de courrier. Mais très rapidement un autre personnage fait son apparition : Harriett, l'amour abandonnée 40 ans auparavant, traînant avec elle un cancer incurable.

A vrai dire, peut-être vaut-il mieux ne pas être dans le même état dépressif que Fredrik pour lire ce roman... Pourtant notre héros va peu à peu revenir au pays des vivants, grâce à des personnages tous plus déjantés les uns que les autres, tous atteints d'une folie douce ! Je ne peux pas en dévoiler davantage.

Ce roman est une réflexion sur la vie et sur sa pendante, la mort. Mais aussi sur la conséquence de nos actes dans nos destinées individuelles. Une écriture sublime et pourtant tout à fait simple. Un héros (ou plutôt anti-héros) particulièrement attachant. Et j'ai adoré le grand air iodé de cette île suédoise, avec ses tempêtes, ses saisons et ses oiseaux marins magistralement restitués.

Ce livre m'a réconciliée avec Henning Mankell que j'ai découvert il y a une dizaine d'années avec La cinquième femme et Le guerrier solitaire mais que j'ai ensuite abandonné rapidement car je reprochais à ses polars beaucoup de "bla-bla" et peu d'action (je n'aurais peut-être plus le même jugement aujourd'hui, faudrait que je les relise!). Une invitation à découvrir les livres qu'il a écrit depuis.

 

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7 janvier 2010

La cloche du lépreux

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4e de couverture : "En ce mois de novembre 667, soeur Fidelma et frère Eadulf doivent affronter la pire des épreuves : la disparition de leur enfant. De retour dans le château familial de Cashel, on leur annonce que le corps mutilé de Sârait, la nourrice du petit Alchù, a été retrouvé dans les bois et que personne ne sait où se trouve leur bébé. Rongée par la culpabilité, Fidelma se sent pour la première fois de sa vie incapable d'enquêter et s'en remet complètement au sang-froid de son époux. A mesure que les indices s'amenuisent, l'angoisse augmente et c'est le mariage même du couple qui est remis en question. Sur la piste d'une troupe de baladins nains et d'un mystérieux lépreux, Eadulf est persuadé que leur fils est vivant, mais le temps leur est compté et aucun faux pas n'est permis... "

Je vais encore vous saoûler avec mes polars celtiques mais avec tous les fans de l'Irlande que je connais, ça ne pourra que vous plaire :)

Il ne s'agit pas vraiment d'histoire de bonne soeur et de moine comme on l'imagine au premier abord (heureusement, ça ne serait pas trop ma cup of tea !). C'est bien plus que cela !

Dans ce volume, qui est actuellement le dernier paru en France, nous avons affaire à une intrigue ténue : qu'est-devenu le bébé de Fidelma et d'Eadulf ? A-t-il été enlevé ? Si oui, s'agit-il d'un enlèvement "politique" ? Est-il mort ?  Et le lecteur va de suprise en suprise. Parallèlement, nos deux héros traversent une crise de couple. Leur mariage à l'essai, qui doit arriver à terme très bientôt (un an et un jour après avoir été contracté) aura-t-il un avenir dans un mariage définitif ? Oh my god, que de suspens ! L'amour sous toutes ses formes est au coeur du volume.

J'ai hâte de lire la suite, dès qu'elle sera parue. Les personnages ont beaucoup évolué. Les histoires sont bien meilleures qu'au début. C'est d'une érudition incroyable mais très facile à lire.

Je vous conseille la série (Peter Tremayne a aussi écrit la série de frère Cadfael, le moine écossais, sous un autre pseudo).

28 octobre 2012

Lucy

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4e de couverture : "Une gamine refuse de suivre ses parents à l'heure où la famille décide de s'exiler hors d'I'rlande. Elle disparaît, on la recherche en vain, tout le monde la croit morte... jusqu'au jour où elle s'en revient dans la maison vide, désertée par ses habitants d'hier. Lucy ne tarde pas à comprendre qu'elle a voulu, en quelque sorte, cette vie d'orpheline : qu'une force secrète en elle refuse ce que les autres appellent le bonheur... Dans  la lignée mélancolique d'En lisant Tourgeniev, un très grand Trevor."

Je confirme la dernière partie de la dernière phrase de la 4e de couverture : du très grand Trevor ! Par contre, je modère la thématique de refus du bonheur par Lucy . Ce n'est d'ailleurs pas le sujet essentiel du roman ou du moins pas que cela !

Lucy est une petite anglo-irlandaise, qui comme toutes les familles de la "Protestant Ascendancy" d'Irlande, vit dans une belle demeure. Seulement, dans les années 20, les choses sont compliquées en Irlande : la guerre d'indépendance fait rage, puis la guerre civile. Alors, autant dire qu'il ne fait pas bon du tout être anglo-irlandais ! Les parents de Lucy ne se sentant plus en sécurité alors que les belles demeures comme la leur sont incendiées, que le capitaine Gault, le père de Lucy a blessé à l'épaule une activiste nationaliste s'étant introduit sur son domaine, dans le but de faire la même chose que chez ses voisins, ils décident de quitter ce pays qu'il aime tant mais qui leur est si hostile. Mais Lucy, du haut de ses 8 ans en a décidé autrement : elle veut rester. Très attachée à la maison et à ce qui est aussi son pays au même titre que les Irlandais catholiques, elle se cache, ne mesurant pourtant pas toutes les conséquences de son acte. Lorsqu'elle revient dans la demeure de ses parents, ceux-ci sont partis, pensant qu'elle s'est suicidée ! Mais elle retrouve les fidèles domestique, Henry et Bridget, qui lui serviront de parents de substitution et veilleront tendrement sur elle, même adulte, jusqu'à ce que la vieillesse les emporte.

J'ai absolument adoré ce roman de la veine "Big house", que je mets sur le même pied d'estale que Coup du sort : William Trevor vous emporte dans un univers irlandais sans doute moins connu que celui de l'Irlande catholique et nationaliste. Le personnage de Lucy, femme au caractère bien trempé mais d'une extrême douceur est très attachant, même si on peut lui reprocher son inertie et son refus d'épouser celui qu'elle apprécie et inversement : une sorte d'auto-flagelation, de punition en raison de sa mauvaise conscience, qui lui fera rater sa vie sentimentale. Cependant, Lucy n'est pas malheureuse  car en dépit d'énormes sacrifices, elle a obtenu ce qu'elle voulait : rester en Irlande, rester sur sa terre et dans sa maison. Elle le fera jusqu'au bout, émouvante dans sa solitude et regrettant d'être, femme vieillissante désignée comme la "dame protestante", parce que dans l'Irlande d'aujourd'hui (le roman se termine à l'ère de l'Internet), "une Protestante, c'est une relique attardée, respectée pour ce quelle était, mais qui n'avait pas sa place".

Dans ce magnifique roman, William Trevor amène une réflexion sur l'extrêmisme, dépoussiérant l'Histoire de l'île d'émeraude, et amenant sur le devant de la scène une thématique que je ressens comme encore assez taboue : la chasse à l'anglo-irlandais, dans une Irlande nationaliste prise au piège de la violence. Cependant, il est également important de remettre les choses dans leur contexte : celui de la provocation de part et d'autre, ayant eu pour résultats des milliers de morts, dont bons nombre d'innocents, des deux côtés.

Grâce à William Trevor, je ne regarderai plus jamais les belles demeures irlandaises sauvées du massacre de la même manière !

Ce roman n'est, hélas ! plus édité ! On le trouve néanmoins dans toutes les bonnes bibliothèques ou en version originale. C'est tout à fait étonnant car il n'a qu'une dizaine d'années : les mystères de l'édition me laissent parfois perplexes...

 

15 juin 2012

Turbulences catholiques

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4e de couverture : "Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s'engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C'est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l'Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux et, qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de... Christine. Quoi de mieux pour le journaliste qu'une retraite rurale grassement payée ? Et l'endroit idéal pour se mettre enfin à l'écriture de son livre ! Ce qui s'annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l'alcool et les femmes, ça tourne carrément à l'île de la tentation ! Au premier meurtre, l'ambiance bucolique prend du plomb dans l'aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier... Avec ce thriller hilarant, Colin Bateman aborde sans complexe l'absurdité de l'intégrisme religieux."

 

Le mois irlandais ne serait pas complet si l'on ne vous présentait pas les écrivains de l'Irlande du Nord, notamment les auteurs de polars !

Il y a quelques années j'ai découvert Colin Bateman, qui malgré quelques éditions françaises en poche, comme Divorce, Jack !, et La bicyclette de la violence,  reste tout à fait méconnu ici. Autant dire tout de suite qu'il n'a pas le succès qu'il mérite, d'autant qu'il décrit l'ambiance nord-irlandaise, sur un mode décalé original.

Contrairement à Stuart Neville (autre écrivain nord-irlandais) qui fait dans le "trash-pince-sans-rire", (même si Les fantômes de Belfast est tout à faire remarquable), Colin Bateman a toujours l'humour comme détonnateur.
Son héros, Dan Starkey, journaliste de son état, imparfait au possible (évidemment, sinon ça ne serait pas drôle !) est souvent embarqué dans des aventures farfelues ou dans un pétrin dans lequel il s'est mis tout seul. Dans Divorce, Jack !, il avait déjà des démêlés avec Patricia son épouse. Parce que Dan a un souci majeur : il n'est pas vraiment fidèle ! Mais ici, sa femme a pris sa revanche et même plus : elle a eu  un gamin avec son amant ! Déjà vous voyez le tableau !! Mais Dan accepte d'élever ce rejeton, mais ce n'est pas tout : sous prétexte de recoller les morceaux de son couple et d'écrire le livre qui fera de lui "le digne représentant du roman made in Ulster", il accepte de jouer les agents secrets à la demande d'un homme d'Eglise et de se rendre sur une île nord-irlandaise, coupée du reste du monde... En effet, sur cette île, il s'en passe de belles : il y aurait une réincarnation du Messie sous les traits d'une petite fille prénomée Christine !

Quand j'ai commencé à lire cette histoire, je me suis demandée où Colin voulait m'embarquer avec un sujet aussi loufoque (so british, je trouve). Ca m'a fait un peu peur mais pourtant, son humour tout aussi déjanté que son sujet a atteint son but : j'ai fait la traversée sur l'île de Wrathlin et j'ai vécu l'angoisse de Dan, au milieu de personnages tous plus bizarres les uns que les autres...

Sous couvert d'histoire abracadabrante et d'humour décapant, Colin Bateman dénonce ici les agissements intégristes, quels qu'ils soient. Quand on rencontre le père Flynn, catholique à qui l'on a greffé un coeur de protestant pour lui sauver la vie, on a compris où l'auteur veut en venir...

J'ai bien aimé cette lecture originale, même si ce n'est pas mon livre préféré de l'auteur (le meilleur lu jusqu'à présent étant l'incontournable Divorce, Jack !). Reste l'ambiance d'une île coupée du reste du monde qui m'a bien plue, même si ces habitants ressemblent à des psychopathes en puissance qu'on n'aimerait pas avoir comme voisin !

 

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15 juillet 2012

Zona frigida

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4e de couverture : "Embarquement pour le Spitzberg ! Cette Zona frigida, étendue froide et aride, semble peu propice aux vacances qu'a décidé de s'offrir Bea. A moins que la jeune caricaturiste ne soit venue chercher, entre deux litres d'alcool, une mystérieuse délivrance... La croisière bascule plutôt dans un redoutable huis clos où s'abat, glacial, l'esprit de vengeance."

 

A la lecture de la quatrième de couverture (qu'on peut rarement s'empêcher de lire, rien que pour avoir une idée du sujet), à vrai dire je m'attendais à du super-glauque. Mais ce qui m'attirait dans ce roman était de découvrir, comme Bea, la jeune héroïne, le Spitzberg, cette région polaire norvégienne. Eh bien je n'ai pas été déçue !!

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Bea est une jeune caricaturiste, vivant seule avec comme seule compagnie, son canari, Andersen. Les hommes de sa vie ne sont que de passage : elle les balance les uns après les autres. Mais surtout Bea est complètement dépressive et imbibée : elle carbure à l'alcool sous toutes ses formes, et même en voyage. Franchement, là j'ai craint le pire... Heureusement la nature prend le dessus dans l'intrigue ! Le Spitzberg est à lui seul le principal personnage de ce roman. Il vous accapare et vous emporte loin.

Ce roman est très visuel, beaucoup de descriptif de l'environnement dans lequel se trouvent les personnages de ce voyage organisé, enfermés sur un bateau brise-glace, l'Ewa. A vous les ours polaires, les phoques, les morses, les pingouins, les fulmars boréal : vous prenez plein les mirettes de cette étendue glacée.

Malgré tout il y a bien évidemment une intrigue, celle d'un roman policier (bien que le livre n'en soit pas un) : le lecteur découvre au fur et à mesure que Bea s'est assigné une mission qui relève de la vengeance. On découvre la face cachée de ce personnage, le traumatisme qu'elle a vécu des années auparavant (à vrai dire, franchement glauque, même si, heureusement, ça n'accapare pas tout le livre). Seulement, ses desseins seront contrariés par sa rencontre avec Georg, le capitaine moustachu du Ewa. Mais aussi une autre découverte qui va la bouleverser et paradoxalement reléguer son trauma personnel au second plan.

Une lecture très récréative, un zeste écolo, (la protection de l'ours polaire et de la faune arctique) même si ce n'est qu'un saupoudrage (du moins pas assez approfondit à mon goût), une bonne dose d'humour, qui vire parfois à l'humour noir. On passe un bon moment. Parfait pour les vacances !

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4 juin 2012

Paula Spencer

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4e de couverture : " A Dublin, le boom économique des années 2000 efface peu à peu les traces de la pauvreté. Dans sa petite maison, où vivent encore ses deux enfants, Leanne et Jack, Paula livre sa guerre personnelle à son propre passé. Elle vient de fêter ses quarante-huit ans et a décidé que ça suffisait : elle ne laisserait plus l'alcool détruire sa vie. Depuis quatre mois et cinq jours - précisément -, elle ruse avec ce tueur à la fois séduisant et repoussant. Déployant mille stratégies pour l'abattre, elle mène une guérilla de tous les instants. Fascinés par son courage, enchantés par son piquant, nous partons avec elle à la reconquête du boheur.
D'un sujet difficile, Roddy Doyle tire un roman d'une pétulance revigorante. Usant de cet humour décalé déjà à l'oeuvre dans la "triologie de Barrytown", il crée avec Paula Spencer un personnage inoubliable, symbole d'une Irlande surmontant lentement les traumatismes de son histoire."

Roddy Doyle est surtout connu en France pour The Committments (autrement dit, les "engagés")  et Paddy Clake ha ha ha. Pourtant il a écrit quantité d'autres romans, que pour ma part, je préfère. Il y a un peu plus d'un an j'ai La femme qui se cognait dans les portes que j'avais adoré. En tout cas, ce qui tombe bien, c'est que les Editions Robert Laffont viennent de publier la suite et j'ai retrouvé avec plaisir Paula Spencer. Je précise qu'on peut tout à fait lire ce roman sans avoir lu la premier volume - même si c'est mieux de l'avoir fait !

Ce roman a été écrit, tout du moins publié en 2006, autrement dit en plein boom du Tigre Celtique qui ne savait pas encore qu'il aurait une fin catastrophique. N'empêche, Roddy Doyle n'a pas son pareil pour décrire avec humour le quotidien d'une femme irlandaise ordinaire et pauvre. Comme dans La femme qui se cognait dans les portes, on oublie totalement que l'écrivain est ici un homme : il parvient à se glisser dans une peau féminine avec tellement d'aisance que ça en est stupéfiant !

Paula, qui a jeté son alcoolique de mari à coups de pied au cul après des années de maltraitance, a toujours, dans cet opus, un caractère bien trempé mais aussi un coeur gros comme une maison.
C'est avec étonnement et curiosité qu'elle regarde la nouvelle Irlande cosmopolite, elle qui n'a jamais passé la frontière de Dublin et qui ne connaît même pas toute la capitale irlandaise. Elle fait des ménages et ses collègues de travail sont roumains et nigérians et, en plus, ce sont des hommes, observe-t-elle avec malice : "Voilà un autre grand changement, peut-être le plus grand de tous. Les hommes de ménages. Des Nigérians et des Roumains." Elle n'hésite pas à engager la conversation avec les caissières du supermarché hard-discount de son quartier, où "les caissières sont presque toutes étrangères" et ça aussi, c'est un vrai changement. Notre héroïne ouvre son coeur au monde, sans a priori mais avec pas mal d'étonnement.

Peu à peu Paula acquiert une autonomie financière qui lui permet de se faire des petits plaisirs à elle et surtout aux siens. Elle découvre la société de consommation qui se développe comme un cheval au galop en Irlande - ce qui ne veut pas dire qu'elle n'existait pas avant non plus ! Les supermarchés sont mêmes ouverts 24h/24 pour certains.
Cependant, son quotidien n'est pas sans nuages : sa fille Leanne, qui a assisté petite au passage à tabac de sa mère lorsqu'elle était enfant, et qui s'interoposait pour la protéger, est aujourd'hui une jeune femme très fragile... Jack (le plus jeune fils de notre héroïne) semble parfois douter sa mère. Paula doit affronter le regard critique de sa progéniture. Et comme si cela ne suffisait pas, une de ses soeurs doit aussi vaincre le pire...
Mais les femmes de ce roman sont toutes des femmes fortes ! Autant dire que la fin ne vous fera pas pleurer !!

Roddy Doyle nous livre ici un roman plein de tendresse et doté d'un humour qui fait mouche, le tout surmonté d'une bonne bouffée d'optimisme irlandais. A se prescrire sans modération !

Franchement j'espère qu'il y aura une suite aux aventures de Paula Spencer ! Je me suis délectée avec cette lecture qui est un coup de coeur.

 

 

 

9 avril 2012

Ultimes rituels

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4e de couverture : "Quelles forces obscures Harald a-t-il troublées pour connaître un sort aussi horrible ? Ce jeune Allemand, venu en Islande pour étudier la chasse aux sorcières dans l'Europe médiévale, est retrouvé mort, les yeux arrachés, une rune étrange gravée sur le torse. La police suspecte un dealer, mais la famille d'Harald n'y croit pas. L'horreur du crime suggère un assassin moins évident, plus terrifiant..."

Tout d'abord un détail : ce livre arrive traduit en France d'après l'anglais et non l'islandais, la langue d'origine. Détail qui a son importance... d'autant que la structure de ce polar est assez calquée sur celle ses cousins anglo-saxons : ici l'Isande n'est pas un "personnage" (comme dans les romans policiers d'Arnaldur Indridason ou ceux d'Arni Thorarinsson) mais sert juste de décor. L'intrigue reste fortement ancrée dans le roman, l'économie et la société islandaises ne sont pas évoquées. Ici, pas question d'aller se balader dans les coins reculés de l'île glacée : hormis une ou deux brèves escapades pour les besoins de l'enquête, on reste dans la capitale, Rekjavik. Yrsa Sigurdardottir utilise à merveille la technique du page turner (une révélation à la fin d'un chapitre oblige le lecteur à tourner la page, avide de connaître la suite).

Cependant, l'originalité de ce polar est que l'enquête n'est pas menée par un inspecteur de police mais par une avocate, Thora, engagée par la riche famille allemande de la victime. En effet, leur fils Harald, ne peut pas, selon eux, avoir été assassiné par ce petit dealer d'Hugi, ce serait presque trop trivial, au regard de la personnalité à part de ce brillant étudiant en Histoire. "D'après ce qu'il disait, il comptait dans son mémoire comparer l'exécution au bûcher des sorcières en Islande et en Allemagne, sachant que la majorité des sorciers condamnés en Islande étaient des hommes, contrairement à ce qui s'étaient produit en Allemagne." Seulement voilà, il semble qu'Harald ait fait une découverte de taille, à la valeur inestimable...

 D'un point de vue historique, on apprend un certain nombre de choses sur l'Islande du XVIe et XVIIe siècles. "L'un des principaux aspects du luthéranisme qui le [Harlad] fascinait était la chute généralisée du niveau de vie en Islande autour de 1550, particulièrement dans les couches les plus pauvres de la population. L'Eglise catholique avait conservé toute sa richesse et son patrimoine en Islande, mais avec la Réforme, tout était passé entre les mains du roi du Danemark, ce qui avait appauvri le pays."  Si vous avez oublié ce qu'était le très sérieux Marteau des Sorcières, le livre le plus lu autrefois, avec la Bible, ici vous aurez une piqûre de rappel tout en apprenant que la chasse aux sorcières a été plus tardive en Islande que sur le continent... Thora et son homologue allemand, Mathew, vont devoir s'y plonger pour faire avancer l'enquête. Ils vous entraîneront jusqu'à Holmavik, au musée de la sorcellerie, qui détaille les pratiques et les croyances islandaises sur le sujet au XVIIe siècle. De même vous irez visiter les grottes occupées par des moines irlandais avant la colonisation danoise, d'après la légende... 

Hormis ces enquêtes historiques passionnantes, les deux héros devront interroger la bande de copains "destroy" d'Harald, à qui on a envie de filer des claques à longueurs de pages car aussi menteurs que shootés... Les pistes se multiplient, le suspense monte mais la fin est... inattendue !
Une claque finale pour terminer un roman policier qui a su copier avec intelligence le modèle de ses aînés anglo-saxons pour mieux imprimer sa marque. On se laisse prendre au jeu. Un bon moment de lecture avec un Da Vinci Code à la sauce islandaise (sélection 2012 du prix du meilleur polar des lecteurs de Points, d'ailleurs).

Quelques personnages historiques ou légendaires croisés dans ce roman : Jon Arason, Brynjolfur Sveinsson et le lieu quasi-mythique de Skalholt, les moines islandais.

31 mars 2012

L'île des chasseurs d'oiseaux

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4e de couverture : "Marqué par la perte récente de son fils unique, l’inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d’élucider un assassinat commis à Edimbourg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n’est pas retourné depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi que celui d’Edimbourg vient d’y être découvert. Sur cette île tempétueuse du nord de l’Ecosse, couverte de landes, où l’on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin est confronté à son enfance. La victime n’est autre qu’Ange, ennemi tyrannique de sa jeunesse. Marsaili, son premier amour, vit aujourd’hui avec Artair. Alors que Fin poursuit son enquête, on prépare sur le port l’expédition rituelle qui, chaque année depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Lors de son dernier été sur l’île, Fin a participé à ce voyage initiatique, qui s’est dramatiquement terminé. Que s’est-il passé alors entre ces hommes ? quel est le secret qui pèse sur eux et resurgit aujourd’hui ? Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod. Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes : l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page."

Plus qu'un simple roman policier, ce livre est à la fois un roman noir et un roman d'amour, mais aussi un thriller ; en tout cas un ouvrage rudement bien documenté sur la vie sur l'Ile de Lewis (Ecosse - mais est-il utile de le rappeler ?). C'est là que nous suivons l'inspecteur Fin Macleod, envoyé sur son île natale pour examiner un cadavre, celui d'un homme qui endossait le rôle du caïd lorsqu'ils étaient mômes... Mais ce n'est pas vraiment sur l'enquête policière que se concentrera ce flic, qui ne songe d'ailleurs qu'à quitter la police, mais sur son passé.  Il est l'un des rares hommes à avoir réussi à quitter cette île hors du temps, aux rites séculaires. Les retrouvailles avec les amis (ou ennemis) d'enfance fait ressurgir des fantômes et des secrets mais aussi la jalousie...

Non seulement ce roman est magistralement écrit, et distille un suspense savamment dosé par un aller-retour narratif entre présent et passé, mais parce qu'il est aussi très bien documenté (comme je l'ai déjà dit plus haut), il parvient à immerger totalement le lecteur et à le couper de son entourage : si vous avez besoin d'iode, il y a ici un remède :  vous irez avec Fin sur le rocher d'An Sgeir  participer à la chasse aux gugas... Attention, c'est dangereux, c'est un truc de mecs mais je l'ai fait ! ;-)

On ne parvient pas à s'arracher de l'histoire une fois le livre en main car, en plus, les personnages sont attachants malgré leurs défauts et leurs secrets, profondément humains : celui qui est devenu le gros Artair (le meilleur copain d'enfance de Fin), Marsaili, l'amour d'enfance du héros, et tous les autres. Sans parler Fionnlagh, le fils de Marasaili qui noue un lien très fort avec Fin. Pourtant, derrière ce tableau sympathique, il y a un meurtre à résoudre... Là encore, Peter May parvient à se sortir magistralement de thèmes sensibles comme l'enfance maltraitée, le désespoir et la jalousie. Cela est évoqué avec intelligence et sans voyeurisme (j'ai un instant songé à La maison d'à côté de Lisa Gardner, qui traite du même sujet mais que j'avais détesté à cause de son côté obscène sans explications : ici rien de tout cela).

Et en plus, il y a une suite : L'homme de Lewis que j'ai hâte de découvrir !

 

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9 juin 2012

La main droite du diable

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4e de couverture : "Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l'asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré." Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d'un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d'enquêter sur la mort d'un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l'Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons..."

J'ai rencontré Jack Taylor avec Le martyre des Magdalènes et j'avais trouvé ce personnage d'un cynisme et d'un humour délicieux ! A vrai dire, à la lecture de la quatrième de couverture, on peut hésiter à vouloir le rencontrer ! Mais il ne faut pas, au contraire...

Jack Taylor mène des enquêtes mais a la particularité de n'être pas inspecteur, ni commissaire, même plus garda siochana (gardien de la paix) parce qu'il s'est fait viré. Il est reconverti en détective, même pas privé. Bref, un drôle d'énergumène ! Pourtant c'est un grand coeur et un homme sensible (si, si) : responsable de la mort de la fille de son meilleur ami par défaut de surveillance, il a sombré dans une grave dépression qui l'a mené tout droit à l'hôpital psychiatrique où il est resté 5 mois, dans un état de prostration totale. Il doit sa renaissance à un autre patient, un Camerounais, pas aux médicaments.
Jack se retrouve dans les rues de Galway, sa ville (et celle de son créateur, Ken Bruen) pour notre plus grand plaisir, de sucroît en pleine canicule de 2003 (oui, je confirme que la canicule a bien touché l'Irlande en 2003 !)... Il découvre que son meilleur ami est devenu ivrogne et clochard et que l'ex-femme de celui-ci, n'a qu'une envie trouer la peau de Jack à la première occasion. Pourtant, ce n'est pas ce qui va occuper notre héros, mais le meurtre d'un prêtre...

Ken Bruen aborde ici sans concession ni "édulcorant" les scandales de la pédophilie en Irlande. Il n'hésite pas à faire parler les victimes et c'est l'occasion pour Jack Taylor de régler ses comptes avec un prêtre qui traînait un peu trop avec sa mère : les hommes d'église aimaient bien les femmes seules avec enfant. Ken Bruen n'hésite pas à secouer le lecteur par une écriture qui ne fait pas dans la dentelle et un humour noir corrosif qui fait mouche !
Jack Taylor traîne ses guettres dans les rues de la Galway du Tigre celtique et rien ne lui échappe. Il a le sens de la répartie, surtout en ce qui concerne son pays :

"L'Irlande est un pays de questions et de très très rares réponses" (tellement vrai !!)

"Conseiller aux gens, en Irlande, de fare attention au soleil, c'est aussi rare que de servir du bacon sans chou pour l'accompagner"

"Jamais vous ne verrez, et je dis bien jamais, un citoyen irlandais passer sour une échelle ou ne pas croiser les doigts pendant un match de hurling"

"Neuf fois sur dix les femmes d'Irlande ne manquent pas de vous casser les couilles" : ah bon ? je crois que l'inverse est tout à fait vrai !!

L'autre événement majeur de cette aventure c'est que Jack a renoncé à tout jamais à l'alcool.  Et il tient parole : il va au pub avec les diverses personnes qu'il rencontre mais, s'il commande un bière, il la laisse intacte ! Au pire, il essaie une cuite au café noir...

Le personnage de Jack Taylor m'a un peu fait penser à John Rebus, le héros de Ian Rankin... Comme son confrère écossais, Ken Bruen sait vous plonger dans l'ambiance d'une ville avec un personnage tout sauf parfait...

Autre détail d'importance : Jack Taylor est un amoureux des livres, surtout des romans noirs des années 50. Rien de tel qu'un petit David Goodis pour remettre notre héros sur pied : "Je voulais seulement avoir du temps pour me reposer, essayer de récupérer un peu d'énergie. Je me plongeai intensément dans la lecture. David Goodis, bien sûr. Dans le lot que m'avait préparé Vinny, il y avait Eugène Izzi, Invasions, coincé entre Cauchemar et Cassidy's Girl. Si un écrivain de romans noirs a un jour connu une fin noire, c'est bien lui."

Bref, un Ken Bruen de très très bon cru, qui rend accroc ! Ce roman noir a d'ailleur obtenu le Grand Prix de littérature policière 2009.
On en redemande !

 

 

 

1 juin 2012

Les îles Aran

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Et voilà, c'est le Mois irlandais ! Pour votre premier voyage, je vous embarque sur les îles Aran en compagnie du grand John Millington Synge.

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Ce n'est pas sans quelque appréhension que j'ai ouvert ce livre : John Millington Synge est un tel "monument" de la littérature irlandaise que cela avait quelque chose d'effrayant de l'aborder ainsi en novice ! Parce que je ne suis pas une bête de course pour une lecture en VO, je me suis procurée l'édition française, admirablement traduite par Pierre Leyris.

Les iles Aran (Aran Island) a été publié en 1907 et Synge y relate ses quatre voyages entre 1898 et 1905. Il est parti s'aérer l'esprit là-bas, sur les conseils de Yeats, qu'il a rencontré à Paris,  pour lutter contre la mélancolie qui le ronge. Il laisse donc tout derrière lui, les amours malheureuses, les querelles littéraires, il s'en va.
Il ne s'attarde pas trop sur Inishmore, qu'il juge plutôt défigurée par le tourisme (rappelez-vous, nous sommes en 1898, que dirait Synge aujourd'hui ?). Il réside surtout sur l'île du milieu, (Inis Meain, en gaélique, Inishmaan, en anglais), mais visite aussi l'île du sud, Inisheer (ou Inis Oirr, en gaélique).

"Dans les pages qui suivent, je donne un compte-rendu direct de la vie que j'ai menée dans ces îles et de ce que j'y ai rencontré, sans rien inventer ni rien changer d'essentiel", écrit-il en introduction de son récit de voyage. Et c'est bien cette fraîcheur, cette manière de dire les choses sans embages qui m'a séduite.
Synge parvient à embarquer le lecteur avec lui et à lui faire vivre sa vie là-bas. J'ai été bluffée par son écriture très simple et ce regard d'anthropologue à qui rien n'échappe. Il y a un peu de naïveté parfois : il trouve des différences entre les femmes de ces trois îles, dans la forme de leur visage par exemple...

Il n'a aucun a priori, il parvient à approfondir son gaélique, à participer aux fêtes où l'on danse jusqu'à n'en plus pouvoir sur Le Noir Coquin. Il teste la poteen (alcool clandestin). Il vadrouille en pampooties, sandales locales, il embarque à bord des coracles (barques des îles Aran qui servent à tout : transporter du bétail, de la tourbe, ou les habitants). Il admire les tenues des femmes, vêtues de jupons rouge foncé, dans ces îles noyées de brouillard - mais parfois aussi arrassées par le soleil. Il n'y a pas un arbre ici : un arbre, pour les îliens d'Aran, c'est un buisson ! Synge est saisi par la rudesse de la vie ici, mais aussi admiratif de la simplicité des habitants qui pourtant savent faire beaucoup plus que les habitants du "continent" : pêcher, naviguer sur cet océan atlantique souvent agité, jardiner sur ces terres arides, bricoler, faire de la soude avec le varech, s'occuper des bêtes, parler deux langues (gaélique mais aussi anglais)  et... raconter des histoires !

Captivée, j'ai écouté avec lui les récits de vieilles personnes sur les fairies (traduite par le mot "fées", mais le traducteur précise qu"'il faut se souvenir qu'en Irlande, fairy désigne très souvent des petits êtres masculins, des sortes de lutins") qui sont des êtres malfaisants. Elles sont omniprésentes parmi les habitants, ils vivent avec elles et les craignent.
Ils montrent à Synge leurs repères : "Vous voyez cette paroi rocheuse toute droite ? (...). C'est là que les fées jouent à la balle pendant la nuit, et on peut voir les marques de leurs talons quand on vient le matin, et trois pierres qu'elles ont pour marquer la limite, et une autre grosse pierre sur laquelle elles font rebondir la balle. C'est bien souvent que les gars ont enlevé les trois pierres, mais elles sont toujours revenues là le matin".

Autant dire que ce livre est enchanteur à bien de titres et que c'est avec un pincement au coeur que je l'ai refermé ! Je ne peux que vous conseiller l'expérience de ce voyage fabuleux !
Il me reste à découvrir ses pièces mais aussi ses autres récits de voyage dans l'Irlande qu'il affectionne (parce que oui, il y en a d'autres !).

Quelques mots sur l'écrivain : John Millington Synge (1871-1909) appartient à la bourgeoise protestante d'Irlande. Il est né dans le comté de Dublin. Son père avocat, meurt en 1872 et il grandit dans un univers de femmes. Sa mère, fervente protestante, lui inculque le sens du péché et la crainte de l'Enfer. Il s'intéresse beaucoup à l'histoire naturelle. Il apprend le gaélique à Trinity College à Dublin. Il est séduit par les écrits de Darwin. Il va substituer à sa foi ébranlée par l'évolutionnsime des intérêts littéraires et culturels profondément irlandais. La Renaissance littéraire irlandaise satisfait sa spiritualité. Lors de la création de la Ligue gaélique, son enthousiasme pour la langue irlandaise s'intensifie encore. Cela lui coûte une demande en mariage. En 1895, il s'installe à Paris dont il fréquente les Irlandais de la capitale, étudie le breton, suit des cours de civilisation celtique et de vieille irlandais à la Sorbonne.
Avec Aran island, il a souhaité "to do for the west of Ireland what Pierre Loti had done for the Bretons".
(pour la biographie de l'auteur, j'emprunte ici à Jacqueline Genet et Claude Fierobe, La littérature irlandaise, éditions Lharmattan)

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(Les photos sont de Synge).

 

Voir aussi le billet de ma copine québécoise Mélodie qui a lu d'autres récits de voyage de Synge : c'est ici

 

J'espère d'ici la fin du mois pouvoir vous emener aux îles Blasket, du côté de la péninsule de Dingle, grâce à un livre traduit directement du gaélique !



1 mai 2012

Une si longue histoire

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4e de couverture : " Sur les conseils de son fils imprimeur, July entreprend le récit de sa vie en Jamaïque, en ce XIXe siècle qui voit l'abolition de l'esclavage. Née sur la plantation Amity, elle est la fille d'une "esclave des champs", travaillant dans les pièces de canne à sucre. La soeur du planteur, Caroline Mortimer, tout juste débarquée d'Angleterre, s'attendrit sur cette petite négresse et l'arrache à sa mère..."

J'écourte le résumé du livre de l'éditeur qui raconte toute l'histoire ! Ce qui est sur, c'est que ce roman ne conte pas une histoire d'amour mais une abomination ! Il décrit avec brio tout l'infâmie d'une époque, pas si lointaine (l'histoire se situe au début du XIXe siècle) où certains êtres humains avaient la certitude que d'autres êtres humains étaient inférieurs à eux. Cette histoire se déroule sur une île des Antilles qui appartenait alors à l'Angleterre (par ailleurs si puritaine et bien pensante...) mais elle aurait parfaitement pu se dérouler sur une île des Antilles françaises.

Pourtant, July, aujourd'hui vieille femme, raconte l'Enfer de la plantation d'Amity sans pathos et même avec beaucoup d'humour parfois. Elle était une jeune femme au caractère bien trempé mais également très intelligente, sachant parfois manipuler sa "missus", Caroline Mortimer. Elle a parfaitement compris que celle-ci a peur des Noirs mais surtout qu'elle est infiniment seule (parce que son frère meurt rapidement dans l'histoire) et qu'elle a besoin de ses esclaves pour faire tourner sa plantation. Donc, contrairement aux apparences, c'est également parfois l'esclave qui a pouvoir sur sa maîtresse.

Cette femme blanche n'étant même pas capable de comprendre pourquoi son esclave domestique s'appelle July ("juillet", en anglais), elle va jusqu'à la rebaptiser Marguerite... Cela montre toute la bêtise de Caroline, mais aussi toute sa méchanceté profonde : tout au long du roman, July raconte comment celle-ci n'aura de cesse de la démunir de tout, mais vraiment de tout (je ne peux pas révéler le pire du pire qu'elle parvient à faire), en partie pour se venger. Parce que July est aussi une très belle femme, ce qui n'échappera pas à l'oeil d'un certain Robert Goodwin, Anglais, fils de pasteur, tiraillé entre ses principes anglicans, le "qu'en dira-t-on" et son désir pour July... Seulement voilà, sur l'île la tentation, où tout le monde essaie de manipuler tout le monde, ça donne parfois des choses étranges.

Andrea Levy n'épargne pas le racisme entre esclaves, celui où les quaterons (métis de métis), se sentent supérieurs aux Noirs. Un piège dans lequel tombera July, qui clame haut et fort qu'elle n'est pas noire mais mulâtre (ce qui est vari car elle née d'un père écossais, même si elle est noire comme l'ébène). L'écrivain soulève ici la quête d'identité des personnages esclaves, qui, pour se sentir exister, en viennent parfois à être aussi odieux que leurs maîtres. Mais elle y dénonce surtout avec brio toute l'hypocrisie d'une société anglaise, bien-pensante, qui en proclamant l'abolition de l'esclavage, fera tout pour mettre les anciens esclaves à terre.

On adore July dans ce livre, qui interpelle constamment le lecteur en expliquant qu'elle n'est pas douée pour raconter sa vie. Mais aussi, parce que c'est un personnage pudique, elle réécrit certains passages, édulcore la réalité parce qu'elle a honte, ce qui met son fils Thomas, imprimeur, en rage. Donc July reprend sa plume pour rétablir la vérité.

Le roman se termine par la voix de Thomas, qui lance au lecteur un avis de recherche sur sa demi-soeur Emily,  tout en le mettant cependant en garde : "En Angleterre, la découverte de sang noir dans une famille n'est pas toujours accueillie avec joie."

En cette période de présidentielle qui a vu ressurigir l'Immonde et le Puant, je dirai que c'est un roman à mettre entre certaines mains, de toute urgence.

Sur ce, je vous souhaite un très bon 1er-Mai !

 

 

 

 

 

29 décembre 2011

Le septième fils

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4e de couverture : "Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l'Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements."

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fijords de l'Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n'a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C'est bien simple : j'ai du mal à partir de cette contrée d'Europe glacée quand l'histoire se termine. Je ne voudrais pas trop m'avancer mais je pense que 2012 sera in Iceland mood...

Ce roman fait suite au Dresseur d'insectes et c'est le dernier et troisième traduit en français jusqu'à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d'aller se perdre dans cette contrée où s'aventurent seulement "2% des étrangers" arrivant pour visiter l'Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie... Ambiance !
Mais maglré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu... Tout de suite, beaucoup d'habitants y voient l'oeuvre des gothiques, ces ados qu'ils jugent comme étant des adeptes du daible (évidemment!). Mais les événements et les suscpects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d'enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d'Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l'hôtel, c'est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d'une humeur d'ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnomée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d'Islande, pourtant,"depuis longtemps, des gens viennent d'un peu partout travailler ici dans l'industrie du poisson : des Polonais, des Australierns. Ils ont [ même] fini par s'intégrer". Et si certains parents s'inquiétent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s'en inquiéter, c'est qu'elle est devenue bilingue puisqu'elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c'est effectivement l'industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : "les revenus moyens de la population des Fjords de l'Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d'Islande alors qu'ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs". La mode est maintenant à l'industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c'est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J'ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c'est vraiment voulu par l'écrivain). J'ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n'est pas du tout celui qu'on imagine... Ce qui est sûr, c'est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d'humour : plus d'une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée... peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman...

Dernière chose ô combien surprernante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l'Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! ;-p !



 

14 février 2012

Le glacis

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4e de couverture : "Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'un petite ville de l'Oranais. Cette guerre qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
"Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une friolosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'étais pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ,"
Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur la guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant".

 La guerre d'Algérie est encore un sujet tabou que toute une génération n'a pas étudié à l'école ou si peu. C'est en grande partie ce qui m'a poussée vers ce roman où le lecteur est parachuté à l'intérieur de ce pays dans une guerre qui ne dit pas son nom dans le camp des colons. Laure est une jeune enseignante en lettres, dont l'attitude de ses concitoyens français, issus du même milieu bourgeois qu'elle, vis-à-vis de ce qu'ils appellent les "indigènes", (quand ils sont bien lunés), va de plus en plus la choquer. Ses collègues vont la bouder peu à peu. Elle va finir par se brouiller avec sa meilleure amie, Elena, parce qu'elle ne lui fait plus confiance, dans cette société à l'atmosphère paranoïaque. Jamais elle n'aura la preuve de la responsabilité de son amie dans ce qui va se passer ensuite (et je ne peux pas le révéler  !), mais Laure se trouve embringuée contre son gré dans cette guerre à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle n'aura pas à choisir elle-même un camp, on va lui en assigner un.

Voici un roman fort, qui, s'il ne m'a pas vraiment appris grand chose de nouveau sur cette page de l'histoire de France, m'a tout de même surpris par la perversité, la sournoiserie de tout un système savamment orchestré. Un monde à deux vitesses et à deux justices, l'officielle et puis l'autre, beaucoup plus expéditive.
El Djong, la petite ville où vit Laure est un apartheid non officiel, avec d'un côté une ville européenne et de l'autre une ville indigène, appelée,  également "ville nègre"... "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt."
L'héroïne, dont la famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, se rend compte que ses amis ne supportent rien de ce qui n'est pas comme eux : ni les juifs, ni les Espagnols et encore moins les Arabes... C'est un portrait féroce qui est fait ici de la bourgeoisie "pieds-noirs".

Un livre court (130 pages) mais percutant, écrit dans un style neutre, sans colère ni amertume mais néanmoins sans concession.
A lire !

Je remercie Babelio et les Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman.

17 mars 2012

Charly 9

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4e de couverture : "Charles IX fut de tous nos rois de France l un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l Europe entière. Abasourdi par l énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond."

Je suis loin d'être une fana des romans historiques mais la prestation de Jean Teulé sur son livre dans l'émission La Grande Librairie l'an dernier m'avait convaincue de le lire. La sortie en poche de l'ouvrage a été la piqûre de rappel. Et en fin de compte, j'en sors déçue.

Si le roman respecte bien l'atmosphère sanglante de cette période qui a vu le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) - mais ce n'est franchement pas le plus difficile parce qu'on ne peut pas y couper -, j'ai trouvé le style de Jean Teulé vraiment too much. Je peux comprendre qu'on veuille désacraliser l'Histoire, mais ça ne veut pas dire avoir une écriture massacrante... (si je puis m'exprimer ainsi !), qui fait limite négligée pour faire, paradoxalement, plus authentique ! Certes, on ne peut pas restituer le langage de l'époque parce que le lecteur d'aujourd'hui aurait besoin d'un dictionnaire, mais de là à mettre des "ah ben" et émailler les phrases des personnages d'expressions typiques de l'époque ou de "commeint ?" pour faire "plus vrai" ,cela  finit par donner un style ressenti comme maladroit, ou démago... En ce qui me concerne, les traits d'humour n'ont pas fonctionné.

Jean Teulé prend position dans ce roman pour un roi Charles IX sous l'emprise de sa mère, une jeune-homme faible, limite bipolaire, en tout cas "barge" mais avec un bon fond. Il aurait concédé le massacre de cent mille personnes pour faire plaisir à "mama", entendez par là, Catherine de Médicis. Il décrit un personnage fantasque, chassant le cerf dans les appartements du Louvre, (là, on reste sur le cul, quand on lit ça!), ayant besoin d'une traductrice pour communiquer avec Elisabeth d'Autriche, sa femme, même dans les moments les plus intimes (c'est tellement grotesque qu'on ne peut pas y croire 5 secondes)...
Bref, il en fait un pantin aux mains de la reine mère. C'est historiquement très discutable et personnellement je ne suis pas d'accord parce que je trouve cela un peu simpliste.

Enfin, "Charly" se met à souffrir d'une "hémorragie cutanée" : il pisse le sang par tous les pores de la peau. Là aussi, ce n'est qu'une légende, une rumeur que fit courir notamment Agrippa d'Aubigné, reprise par Alexandre Dumas dans La reine Margot, sous-tendant un empoisonnement qu'aurait perpétrée Catherine de Médicis, dite la "magicienne florentine". Je crois que les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la mort de ce roi qui n'a même pas atteint 24 ans.

Jean Teulé veut ici conter une page de l'histoire de France sur un mode ludique. C'est certes une belle intention et une bonne piqûre de rappel sur cette période si terrible dont l'atmosphère est bien restituée. Mais reste le style, les inexactitudes et le parti pris...
Bref, je ne suis toujours pas fan des romans historiques !

 

30 septembre 2011

Fille noire, fille blanche

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4e de couverture : "Genna et Minette partagent une chambre sur le campus. Et c'est tout ce qu'elles ont en commun. Minette est aussi noire, indomptable et solitaire que Genna est blanche, timide et généreuse. Fascinée, Genna fait son possible pour fendre la cuirasse de Minette et devenir son amie. Observant la menace des violences racistes croissantes, elle est sa seule alliée. Pourra-t-elle la sauver?"

Autant vous dire tout de suite : je me rends compte que j'ai toujours du mal à avoir un avis clair avec les romans de Joyce Carol Oates, que j'ai découvert il y a un peu plus d'un an avec La fille tatouée. Elle me donne toujours un sentiment assez indéfinissable à cause de son style.  Le sujet m'a attiré : a priori le racisme aux Etats-Unis au milieu des années 70, l'amitié d'une Blanche et d'une Noire. Dans mon esprit, j'ai tout de suite eu l'écho de La couleur des sentiments, au sujet similaire qui se déroule une dizaine d'années auparavant.

Genna, étudiante blanche est presque la jumelle de Minette, étudiantê noire car elles sont nées le même mois, la même année à quelques jours d'écart. Ou plutôt, ces deux personnages sont des doubles inversés. Genna est issue d'un milieu aisé, Minette est boursière. Genna est athée et fille d'un avocat activiste dans les milieux d'extrême gauche, Minette est très croyante, presque illuminée, fille de pasteur. Genna est généreuse et sociable. Minette est égoïste et solitaire.
En fait, leur seul point commun est une admiration sans bornes pour leur père et le fait de partager le même appartement universitaire.
Genna est quasiment obsédée par la figure paternelle : à chaque fois qu'elle pense, ou presque, vient s'interférér les idées de son père, celui qu'elle appelle tantôt "Mad Max", tantôt Max Meade mais jamais "papa", paradoxalement. Mais peu à peu, on se rend compte que son admiration est aussi doublée d'un ressentiment à son égard car il a tendance à briller par son absence.
Minette affiche dans sa chambre le poster de l'église de son père.

Minette n'est pas une personne agréable à vivre et très vite, elle se fait détester par les autres résidentes du campus. Et elle est méfiante à l'égard des Blancs. Elle a du mal à faire confiance à Genna qui pourtant fait tout pour gagner son amitié. Alors, quand des événements surviennent à l'encontre de Minette, tout le monde pense d'emblée à des actes racistes...

La force de Joyce Carol Oates dans ce roman est justement de ne pas trancher dans le vif, de ne pas vraiment prendre parti, mais de laisser au lecteur se faire son avis. Les deux héroïnes sont complexes. Mais c'est peut-être aussi ce qui fait la faiblesse de cet ouvrage. Je suis restée sur ma faim. Les digressions pour tenter d'expliquer le comportement de Genna en raison de son héritage familial, prend par moments un peu trop le dessus et l'on sy perd. Il en résulte un style assez "touffu" qui ne parvient pas à éviter la lourdeur. Genna est aveuglé par les idées de son père (défenseur des Blacks Panthers, des opprimés, ex-opposant à la guerre au Viêtnam) et c'est avant tout la couleur de la peau de Minette qui la pousse à gagner son amitié à tout prix, alors que l'autre a l'air de s'en ficher éperdumment et qu'elle ne connaît pas les antécédants familiaux de Genna.

Les deux héroïnes sont agaçantes, chacune à leur manière. J'ai maudit Genna d'être aussi cruche, de s'accrocher à ce point à Minette jusqu'à l'absurde. Pourtant, elle finit par douter, notamment par rapport à l'auteur de ces mystérieux évéments. J'ai détesté Minette, ses "par-don" qui reviennent inlassablement quand elle s'exprime, sa manière de se goinfrer des douceurs que sa mère lui envoie sans jamais en proposer à sa colocataire. Mais en même temps j'ai trouvé Genna loyale et franche dans son attitude et j'ai eu de la peine pour ce qu'il va leur arriver à toutes les deux...

Ce roman a quelque chose d'intéressant par son ambiguïté même. Ce n'est cependant pas un coup de coeur en raison du style auquel j'ai eu du mal à accrocher. Cependant, je n'ai pas dit mon dernier mot avec Joyce Carol Oates, écrivaine si prolixe tout de même intéressante !

NB : une petite chose amusante page 254 de l'édition de poche : 
l'espace d'une phrase, Minette Swift se trouver nommer "Minette Johnson" (alors que Genna est en entretien avec Dana Johnson qui est l'une des responsables du campus) : "Vous n'avez aucune idée de la personne qui a pu mettre cette lettre hideuse dans la boîte de Minette Johnson."
Et par la même occasion, il manque un point d'interrogation à la fin de la phrase...

 



 

17 septembre 2011

Muse

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4e de couverture : "Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain."

Autant vous dire toute de suite : mes mots dans ce billet ne retranscriront sans doute pas toute l'intensité de ce roman.

Tout d'abord, si vous vous attendez à une autobiographie, sachez que ça n'en est pas une. Comme l'explique Joseph O'Connor, à la fin du livre, "Muse est une oeuvre de fiction qui prend souvent  d'immenses libertés avec la réalité. Les expériences et la personnalité des vrais Molly et Synge diffèrent de celles de mes personnages d'innombrables manières. Les chercheurs ne doivent pas se baser sur la chronologie, la géographie ni les portraits qui apparaissent dans ce roman. Synge et Molly ne passèrent pas un mois de vacances à Wiklow; et, à ma connaissance, il n'exprima jamais le désir de vivre aux Etats-Unis".

De même, si vous vous attendez à un roman d'amour "pur jus", vous serez déçu. Il est certes question d'amour dans ce roman, mais il y a bien plus que cela.
Il y a une atmosphère, un parler populaire du Dublin des années 1900 savoureux, dont Joseph O'Connor remercie ses parents de lui avoir transmis cet héritage, son père étant "né à Francis Street, le quartier le plus vieux de la ville, The Liberties". Il s'est également documenté à travers des travaux universitaires, dont le Dictionnary of Hiberno-english.

Ce roman n'est pas chronologique, ce qui peut être déroutant. Mais c'est aussi ce qui en fait sa force. Il restitue les derniers jours de Molly Allgood, comédienne qui aurait été la maîtresse de Synge, célèbre dramaturge irlandais, co-fondateurs de l'Abbey Theatre avec Yeats et Lady Gregory. 
Le livre débute dans un garni londonnien le 27 octobre 1952 pour se terminer quelques jours plus tard, le 2 novembre. Mais entre temps Molly fait ressurgir les fantômes du passé au lecteur, sa vie de comédienne- qui-ne-mâche-pas-ses mots, son histoire avec Synge, disparu prématurément à l'âge de 37 ans,  toute une époque (le titre VO est Ghost Light) ! Même invectivée par le narrateur, elle ne perd pas de sa superbe. Elle rend un vibrant hommage au dramaturge en restituant son époque, avec amour et humour. Cependant, ne vous attendez pas à avoir toute l'histoire : la mémoire joue des tours et laisse des" blancs", mélange... Au lecteur de reconstituer le puzzle.

Pourtant Molly fait pitié à voir à présent : pauvre, oubliée et alcoolique. Elle n'a cependant rien perdu sa dignité : dehors, les gens qu'elle connaît ne savent rien sa situation car elle est toujours aussi comédienne ! Plusieurs fois j'ai eu les larmes aux yeux, mais plusieurs fois aussi, elle m'a fait rire. Le narrateur n'est pas toujours tendre avec elle. C'est tout ce mélange de ton et de style qui fait de ce livre un roman savoureux.

On a le plaisir de croiser Yeats et j'ai adoré la manière dont Joseph O'Connor l'a imaginé (pincé et austère au point d'être comique). Cependant, ce n'est qu'un personnage secondaire, tout comme Lady Gregory. Il n'est nullement question ici de l'Abbey Theatre. J'ai aussi particulièrement adoré la description de la campagne du Wicklow, si chère à Synge, l'accent mis sur la différence de classe sociale entre les deux tourtereaux, qui rend leur amour illégitime dans une Irlande guindée dans ses conventions.

Je n'ai donc pas été déçue par Jospeh O'Connor dont j'ai lu tous les romans - sauf Redemption Falls qui est dans ma PAL depuis plusieurs années. Il écrit ici un de ses romans les plus forts et les plus fouillés, après L'étoile des mers. Par son ton et par son style il rend ici hommage à Synge, c'est indéniable.

Une lecture pareille donne envie de découvrir l'oeuvre du dramaturge dont j'ai seulement entendu parler. Je me suis d'ailleurs procuré son théâtre et un de ses récits, Les îles Aran.

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Ce titre est actuellement en lice pour le Prix Médicis et le Prix Femina. Ce serait vraiment mérité qu'il décroche les titres. Un coup de coeur pour moi, vous l'aurez compris !

 

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 Quelques citations :

"Le mariage, ça sent le chou et le mouton recuit, et vers la fin de la semaine, le graillon"

"Sur le corps d'un homme, ya la carte de l'Irlande. Bas les pattes, on touche pas à Limerick" :)))

"Ils voleraient de la bave à un orphelin pour la lui revendre après, vous savez"

"Seul un Américain écrirait une pièce intitulée Un tramway nommé désir. Un Anglais la nommerait Un autobus baptisé intérêt transitoire" : so irish comme réflexion !!!

Edit :

Une vidéo sous-titrée en français où Joseph O'Connor parle de son roman et où l'on apprend que Ghost Light pourrait être traduit par "servante", mais aussi que c'est en référence à une lumière que l'on laissait sur scène par superstition pour que les fantômes puissent jouer leur propre pièce...

http://www.dailymotion.com/video/xl4qtl_joseph-o-connor-muse_news 
 (désolée, je ne parviens plus à mettre des vidéos présentables sur Canalblog, donc je mets le lien).

14 janvier 2012

Mississippi

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4e de couverture : "Dans le Vieux Sud sauvage des années 40, Laura et Henry luttent pour élever leurs enfants sur une terre ingrate. Laura sait qu'elle ne sera jamais heureuse dans cette ferme isolée et sans confort. Lorsque deux soldats rentrent du front, elle se sent renaître peu à peu. Empoisonné par le racisme, cet univers de boue, de désirs et de mort verra la sauvagerie tout emporter... Un premier roman magistral sur fond de bruit et de fureur."

Décidément, en ce début d'année, j'enchaîne les livres épatants ! C'est chez Canel que j'avais repéré ce roman il y a un bon moment. Eh bien, quelle belle découverte bloguesque - une fois encore !
Nous sommes dans le Mississippi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Laura, qui a épousé Henry sur le tard et un peu en désespoir de cause, lâche son boulot, quitte Memphis, pour le suivre dans le Mississippi profond, celui des fermiers cultivateurs de coton, avec, déjà, comme un mauvais pressentiment. Et elle avait raison de s'inquiéter Laura. Déjà, la belle maison promise n'était qu'un attrappe-nigaud à mari un peu trop confiant. Peu importe, elle accepte, d'aller vivre à la ferme elle-meme, vite nommée "La Bourbière". Dès le premier jour, pas de chance, ses deux petites filles attrappent la coqueluche. Henry demande à la famille de metayers noirs occupant les terres à cultiver, de leur venir en aide. En effet, Florence Hap, sage-femme, s'y connaît en remèdes.

La vie de ses deux familles vont être inexorablement liées. Toutes les deux ont un gars parti à la guerre. Chez les Jackson, c'est Ronsel qui a été envoyé au front en Allemagne, comme tankiste ; chez les McCallan, c'est Jamie, le frère de Henry, qui a servi dans l'aviation. Pendant la guerre, en Europe, Noirs et Blancs étaient égaux devant l'ennemi. De retour au bercail, les deux jeunes gens, qui ne se connaissaient pas mais vont devenir amis, vont se prendre de plein fouet la rusticité et le racisme qui sévit toujours au Mississippi. Comme le dit Ronsel, en Europe, il était un libérateur, un sauveur. Dans le Mississippi, il n'est qu'un nègre qui pousse sa charrue, comme tant d'autres...

J'ai souvent eu l'impression de lire des scènes dignes du XVIIIe ou XIXe siècle et non du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais c'était oublier que le Ku Kux Klan et ses idées moyennageuses sévissait encore dans cet Etat américain.Il y a de vrais méchants dans ce roman, comme Pappy - personnage qui n'a d'ailleurs pas d'autre nom -, le père de Jamie et Henry. Mais aussi de vrais héros, Ronsel et Jamie, mais aussi Laura, qui tente de surnager au milieu de tout ça. Henry est un personnage plus trouble. Florence fait parfois peur, même si on comprend parfaitement sa défiance à l'égard des Blancs - et l'issue de l'histoire lui donnera raison.

Cependant des amitiés et amours clandestines vont se lier (je ne vous dirai pas entre qui !) dans ce roman riche en rebondissements et où sont magnifiquement restituées l'âpreté et l'ingratitude de cet Etat. Chaque personnage prend à tour de rôle la parole plusieurs fois, pour raconter son histoire. J'ai été totalement prise d'effroi devant certaines scènes qui m'ont fait littéralement bondir.

Un livre, dont on n'a pas beaucoup parlé, mais qui pourtant est de la même veine et a la même force que La couleur des sentiments - qui lui, se déroule vingt ans plus tard. Ca ne donne pas trop envie de se perdre dans les coins perdus du Mississippi, même aujourd'hui ! A découvrir ABSOLUMENT !



 

7 janvier 2012

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

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4e de couverture : "Tandis que Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivain, compte ses admirateurs par milliers. Parmi eux, un certain Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, qui évoque au hasard de son courrier l'existence d'un club de lecture au nom étranger : "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"... Passionnée par le destin de cette île coupée du monde, Juliet entame une correspondance intime avec les membres de cette communauté. Et découvre les myens fantaisistes grâce auxquels ces amis bibliophiles ont résisté à l'invasion et à la tragédie. Jusqu'au jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Pour Juliet, la page d'un nouveau roman vient de s'ouvrir, peut-être celle d'une nouvelle vie..."

La quatrième de couverture est légèrement trompeuse : Juliet n'est pas contactée parce que Dawsey est un de ses admirateurs mais parce qu'il a trouvé un vieux livre qui lui a jadis appartenu (il le sait parce qu'il a trouvé son nom dessus), Les essais d'Elia, morceaux choisis de Charles Lamb. Sur ce livre, il y avait le nom et l'adresse de Juliet. (p.19). Il lui explique qu'il adore cet évricain mais qu'il n'y a aucune librairie à Guernesey. Il lui demande, si elle pourrait lui donner le nom d'une d'entre elle à Londres car il souhaite lire d'autre livres de son écrivain préféré. Tout commence ainsi et une belle amitié se lie entre ces deux êtres.
Ensuite, le nom du cercle littéraire tel qu'il est nommé dans ce roman traduit est Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. (titre vo : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)
Bref...

A vrai dire, j'ai hésité à faire paraître ce billet dans le cadre du Mois anglais, parce que les deux auteurs de ce roman ne sont pas anglaises mais américaines et que l'action se déroule en grande partie sur l'île de Guernesey. Mais ce livre est pétri de culture so english et j'ai souvent eu l'impression d'avoir sous les yeux une lecture victorienne (heureusement que le fond historique de fin de Seconde Guerre mondiale était là pour me désillusionner), avec également un gros clin d'oeil à Agatha Christie !! J'ai vraiment bien ri, parce qu'en plus c'est fait avec beaucoup d'humour !
Ce qui est également excellent, c'est que Juliet est biographe d'Anne Brontë, et ça va sans dire qu'elle évoque souvent les trois soeurs dans ses lettres, ce qui provoque l'admiration d'Isola, l'une de ses correspondantes de Guernesey, qui a aussi pour référence littéraire Jane Austen.
"J'aime les histoires de rencontres passionnées. N'en ayant jamais vécu moi-même, je peux à présent m'en faire une idée. Au début, je n'ai pas aimé Les hauts de Hurlevents, mais à la minute où le spectre de Cathy s'est mis à gratter à la vitre de ses doigts osseux, j'ai senti ma gorge se nouer, et le noeud ne m'a pas relâché avant la fin du livre. J'avais l'impression d'entendre les sanglots déchirants d'Heathcliff à travers la lande. Je ne crois pas avoir lu un auteur d'aussi grand talent d'Emily Brontë".

Comme un écho à cette histoire victorienne d'amour tragique, Juliet va en découvrir une tout aussi dramatique, bien ancrée dans son époque et se lancer à la recherche de son fantôme, qui sera l'objet de son prochain roman.

Pour l'histoire, il est difficile d'en parler sans dévoiler l'essentiel. Je me contenterai donc de dire qu'elle est très savoureuse ! Sur un fond historique tragique, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows parviennent à distraire énormément le lecteur et à aller au-delà des a priori (les Allemands n'étaient pas tous des nazis, même les soldats envoyés sur l'île, juste des hommes pris dans les tourments de l'Histoire).
Ce roman est aussi un bel hommage aux livres et à la lecture avec d'innombrables clins d'oeil ! Si je vous dis, qu'on y rencontre aussi notre sacré coquin d'Oscar Wilde, je ne sais pas trop si vous allez me croire ! Et encore moins, si je vous dis que Juliet se trouve un bien embarassant et obscur prétendant (du nom de Mark Reynolds) spécialiste de Wilkie Collins, qui lui apprend que ce cher Wilkie "entreten[ait] deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants" (rhooo !!).
Franchement, je me suis régalée !!!

Pour les âmes sensibles, je précise tout de même que ce roman a une fin toute américaine parce qu'il finit... bien. Un peu trop d'ailleurs, mais c'est sans doute le seul tout petit reproche qu'on peut lui faire.

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 dans le cadre du Mois anglais, organisé par Titine, Cyrssilda et Lou

2 janvier 2012

La bonté, mode d'emploi

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4e de couverture : "La quarantaine passée, fatiguée par son métier harassant de médecin et un mariage qui a perdu toute saveur, Kate décide de demander le divorce. Dans l'espoir de la retenir, David, son mari, va alors changer radicalement : renouant avec ses idéaux de jeunesse, l'homme irascible devient un modèle de bonté, prêchant la redistribution des richesses et recueillant des SDF. Déstabilisée par ce changement soudain et ces initiatives aussi généreuses que maladroites, Kate se retrouve face à une situation inédite et explosive... À partir de quand est-on quelqu'un de bon et jusqu'où peut-on aller pour le rester ? Dans cette comédie aux mille facettes, Nick Hornby tacle le politiquement correct et interroge ce qui fait la solidité d'un couple."

J'ai eu un tout petit peur avec ce roman dans les premières pages de tomber dans les grosses ficelles de la comédie de moeurs  pur jus, avec mari, femme, maîtresse et amants. Mais heureusement, j'ai vite été rassurée !

Katie, médecin, s'ennuie avec son mari peu attentionné. L'occasion faisant le larron, elle prend un amant, mais un peu par hasard auss sans trop savoir pourquoi, pour se morfondre de remords ensuite, d'autant qu'elle a quand même annonc au dit mari, sur un parking désert de Leeds, et par téléphone portable, qu'elle voulait divorcer.... Bref, Katie est un personnage qui se sème des embûches toute seule.

Or, David, le mari, fait la rencontre d'un drôle de type, disant s'appeler GoodNews, qui le débarasse d'un affreux mal de dos et d'un affreux mal de tête avec le seul pouvoir de ses mains qui deviennent chaudes... Le truc c'est que la personnalité de David devient totalement opposée à ce qu'elle était avant son passage chez GoodNews. Il devient absolument le Bien personnifié. Katie, évidemment, ne le reconnaît plus, se demande s'il joue une comédie etc. Et le lecteur aussi. Ca se complique quand David demande à ce que GoodNews puisse habiter avec eux et surtout quand il décide, parce qu'il est maintenant Bon et Indigné par la pauvreté qui l'entoure, d'organiser une opération destinée à rendre le quotidien un peu meilleur aux SDF : persuader les habitants de sa rue d'en heberger un !
On se dit que Katie va craquer : en effet, elle est totalement au bord du craquage ! Mais à part s'exiler à mi-temps dans le studio d'une copine sans même que ses enfants le sachent et râler encore et toujours, elle ne décide rien ! Pourtant son mari est franchement agaçant et ce GoodNews encore plus. Quant à ses enfants, ils sont atroces !!

On retrouve ici un Nick Hornby à l'humour grinçant à l'anglaise, qui fait mouche. Il peint là un portrait féroce (même si sans surprise)  de la société petite-bourgeoise anglaise, ne fréquentant que le même cercle de comptes bancaires et de niveau d'imposition sur le revenu que le sien, rouspétant contre ces foutus politiques, tout en fermant les yeux sur le reste du monde qui les entoure. Tous les personnages sont énormes, tellement ils sont agaçants !!

Certes un roman qui joue sur des grosses ficelles mais qui atteint son but : distraire. On ne s'ennuie pas ! Je ne dirai pas que ce roman est le meilleur de Nick Hornby puisque j'ai quand même préféré Juliet, Nacked.



Lu dans le cadre du mois anglais, organisé par Lou, Cryssilda et Titine

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15 décembre 2011

Tant que brillera le jour

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Ah, ah ! A chaque fois que j'ouvre un Christie, je me demande si je vais ressentir la même émotion et la même admiration sans bornes pour cette grande dame anglaise du crime que lorsque j'étais adolescente... Eh bien, le suspense ne va pas être haletant pour la réponse : YES !

J'ai choisi de débuter le Mois anglais organisé par Cryssilda, Titine et Lou avec, non pas un roman policier mais un recueil de nouvelles écrites dans les années 20-30. Et si, déjà avec ses polars, je me suis toujours éclatée, la forme littéraire de la nouvelle n'a fait que redoubler ma jubilation : il s'agit là tout simplement de petits bijoux : un concentré de suspense et d'action.
Et, chose intéressante dans cette édition du Livre de poche, une postface explique et resitue ces neuf nouvelles dans l'oeuvre de l'écrivain.

J'ai eu la belle surprise de croiser Hercule Poirot dans deux d'entre-elles (Une aventure de Noël, qui préfigure la nouvelle Christmas Pudding publié dans les années 60 et Le mystère du bahut de Bagdad).Comme le remarque "le petit homme" dans Le mystère du bahut de Bagdad (le narrateur nomme parfois le grand déctive belge de cette manière), les "petites femmes aux airs de sainte nitouche... ce sont des dangers publics" !

C'est en effet ce que l'on constate à plusieurs reprises dans ce recueil : dans Le point de non retour, l'héroïne se venge d'une bien méchante et perfide manière de sa concurrente, mariée à son amour de toujours en ayant l'air de ne pas y toucher... Et dans Le dieu Solitaire, une nouvelle que Christie jugera plus tard un "sentimentalisme regrettable" (à tort!), la belle n'est pas si clair que ça, en fait !

Seulement, Agatha Christie reste à tout jamais la reine des retournement de situation au moment où l'on ne s'y attend plus, et sans que cela paraisse abracadabrant ! Comme dans ses romans, elle se joue ici du lecteur avec une aisance qui force l'admiration et parfois une bonne dose d'humour "so english" !

Parmi ces neufs nouvelles, j'ai particulièrement apprécié La maison des rêves (qui frôle avec le fantastique), La comédienne, Le point de non-retour, Le dieu solitaire, Le mystère du bahut de Bagdad et Tant que brillera le jour.
Celle que j'ai le moins appréciée est En dedans d'une muraille.

En conclusion : encore une belle lecture d'hiver, parce que, avec Agatha Christie, on est vite pris d'une frénésie de tournage de pages compulsif !

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Cette lecture est aussi la deuxième dans le cadre du challenge Agatha Christie organisé par George

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6 décembre 2011

Le dresseur d'insectes

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4e de couverture : "Einar, correspondant à Akureyri, publie un article sur une bâtisse hantée qui va servir de décor à un film américain. Au lendemain de la grande fête des commerçants d’Akureyri, où tout le monde a beaucoup bu, il apprend par Victoria, une étrange femme qui se prétend médium, le meurtre d'une jeune fille dans cette maison. Peu après, Victoria elle-même est tuée dans un centre de désintoxication alcoolique. Einar mène l'enquête."

Je continue à fond sur ma lancée de découverte de littérature islandaise. Après Arnaldur Indridason qui m'a enchantée avec Hypothermie et tant d'autres romans policiers à la sauce très zen malgré des sujets noirs, je m'aventure à la découverte de son confrère, Arni Thorarinsson, dont le héros récurrent est non pas un policier mais un journaliste.

Parce que ce titre m'intriguait fort, j'ai donc commencé par celui qui est le deuxième mettant en scène Einar, correspondant du Journal du soir, quotidien de la petite ville d'Akureyri. Celui-ci, apparemment ancien alcoolique, observe d'un oeil cynique la société qui l'entoure.
Pendant le week-end des Commerçants, la boîte de Pandore s'ouvre en grand, jusqu'au meurtre plutôt étrange d'une mystérieuse jeune fille retrouvée dans une maison non moins étrange, sinon hantée... du moins, c'est ce qu'on dit. "Dans le temps, les histoires de revenants étaient tout bêtement une sorte d'exutoire spirituel pour un peuple isolé et muselé qui avait besoin d'un peu de rêves". Mais les temps changent, enfin, pas tant que ça...
Après avoir récupéré sa rejetonne de fille, qui expérimente l'alcool et les sorties nocturnes avec son petit copain, sans vraiment penser à mal, Einar, ne pouvant pas compter sur la police locale pour retrouver les agresseurs de ses enfants et le meurtrier de celle surnommée "Pandora" par une certaine Victoria, décide de mener l'enquête lui-même pour le compte de son journal.

L'intrigue se déroule lentement, sans se presser. On pourrait presque dire que pendant 400 pages il ne se passe presque rien. Pourtant, chaque personnage rencontré est, sinon décortiqué au scalpel, du moins étudié minutieusement, dans le monde qui l'entoure. De la violence sociétale à la violence familiale, il n'y a qu'un pas et elle touche tous les milieux, les plus propres sur eux n'étant pas forcément les plus clairs. On trouve ici des personnages écorchés vifs ou pourris jusqu'à l'os par l'argent et/ou la drogue. Ce roman est un coup de griffe à l'avidité capitaliste outrancière (décidément les Nordiques sont les rois pour ça), avec ici une image bien peu glorieuse d'une certaine industrie cinématographique américaine, qui n'hésitent pas piocher dans la Centrale cinématographique islandaise...

Je me suis attachée au personnage d'Einar (cynique mais tellement lucide) et à ses enfants  et je dois dire que j'ai hâte de le retrouver pour de nouvelles aventures, dans cet univers islandais où "docteur Jekyll ne brime plus Mister Hyde, [mais où] c'est Mister Hyde qui brime Doctor Jeckyll. Et encore, pour peu que ça lui chante".

On retrouve ici une victime qui se prétend médium, comme dans Hypothermie, que j'ai lu il y a peu. Ca m'a frappée et je me demande si c'est récurrent dans la littérature islandaise, dont je suis bien décidée à approfondir la découverte car elle m'enchante !

En conclusion : une belle lecture d'hiver - où la signification du titre français est révélée dans les dernières pages...

 

 

 

 

 

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