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22 mai 2010

Sept hivers à Dublin

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4e de couverture : "Petite fille, je croyais que c'était toujours l'hiver à Dublin et que l'été ne finissait jamais dans le comté de Cork. " Enfant unique de parents anglo-irlandais, Elizabeth Bowen naquit à Dublin en juin 1899. Ce livre qu'elle publia en 1942 raconte ses sept premiers hivers dans cette ville. L'auteur évoque avec une franchise délicieuse sa famille et la vie quotidienne au 15, Herbert Place : la nursery baignée par les reflets du canal, les gouvernantes, les boutiques d'Upper Baggot Street et de Grafton Street, les cours de danse et les jours de fête. Entre 1923 et 1968, Elizabeth Bowen écrivit dix romans et près de quatre-vingt nouvelles. Son œuvre raffinée et originale la range parmi les plus grands écrivains de langue anglaise."

L'Irlande, et Dublin en particulier, vue par une petite Irlandaise d'origine anglo-irlandaise (autrement dit ses parents sont les descendants des Anglais envoyés en Irlande par Cromwell au XVIIe pour "faire la plantation" - envoyer des colons britanniques pour coloniser l'île rebelle). 

Elizabeth Bowen nous fait pénétrer dans son univers feutré, richissime. Une tout autre Irlande de celle dont on a l'habitude : "Ma mère n'était pas originaire du comté de Cork, non plus que de ceux de Tipperary ou de Limerick, comme tant d'autres épouses de la famille Bowen. La demeure ancestrale de sa famille, les Colley, établis en Irlande depuis le règne de la reine Elizabeth, était le château de Carbery, dans le comté de Kildare. (...) A l'époque du mariage de ma mère, les Colley habitaient le domaine de Mount Temple, à Clontarf."

La description aussi d'un univers guindé, où les gens disent des choses davantage parce que, dans leur milieu, il est de bon ton de penser ceci plutôt que cela. Cependant, les parents d'Elizabeth sont un peu particuliers dans cet univers osmosé : "Les familles de mes parents partageaient le même point de vue de propriétaires terriens protestants et les mêmes opinions politiques unionistes. Mon père et ma mère étaient, cependant, deux fortes personnalités qui se distinguaient de tous les autres types familiaux. On sentait, certes, derrière eux le poids de la tradition qui, pour les affaires sans importance, modelait leur façon de penser. Mais sur les sujets qui les tenaient profondément à coeur, ils arrivaient à des conclusions qui leur étaient propres".

C'est donc dans cet univers familial un peu particulier que grandit Elizabeth, entourée de nurses et de gouvernantes,dans la petite maison d'hiver de Dublin où "les tables étaient jonchées de livres" jusqu'à l'âge de ses sept ans où elle part vivre en Angleterre avec sa mère et prend conscience du monde.

J'ai pénétré là dans une Irlande qui m'est totalement étrangère, celle des Anglo-irlandais comme ils se nomment eux-mêmes. Deux peuples totalement différents sur une même île. "Ce ne fut qu'après la fin de ces sept hivers que je compris que nous autres protestants étions minoritaires (...) Mon père et ma mère évoquaient tous deux les catholiques romains avec une courtoise désinvolture qui ne leur accordait même pas la moindre dimension mythique. Leur existence me paraîssait aller de soi, mais je n'en cotoyais guère et ils ne m'intéressaient absolument pas. Ils n'étaient, en somme, que "les autres" dont l'univers existait parallèlement au nôtre, mais sans jamais le toucher".

Elizabeth raconte d'ailleurs que si on lui a parlé des fées, elle ignore tout des fées irlandaises, tout comme elle ignore tout des quartiers de la rive nord de la Liffey à Dublin. "Nul marécage, nulle jungle ne pouvait receler davantage de menaces que les quartiers tacitement interdits de votre propre ville."

De très jolies descriptions de quartiers chics de Dublin qui donne envie de faire plus attention à la prochaine visite de la ville.

Je vais bientôt entâmer la lecture de mon premier roman signé Elizabeth Bowen et je trouvais intéressant de commencer par elle-même. Cette petite (91 pages) mais dense autobiographie  m'a donné un avant-goût intéressant. J'apprécie le recul qu'elle a sur l'univers dans lequel elle a grandi. C'est prometteur pour ma découverte littéraire la concernant :-) !

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28 novembre 2009

My Dream of You / Chimères

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4e de couverture : A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d'une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d'adulte du côté du vainqueur. Jusqu'au jour où, devenue journaliste, elle rentre au pays enquêter sur un scandale qui ne cesse de la fasciner: la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais au temps de la famine. Une passion folle, symbole de la revanche sociale de tout un peuple, qui ne tarde pas à se muer en questionnement sur le désir, l'exil, l'identité, la vérité...

Chimères (titre en v.o. :My Dream of You, tellement plus évocateur!) est pour moi le plus beau des romans de la très grande Nuala O'Faolain, un tour de force littéraire qui, par le mélange les genres, la mise en abyme entraîne le lecteur vers une quête, comme Kathleen, l'héroïne. Celle de la vérité.

Kathleen  qui écrit des articles pour un magazine de voyage, revient sur sa terre natale irlandaise pour enquêter sur une passion qui fit scandale juste après le Grande Famine : la liaison d'une aristocrate anglaise avec son palfrenier irlandais (cette liaison fait penser à une autre lady d'ailleurs...). Cette histoire, véridique, a donné lieu à un procès ("le procès Talbot"). Mais le thème du roman est bien plus qu'une simple histoire d'amour scandaleuse. Le lecteur, comme Kathleen, le découvre au fur et à mesure.

Cette histoire, dont Kathleen veut écrire le roman, l'entraîne dans une interrogation sur elle-même, sur la condition des femmes en Irlande, hier et aujourd'hui, sur le rapport à l'écriture, la vérité, le mensonge, la réalité, la fiction, sur le rapport à l'Autre, l'amitié, l'amour, sur l'histoire de l'Irlande, sur le sens de la vie...

Nuala O'Faolain est pour moi la plus grande écrivaine de l'Irlande contemporaine. J'ai lu tous ses romans et l'autobiographie qui l'a menée sur le devant de la scène littéraire : On s'est déjà vu quelque part ? Son décès prématuré en mai 2008 a suscité beaucoup d'émois en Irlande et pour cause !

12 mai 2010

Nouveau dans ma PAL

Ce sera une découverte pour moi car je n'ai encore jamais lu un de leurs livres et ça faisait un moment que j'en avais envie :

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Par contre, quelques plumes que j'ai déjà fréquentées avec bonheur :

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Et je termine un excellent thriller (même si je trouve le terme inscrit sur la couverture un peu inaproprié). J'en parle bientôt !

Et je viens d'apprendre que je suis sélectionnée par Babellio dans le cadre de Masse Critique pour lire :

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Je rêve aussi de lire le dernier Douglas Kennedy (écrit en fait en 1985), écrivain que j'aime beaucoup, mais je fais un effort pour me détourner de cette tentation pour l'instant...

19 avril 2010

La légende d'Henry Smart

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4e de couveture :" « Avec La Légende d'Henry Smart, Roddy Doyle nous offre le portrait d'un sauvageon pure gouaille - entre Oliver Twist et Gavroche -, né dans les bas-fonds de Dublin au début du siècle. Comme il n'a rien à perdre et qu'il a l'âme d'un desperado, il rejoindra les révolutionnaires qui firent trembler Dublin lors des émeutes de 1916. C'est ainsi qu'Henry Smart se fera le défenseur des humiliés, passera quelques semaines en prison, entrera dans la clandestinité aux côtés des partisans de l'indépendance, luttera contre les troupes anglaises venues éteindre les feux de la guerre civile. Confession d'un idéaliste floué, tableau d'une époque gorgée de sang et de haines, La Légende d'Henry Smart éclaire le passé irlandais d'une lumière bien sombre, loin des mythes et des lieux communs. » André Clavel, Le Temps "

Encore une plongée dans l'histoire irlandaise de la fin du XIXe-début du 20e siècle puisque le roman s'achève sur la période de l'Etat libre irlandais de 1920.

Un style accrocheur, de l'humour et un personnage très attachant. Henry est effectivement un gamin pauvre des bas fonds de dublin, livré à lui-même à cause d'une mère complètement perdue, noyée dans ses grossesses à répétition et ses enfants morts et un père très gentil mais qui l'adore, mais handicapé (unijambiste) et trop pauvre également pour s'occuper de lui. Donc Henry s'aventure seul dans les rues de Dublin dès l'âge de 5 ans, avec son petit frère Victor, avec qui il forme un duo de choc.
Ses premiers mots de révolté de la vie, il les adresse au roi d'Angleterre et d'Irlande : "te faire foutre", sans comprendre le sens de ce qu'il dit. De fil en aiguille, Henry se retrouve engagé dans la lutte pour la cause irlandaise à l'âge de 14 ans (le fameux épisode de la prise de la Poste de Dublin de Pâques 1916) par le plus pur des hasards, un moyen comme un autre pour lui de survivre. Il y rencontre l'amour de sa vie, Miss O'Shea militante de la cause irlandaise avec qui il parcourera l'Irlande dans tous les sens et à vélo, sur le "Sans croupe". Une vie à changer d'identiter aussi, pour échapper aux vilains Blacks and Tans et leurs "auxies" (auxiliaires) envoyés par les Anglais pour mater les Irlandais. On croise au fil des pages Michael Collins et bien d'autres.

J'ai pris un grand plaisir à lire ce roman dont le sujet reste au demeurant fort triste puisqu'il évoque la pauvreté irlandaise, l'état de délabrement dans lequel se trouve le peuple, les tentatives de tout un chacun pour s'en sortir.
Outre le personnage de Henry, j'ai beaucoup aimé celui de sa grand-mère (jeune grand-mère d'une quarantaine d'années !), dévoreuse de livres malgré sa pauvreté extrême, donnant des informations à son petit-fils en échange de livres, et pas n'importe lesquels, des livres exclusivement écrits par des femmes ! Assez rigolo.

Ce que j'aime avec Roddy Doyle, c'est que tous ses livres ont un style très différents. Rien à voir ici avec Paddy Clark ou La Femme qui se cognait dans les portes, c'est encore différents de tous les autres.

6 avril 2010

Le testament caché

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4e de couverture : "Roseanne McNulty a cent ans ou, du moins, c'est ce qu'elle croit, elle ne sait plus très bien. Elle a passé plus de la moitié de sa vie dans l'institution psychiatrique de Roscommon, où elle écrit en cachette l'histoire de sa jeunesse, lorsqu'elle était encore belle et aimée. L'hôpital est sur le point d'être détruit, et le docteur Grene, son psychiatre, doit évaluer si Roseanne est apte ou non à réintégrer la société. Pour cela, il devra apprendre à la connaître, et revenir sur les raisons obscures de son internement. Au fil de leurs entretiens, et à travers la lecture de leurs journaux respectifs, le lecteur est plongé au coeur de l'histoire secrète de Roseanne, dont il découvrira les terribles intrications avec celle de l'Irlande. A travers le sort tragique de Roseanne et la figure odieuse d'un prêtre zélé, le père Gaunt, Sebastian Barry livre ici dans un style unique et lumineux un roman mystérieux et entêtant."

Attention pépite ! J'ai englouti ce livre en quelques jours, littéralement prise par la spirale infernale de l'Histoire de l'Irlande et du destin particulier de Roseanne Clear.

A priori, en ouvrant ce livre, je m'attendais à une thématique pure sur les "Magdalen Sisters", fait social irlandais que le cinéaste Peter Mullan a rendu célèbre aux yeux du public par le film éponyme. Or, si le roman de Sebastian Barry aborde sans conteste ce fait, il va beaucoup plus loin en montrant à travers le destin personnel de Roseanne, comment l'Histoire du pays ont eu un impact direct sur la vie personnelle.

Le lieu où est enfermée l'héroïne depuis soixante ans est en fait peu présent dans le roman (contrairement au film de Peter Mullan qui s'attardent plus à montrer le sadisme des religieuses à l'égard de leurs pensionnaires). Ici le récit s'échappe hors les murs, à Sligo où elle a grandi, mais aussi dans le village reculé Strandhill et sa plage. C'est l'Irlande du mont Ben Bulben, du mont Knocknarea qui abrite le tombeau reine Maeve, d'une Irlande pétrie de secrets, de légendes, de mystères. Mais aussi d'Histoire. Et c'est là que Sebastian Barry plante le décor et promène le lecteur, ne le ramenant dans les murs de l'hôpital psychiatrique de Roscommon que de brefs instants.

Sebastian Barry laisse la parole alternativement à la vieille dame centenaire (qui d'ailleurs n'est plus très sûre de son âge) et à son médecin psychiatre, le docteur Grene, veuf, qui a beaucoup d'affection pour elle. Roseanne entreprend d'écrire ses mémoires ou plutôt un "témoignage sur elle-même" alors que l'hôpital psychiatrique de Roscommon où elle enfermée depuis 1957 va être détruit. Il y a donc urgence. Et parce qu'il y a urgence, le médecin doit enquêter sur la vie de ses patients pour savoir s'ils sont aptes au retour à la vie "civile" ou non. Mais cela semble une question vaine, un prétexte à bien autre chose quand, comme Roseanne, on est centenaire et que votre vie a été rayée de la société des hommes.

Par l'écriture, Roseanne tente donc de se réapproprier sa vie. Et le carnet du docteur dévoile peu à peu son enquête sur sa patiente, (mais aussi sur lui-même), sur les écrits que le Père Gaunt a laissé sur elle : des écrits qui, a priori, parraissent un peu trop "soignés" pour être totalement exacts. Car Le testament caché n'est pas une enquête sur la vérité d'exactitude des choses mais sur la mémoire, sur une "vérité utile",  sur la manière dont chacun peut interpréter des événements qui se sont déroulés, soixante ans auparavant, dans les années 20, dans une Irlande malmenée par l'Histoire (notamment la guerre civile engendrée par l'avènement de l'Etat libre), où l'Eglise catholique joue un rôle sans cesse grandissant dans la société, s'immiscant sans complexe dans la vie privée des gens."Dans une large mesure, Roseanne et le Père Gaunt se sont tous deux montrés aussi sincères qu'il leur était possible, compte tenu des caprices et des ruses de l'esprit humain" remarque le docteur Grene.

Sans cesse Roseanne est accâblée dans sa destinée par une Eglise et une société étriquées, bien plus soucieuses du "qu'en dira-t-on" que du bonheur individuel.Mais le destin lui révèle cependant bien des surprises et au lecteur aussi ! Si l'on se demande tout au long du récit pourquoi Roseanne a été internée et que l'on s'en doute, on se demande surtout QUI est coupable de cette infâmie. Ce n'est pas celui qu''on croit. Je n'en dis pas plus si ce n'est qu'on ne le découvre qu'à la fin, avec plusieurs surprises de taille qui m'ont de ce point de vue-là laissée un peu perplexe !

Roseanne et le docteur Grene sont deux personnages vraiment attachants, émouvants et pétris d'humanité. On les laisse avec regret. J'ai vraiment passé un très bon moment avec Le testament caché qui est le premier livre que je lis de cet écrivain irlandais, de père britannique et de mère irlandaise, considéré comme l'un des meilleurs de sa génération. Il puise l'inspiration de ses romans dans l'histoire personnelle de sa famille et le personnage de Roseanne lui a été inspiré par une de ses grande-tantes, semble-t-il. On retrouve ici le personnage d'Eneas McNulty, qui semble être le même que celui des Tribulations d'Eneas McNulty (paru chez 10/18).

Je remercie très vivement  alapage

de m'avoir permis de le découvrir cet écrivain ! Le testament caché a obtenu le Prix Costa Book of the Year en 2008 et en 2009 le Prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year. Et je trouve que c'est amplement mérité !

Voir aussi l'avis de Keisha et de Pascale grâce à qui j'ai découvert le livre .

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16 février 2010

Hamaguri

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4e de couverture : "Deux petits enfants de Tokyo, Yukio et Yukiko, scellent un pacte de fidélité en inscrivant leurs noms à l'intérieur d'une palourde, comme un serment d'amour éternel. Devenus adolescents, ils se retrouvent à Nagasaki sans se reconnaître ; les sentiments qui les habitent désormais, qui les troublent profondément, leur seraient-ils interdits ? Aux dernières heures de sa vie, la mère de Yukio cherchera à ouvrir les yeux de son fils en lui remettant ce coquillage sorti du tiroir de l'oubli."

Nous retrouvons les mêmes personnages que dans le premier volume (du moins, les 2 protagonistes principaux : Yukio et Yukiko, cette dernière étant la mère de la narratrice de Tsubaki). Mais cette fois l'histoire est racontée par Yukio. La fin du volume s'achève sur Yukio à l'âge de 50 ans, toujours amoureux de la petite fille qui lui a donné une palourde japonaise,  ("hamaguri", en japonais), symbole de leur amour et de leur fidélité.C'est à la fin du récit que sa mère lui restitue cet objet si précieux à ses yeux. Mais chut...!!

Le récit est beaucoup plus intimiste. Celui d'une histoire d'amour désespérée (et impossible). Le fond historique disparaît. J'ai trouvé cela dommage, mais cela va avec le thème du récit amoureux, qui occupe tout l'espace littéraire et fait disparaître le temps historique (c'est du moins ainsi que je le ressens, à tort ou à raison).

Je vais pourvoir entamer le 3e volume ce soir-même, pour mon plus grand plaisir ! Affaire à suivre, donc !

Voir aussi l'avis d'Aifelle.

16 décembre 2009

Le liseur

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4e de couverture : "A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ? " "

J'ai lu ce livre au moment même où sortait le film sur les écrans de cinéma. Volontairement j'ai décidé de ne pas voir le film, avant d'avoir lu le livre comme souvent.

Ce livre m'a littéralement soufflée. Tant par sa dimension philosophique que par son écriture. Pourtant rien n'était gagné d'avance : la 1ère partie m'a rendu méfiante car elle est entièrement consacrée à la rencontre amoureuse entre Michaël, adolescent de 15 ans et Hanna qui a plus du double de son âge. Je me disais : mais où veut me mener Bernhard Shlink ? Les 2 personnages occupent le devant de la scène à outrance jusqu'au moment où Hanna disparaît, du jour au lendemain. Stupeur de Michaël et du lecteur ! Qwwa ?? C'est quoi ça ? J'ai trouvé cette femme étrange et peu sympathique.

La 2e partie s'ouvre sur l'humiliation ressentie par le héros, sa souffrance et son interrogation. Il ira de suprise en surprise, comme le lecteur qui ignore comme lui le secret d'Hanna (personnellement je l'ai deviné assez vite). La stupeur devient totale quand il découvre que son amour s'était engagée... dans les SS lors d'un procès contre les criminels de guerre nazis !! Glurps ! On en reste sans voix.

Je ne veux pas en dévoiler davantage et surtout pas la fin, qui vous laisse les larmes au bord des yeux. A lire absolument si vous ne l'avez pas déjà fait. Un livre dont je vais me souvenir longtemps, d'autant plus que je l'ai lu peu de temps après avoir visité les camps d'Auschwitz et Birkenau. Expérience mémorable s'il en est, également !

Bernhard Schlink pose des questions qui dérangent sans y répondre, en laissant le lecteur à même de juger.

J'hésite encore à voir le film car j'ai peur d'être déçue. J'ai peut-être tort.

5 décembre 2009

Carmilla

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4e de couverture : "Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.
Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne. Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla... Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais " par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain ". Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !"

Voici LE livre qui a inspiré Bram Stoker pour son Dracula ! Je n'ai pas encore lu ledit Dracula (shame on me !) mais je dois dire que j'ai trouvé Carmilla extra-ordinaire (dans tous les sens du terme!) ! En plus il s'agit d'une vampire ! L'atmosphère est angoissante et le suspens va crescendo au fur et à mesure que les phénomènes étranges se multiplient : des gens meurent d'une étrange maladie, le visage de Carmilla prend parfois un drôle d'aspect, ses réactions sont surprenantes, de plus en plus... Il s'agit en outre d'une vampire voyageuse, connue auparavant dans d'autres contrées sous un autre nom, anagramme du nom éponyme, mais procédant toujours de la même manière.

La découverte du tombeau et du corps de la Comtesse Mircalla ainsi que le "meurtre" du vampire sont, je trouve, un grand moment d'anthologie de la littérature gothique ! Génial !

Bref, un vrai bon thriller gothique de 1871.

Joseph Sheridan Le Fanu est irlandais - comme Bram Stoker.

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30 novembre 2009

Expiation

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4e e couverture : Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.

Ian McEwan déploie ici son talent de photographe de l'âme humaine, il dissèque les situations, les êtres et les choses dans leurs moindres détails, en laissant toutefois la porte ouverte à l'imagination du lecteur.

Briony, jeune fille de 13 ans en 1935, ambitionne de devenir écrivain mais n'appréhende pas vraiment l'univers qui l'entoure. Cela n'est sans grande importance aux yeux du lecteur qui bien souvent la perçoit comme une petite peste prétentieuse (c'est du moins mon cas, elle m'a passablement agacée au début du roman). Pendant tout la première partie du roman McEwan dissèque une chaude journée d'août 1935, le jour où va se dérouler le drame.  L'imagination débordante et délirante de Briony, son ignorance, sa jalousie et le besoin d'exister aux yeux des autres, lui font commettre le pire. La vie des trois protagonistes bascule pour toujours.

Cependant, Ian McEwan comme Briony, se joue du lecteur:  une énorme surprise l'attend à la fin du roman. Je suis même revenue en arrière en me disant que j'avais dû louper une page ou eu un moment d'inattention...

J'ai beaucoup aimé ce livre, notamment par la description des événements historiques (la majeure partie du roman se déroule pendant la 2nd Guerre mondiale et Briony soigne les soldats blessés à l'hôpital, Robbie est envoyé dans le nord de la France pendant que Cecilia passe sa vie à l'attendre) et la surprise finale.

Du grand romanesque anglais, dans la tradition de Jane Austen à lauquelle Ian McEwan fait référence au début du livre (cf. la référence à Northanger Abbey).

Jusque-là mon livre préféré de l'auteur, après Sur la plage de Chesil !

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18 juillet 2015

L'île du serment

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 A travers les mots de Jean-René Dastugue

Peter May renoue ici avec son sujet de prédilection : l'Ecosse des îles. Ce roman sommeillait dans ma liseuse depuis sa sortie en septembre dernier et je me demande maintenant pourquoi je ne me suis pas jetée dessus tout de suite ! Un bon gros pavé bien tourbé en dépit de ce que peut laisser penser l'évocation de l'archipel québécois de La Madeleine....

Sime est un flic québécois anglophone mais aussi francophone. Il est envoyé enquêter sur l'île d'Entrée où les gens parlent exclusivement la langue de Shakespeare, parce que tous ont des racines écossaises, comme Sime. Tous ses collègues sont francophones mais ce n'est pas un problème.
Un meurtre a eu lieu sur cet îlot de l'archipel de la Madeleine (2 kilomètres de large sur 3 de long, on a vite fait le tour!). Tout de suite, avant même d'avoir les preuves, la police pense que la coupable est Kirsty Cowell, l'épouse de la victime. Mais Sime est persuadé du contraire. Pourtant rien n'est rationnel, tout relève du sentiment, de l'intuition : quand Sime rencontre Kirsty, il pense la connaître depuis toujours. Pourtant, ce n'est pas réciproque.

Sime est insomniaque et se remet difficilement de son mariage raté avec Marie-Ange, de surcroît sa collègue de la police scientifique, présente sur les lieux. Dépressif et insomniaque, pour un flic ça n'aide pas à y voir clair, d'autant que ce qui se passe à côté de l'enquête va prendre de plus en plus d'importance, jusqu'à presque faire oublier au lecteur la raison d'être de Sime sur l'île...
En effet, Sim est insomniaque, mais parfois il ferme quand même les yeux. Pourtant ses rêves le laissent sur les genoux au réveil : il revit les histoires racontées par sa grand-mère, à propos de son arrière arrière arrière grand-père, originaire de l'île d'Harris et Lewis en Ecosse.
Au fil du roman, le récit "écossais" prend de plus en plus d'importance et vous fait quitter le Québec du XXIe siècle pour vous plonger de l'autre côté de l'Atlantique, au milieu du XIXe siècle, au temps de la famine de la pomme de terre.

Deux récits dans le roman qui ne sont reliés que par les personnages de Kirsty et Sime. Et par des bijoux en cornaline ornés d'emblèmes. Peter May maintient  un double suspense : celui du meurtre sur l'île d'Entrée et celui qu'on pourrait appeler le "mystère de Kirsty".
Mais en plus, ce roman est aussi un magnifique documentaire sur la dépossession et la déportation de milliers de paysans écossais gaélophone vers le Québec. Le tout corolé à une famine fabriquée de toute pièce pour tenter de les exterminer. Un passage très émouvant évoque Sime qui court après un cerf blessé pour tenter de nourrir sa  famille alors que des nobles coursent ce même cerf juste pour s'amuser, rapporter un trophée !
Dans le roman, il y a un type vraiment pas sympa qui sera à l'origine de tous les malheurs du Sime du XIXe siècle : un certain James Matheson, marchand originaire de Glasgow ayant fait fortune grâce au commerce du tabac, du coton et du sucre après la guerre d'indépendance américaine. En 1847, il rachète toute l'île de Lewis pour 190 000 livres.  Il dispose de tout ce qui est dessus comme il l'entend : bêtes, maisons, humains, terres. Un jour, il décide de vider le village de Bail Mhanais, parce que Sime fréquente sa fille Kristy.

Une page de l'histoire de l'Ecosse qui indigne devant le sort réservé aux paysans, chassés de leurs terres, affamés, obligés de s'embarquer, pour survivre, vers le Québec, parce qu'un mouton vaut plus que leur tête. Le voyage est décrit avec toute son horreur. Le sort réservé aux malheureux survivants de la diphtérie n'est pas vraiment réjouissant ni des plus accueillants. Pourtant, malgré et contre tout, ils parviendront à apporter leur pierre à l'édifice de leur nouveau pays : le Canada.

Un très bel hommage à ces gens !
On sent bien que l'intrigue du meurtre sur l'île d'Entrée n'est qu'un prétexte à l'évocation de cette page d'Histoire, même si tout se tient parfaitement et que les deux récits se rejoignent, le tout saupoudré d'un zeste de romantisme. Je suis partie très loin avec ce livre, le genre de bouquin qui vous déconnecte complètement du monde réel et vous fait râler si votre lecture est interrompue par une irruption du réel dans votre fiction (comme un horrible téléphone qui se met à sonner !). Et il y a une surprise : il faut aller absolument au-delà du mot "FIN" (présence incongrue de ce mot dans un roman que l'on ne comprend que lorsqu'on le dépasse...).

Bref un coup de coeur pour moi !

Bon, ensuite il ya quand même des choses qui n'incombent aucunement à Peter May mais à  l'éditeur et qui m'ont fait grogner :

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Pas besoin de commentaires...


Et puis un autre truc, plus personnel : l'irruption d'attaques de simulies dans le récit écossais du roman. Sérieusement, vous savez ce que sont des simulies ? Parce que moi non et j'ai fait le test sur plusieurs Français et une Québecoise, ce n'était pas plus concluant. Je pense que le mot original était midges. Si on prend le dictionnaire Harrap's (pas toujours le meilleur, je sais, mais bon...) midge est traduit par "moucheron". En Ecosse, en Irlande, un midge est un minuscule moucheron qui pique comme un moustique. Midge pour moi, ça sent les lacs et la tourbe. Je le considère comme intraduisible sous peine de plomber l'ambiance. Ca fait presque partie du patrimoine écossais au même titre que les backhouses (humour, hein!). Simulie, ça peut vous embarquer dans des zones tropicales... Il faut avoir subi les attaques des midges pour savoir vraiment ce qu'est cette besiole qui doit avoir des gènes de vampire (je peux donner des lieux où se faire vampiriser en Irlande pour ceux que ça intéresse !!) . Et comme on raconte en Irlande : "un midge tué et ce sont des centaines qui viennent à l'enterrement." Tout ça pour dire qu'un midge vaut une note en bas de page pour expliquer la bestiole. :)
(Je ne critique que très rarement les traductions parce que je n'y connais rien et que c'est un sacré boulot - sauf si vraiment ça me saute à la figure).

Je pense que je peux conclure en disant que c'est une lecture où je ne me suis pas ennuyée trois secondes ! Vivement le prochain Peter May !


 

10 juin 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville - tome 2 : Les jumeaux Traîne-Malheur

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Traduction : Anaïs Goacolou



Rappelez-vous : en janvier vous m'avez suivie dans Sinistreville, à la rencontre d'Hubert très très méchant. Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l'imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m'attendais à retrouver Hubert mais en fait il s'agit d'une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de "Jumeaux Traîne-Malheur", abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l'argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d'amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec "une tête étonnamment ronde et [un] visage d'une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes".  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s'appelle d'ailleurs Morbide...

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d'horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n'y a qu'un pas pour s'évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur...
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d'inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu'ils n'ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J'ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprenent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d'Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d'une conversation, elle sème elle-même le doute : "L'apparence est presque toujours trompeuse. (...) Tenez, lisez n'importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants." On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n'avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive....

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J'ai failli abandonner ma lecture.
C'est vraiment dommage ! J'ai été d'autant plus déçue que j'avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m'avait fait sourire par son humour caustique. L'horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s'émousse et l'humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

 

 

 

19 septembre 2015

D'après une histoire vraie

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Delphine, qui a publié Rien ne s'oppose à la nuit, est victime de son succès, dépassée par les événements au point d'en être fatiguée et déprimée. Au Salon du livre, elle s'entend refuser une signature à une lectrice. Quelques jours plus tard, elle rencontre une étrange femme chez une amie. Elle ne sait pas encore qu'à cause d'elle, sa vie va changer. Cette femme c'est L. Un écrivain nègre pour des célébrités. Delphine est fascinée par le personnage qui est son presque exact opposé, du moins au début. L. est une femme sophistiquée, toujours tirée à quatre épingles et au grand pouvoir de séduction. Dès le début, on est mal à l'aise avec cette personne très intrusive, qui veut tout savoir de la vie de Delphine, jusqu'aux choses les plus personnelles. On sent bien qu'il y a un truc qui cloche. Comme par hasard, L. se trouve souvent où est Delphine : en bas de chez elle, à Monoprix etc. Drôles de coïncidences. Puis Delphine s'aperçoit que physiquement L. se met à lui ressembler de plus en plus.
Un jour, L. demande à Delphine de l'héberger temporairement, le temps qu'elle retrouve un autre logement. Complètement sous l'emprise de cette femme, fascinée parce qu'elle est celle à qui elle aimerait ressembler, qu'elle a besoin qu'on la prenne en main sa dépression et sa solitude (ses enfants sont partis faire des études un peu loin, elle n'habite pas avec François, son compagnon), elle accepte.
Peu à peu L. vampirise l'auteur de Rien ne s'oppose à la nuit, au point de lui dicter la manière et les sujets sur lesquels elle doit écrire. Au point que justement, Delphine ne parvient plus à écrire une ligne, à ouvrir un fichier Word ou à répondre à ses mails. Et voilà que L. se fait passer pour elle, lui fait mentir à son éditrice, se rend à sa place à une rencontre lycéens, répond à son courrier.... "L. était une méduse légère et translucide, qui s'était déposée sur une partie de mon âme", raconte Delphine.  Et j'en ai largement assez dit.

J'avoue que je ne fais pas dans l'originalité avec cette lecture : on voit ce livre partout en cette rentrée littéraire. Mais j'avais adoré Les heures souterraines et No et Moi. Je n'ai pas lu Rien ne s'oppose à la nuit.  Donc voilà un De Vigan que je lis après des années après ses premiers romans. Et qui m'a laissé une impression ambivalente pendant toute ma lecture.

C'est très à la mode de brouiller les pistes en mettant un narrateur-écrivain qui porte le même nom que l'auteur du livre, de mêler fiction et réalité, et de jouer sur l'effet de réel. Amélie Nothomb le fait souvent (cf le truculent Pétronille), ou encore Eric Reinhardt (L'amour et les forêts) pour ne citer qu'eux. Donc de mon point de vue, Delphine de Vigan n'a rien inventé. On note qu'elle met en exergue Misery et La part des ténèbres de Stephen King. Evidemment, on ne peut que penser à Misery au fur et à mesure qu'on avance dans le roman qui vire au fur et à mesure au thriller.
Mais le suspense est arrivé trop tard à mon goût, même si la fin est très réussie et c'est ce qui fait la force de ce livre. Je me suis souvent un peu ennuyée parce qu'il ne se passait rien, que ça tournait en rond avec l'emprise de L. sur Delphine, avant que l'action ne reprenne le dessus, façon boomrang.

Le personnage de L. est vraiment flippant, vraiment glauque. Et quand L. se met à ressembler  tellement physiquement à Delphine qu'elle peut prendre sa place lors d'une rencontre écrivain-lecteurs, et que personne n'y voit goutte, là j'ai vraiment commencé à douter de la crédibilité de la chose. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais il y a une raison à cela qui a sa solution dans la fin du roman.

Saurez-vous un jour qui est L. ? C'est une bonne question ! Et de ce point de vue, le livre m'a plu par sa fin, qui est une pirouette très habile. En tout cas, faites attention à vous...

Quant à la dissertation sur "seule la littérature permet d'accéder à la vérité" mais "toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion", ça n'a rien de très nouveau comme réflexion. Les (ex) étudiants en littérature connaissent Le récit est un piège de Louis Marin (1978), pour ne citer que lui.


Delphine de Vigan joue avec une réalité multiple qui attache l'attention émotionnelle du lecteur. Un roman habile mais dont certaines longueurs ont gâché mon plaisir.


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7 février 2010

Tsubaki

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4e de couverture : "Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin."

Un récit fluide qui dit les choses sans brusqueries mais sans détour non plus. Un soupçon de cynisme dans une écriture poétique. Aki Shimazaki mêle les crimes et les mensonges de l'Histoire et ceux des personnages. L'horreur du bombardement de Nagasaki sert de caisse de raisonnance à un secret de famille, un drame tout aussi terrible et lui aussi criminel. L'histoire d'un cataclysme familial est en route et ce premier tome n'est que le début.

"Il y a des cruautés que l'on n'oublie jamais. Pour moi ce n'est pas la guerre ni la bombe atomique" révèle la mère de la narratrice sur son lit de mort. "L'empoisonnement, les bombes atomiques, l'Holocauste, lemassacre de Nankin... Etait-ce nécessaire? C'était, selon elle, une question inutile après une pareille catastrophe. Ce qu'on peut faire, peut-être, c'est de connaître la motivation des gestes".

Le lecteur va de découverte en découverte incroyables. On est tenu en haleine d'un bout à l'autre du récit. La fin s'achève sur une ultime surprise qui ne donne qu'un envie : savoir la suite de cette saga familiale.

Ce livre est également une bonne piqure de rappel sur l'horreur de la guerre, en particulier le bombardement atomique d'Hiroshima et ici celui de Nagasaki. J'ai vraiment été glacée d'effroi en lisant les lignes décrivant le massacre : "La vallée était couverte de gens gémissant et criant "De l'eau!" Des enfants hurlant partout "Maman ! Maman !" Je trouvais des visages déformés, des corps brûlés ou déjà morts sur la terre. Dans la rivière, des cadavres flottaient en passant devant moi. La vallée de la mort. (...). Dans la rue je vis un homme sous un toit effondré. Quand on essaya de le secourir en le tirant par la main, son bras se détacha".

Petite particularité de Aki Shimazaki : elle a écrit le récit directement en français, langue de son pays d'adoption (le Canada et plus particulièrement le Québec).

C'est grâce à Aifelle que j'ai découvert ce livre, en surfant dans ses contrées livresques.  Un grand merci donc pour cette belle découverte littéraire !
J'ai adoré le premier tome de cette histoire (il y en a cinq). La magie est là : je piaffe d'impatience de lire la suite et j'ai commandé dès celui-ci refermé  les tomes 2 et 3, avant qu'ils ne disparaissent !!! En effet, j'ai eu pas mal de chance de trouver le tome 1 (l'édition de poche est épuisée chez mon fournisseur habituel et pas facile à trouver non plus ailleurs et il ne reste que quelques exemplaires de cette édition) et, d'après ce que j'ai pu voir, le tome 4 suit le même chemin. Arf, trop dure la vie de lectrice !

6 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



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20 juillet 2014

Par coeurs

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Le jour de la rentrée, Mlle Levêque, prof de français, demande à ses élèves de seconde un sujet de rédaction pour le moins surprenant : " Quelle est votre vision de l'amour. Que représente l'amour idéal. Comment voyez-vous votre vie amoureuse plus tard." Imaginez un peu la tête des gamins ! Surtout que cette prof ressemble à un vieille fille, d'après une élève, qui, du coup,  révise rapidement son jugement. L'autre particularité c'est que les copies doivent être anonymes et que rendre le devoir n'est pas une obligation. Pourtant, la plupart des ados feront le devoir, évidemment puisqu'il s'agit-là d'un sujet qui les touche à coeur...

Le livre s'articule autour de onze "nouvelles" (pour reprendre le terme de la couverture) qui donnent la parole aux élèves de la classe. L'amour et ses conséquences y sont examinés sous toutes les coutures : première fois, sentiments, amour filial, physique, homosexuel, impossible, séparation, risque de grossesse... Chaque ado y va de son expérience : de celle qui n'a d'yeux que pour "le plus beau mec du lycée", (et qui du coup dit "thank you" au CPE pour son idée de constituer les classes par ordre alphabétique) à celle qui fait l'amère expérience d'un test de grossesse, en passant par celui qui pense que le mariage, c'est l'anti-amour  :
"Il n'y a rien de plus dur que d'être fils de parents mariés. Ouais, ouais, marrez-vous !  Mais qu'est-ce que vous croyez ? Au moins quand tes vieux sont divorcés, t'as deux piaules, deux vaisselles, deux façons de manger, deux emplois du temps, deux façons de vivre, deux environnements et tu ne t'ennuies jamais ! Et encore, je ne vous parle pas des cadeaux et des vacances multipliés par deux !  Alors que mes parents ! Ils sont mariés depuis seize ans et ils ont l'air de se faire tellement chier ensemble que tous les jours, je me pose la même sempiternelle question : Mais pourquoi ils ne se quittent pas ?!"
"A table !!!" dont est tirée l'extrait, est la nouvelle que j'ai préférée. Sa chute met une claque au gamin avec humour.  "Mademoiselle", qui ferme le recueil, permet au lecteur de comprendre le leitmotiv l'enseignante. Mais si c'est une surprise, cela met aussi à plat le mystère qui l'entourait au début du livre pour en faire un personnage complètement crétin. Dommage !

Pour le reste, j'ai apprécié ces récits dynamiques, bourrés d'humour mais aussi cyniques, qui restituent le parler inventif (et parfois agaçant) des ados, leur vision parfois "brut de décoffrage", leur naïveté et leur égocentrisme. Mais aussi leur fragilité. Une découverte sympa.


 

 

 

25 octobre 2011

Les fantômes de Belfast

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4e de couverture : "Signé le 10 avril 1998, l'Accord de Paix pour l'Irlande du Nord a mis un terme à des années de guerre sanglante. Pourtant les anciennes haines n'ont pas totalement disparu. Depuis qu'il est sorti de prison, Gerry Fegan, ex-tueur de l'IRA, est devenu dépressif et alcoolique. Il est hanté par les fantômes des douze personnes qu'il a assassinées et ne connaît plus le repos. Le seul moyen de se débarasser de ces ombres qui l'assaillent est d'exécuter un par un les commanditaires des meurtres. Dont certains sont aujourd'hui des policiens en vue dans la "nouvelle Irlande". Gerry Fegan est devenu dangereux, il faut s'en débarasser. Une double chasse à l'homme commence..." 

Le hasard veut que je termine ce livre en période d'Halloween ! Si vous aimez les histoires de fantômes, je ne peux que vous encourager à lire ce thriller nord-irlandais dont l'auteur, Stuart Neville, est pour la première fois traduit en France. Vous ne serez pas déçus pour les émotions fortes !

Gerry Fegan est un ancien de l'IRA, qui après avoir tué douze personnes et des années de prison à Maze, a rangé les armes et son engagement pour "la cause". Pourtant, ses victimes se mettent à le hanter, elles hurlent leur douleur et ne lui lâchent plus les baskets ni la tête. Douze fantômes lui demandent justice, c'est-à-dire la mort des vrais assassins : ceux qui l'ont manipulé et payé pour effectuer la basse besogne. Gerry se dit qu'en faisant ce qu'ils lui demandent, il retrouvera la paix. Chaque fantôme désigne au fur et à mesure son bourreau. Et quand il ne comprend pas, Gerry les interroge. Les cadavres s'amoncelent parmi les membre de l'IRA encore actifs, des petites frappes, de la pourriture nauséabonde, appâtée par une place au soleil pour ceux qui sont restés dans l'ombre, ou par toujours plus de pouvoir et d'argent pour ceux qui ont intégré la scène politique nord-irlandaise.

En effet, nous sommes en 2007, 9 ans après les accords de paix de 1998. Tout semble en voie de pacification, c'est du moins la version officielle qu'entretiennent les membres du gouvernement quel que soit leur camp. La paix c'est côté scène, avec strass et paillettes ou presque. Mais côté jardin, c'est moins rutilant...

Autant vous dire tout de suite, Sutart Neville ne fait pas dans la dentelle. Il signe ici un polar cinglant, violent, dérangeant, le tout dans une atmosphère paranoïaque étouffante. Pourtant, une fois entamé, on ne peut plus lâcher ce roman au rythme effrené et au suspense hâletant. 
Le romancier dresse un portrait de l'IRA qui brise l'image angélique qu'on pourrait en avoir. Ici ce ne sont que racaille et compagnie qui n'hésitent pas à régler leur compte entre eux. A tel point qu'ils ne s'aperçoivent même pas qu'il y a une vraie taupe parmi eux : un vilain Ecossais ! (Cryssilda, désolée !!).

C'est un portrait inquiétant qui est fait ici de l'Irlande du Nord où la scène politique ressemble à un panier de crabes. Pourtant, à sa manière bien singulière, ce thriller est aussi une hymne à la paix.
Gerry veut justice et vérité. Tout comme Marie McKenna, nièce du premier type de l'IRA que Gerry abat. Parce que autrefois elle a eu une liaison avec un flic de la RUC * (et un enfant... même si la paternité reste à prouver !), elle a été rejetée par sa famille et sa communauté, qui a estimé que c'était un acte de trahison. Quant à Gerry, sa mère lui a fermé sa porte à tout jamais,  pour les gens qu'il a assassinés autrefois. Marie et Gerry se retrouvent pris en chasse.
Autant dire que ces deux personnages incarnent une nouvelle Irlande du Nord, celle des gens qui aspirent maintenant à la paix et au bonheur après plus de trente ans de conflit. La fin du roman leur laisse cet espoir. D'autant que les "vilains pas beaux" du roman finissent tous par mourir. Ils sont d'un autre âge, celui dont on ne veut plus entendre parler.

J'ai particulièrement apprécié la forme originale qu'emprunte ce roman qui frôle avec le fantastique, surtout dans la première partie du récit. J'ai moins apprécié la très longue scène sanglante qui se déroule dans la grange du patriarche de l'IRA, O'Kane (on finit par se demander où sont passés les fantômes, d'ailleurs!). Un peu plus courte, elle aurait été aussi efficace !

Mais en tout état de cause, Stuart Neville signe ici un thriller remarquable qui va certainement me hanter pendant un bon moment !

Je laisse la dernière phrase à Gerry observant Ellen, cinq ans, la fille de Marie : "Il pensa qu'une fois adulte, elle n'aurait jamais à subir la peur, terrible, incessante, qui avait étouffé cette ville pendant plus de trente ans".

* RUC = Police royale d'Ulster qui recrutait essentiellement dans la communauté loyaliste et protestante.

 

Quelques mots sur l'auteur pris sur la 4e de couveture :"Originaire d'Armagh, en Irlande du Nord. Après des études de musique, il s'est consacré au design multimédia". Peu de choses sur lui donc. Mais il possède un site internet  et c'est ici.

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Je remercie vivement Babelio et les Editions Payot & Rivages pour l'envoi de ce livre.

19 février 2010

Tsubame

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4e de couverture : "Lors du tremblement de terre de 1923, qui a dévasté la région du Kanto et entraîné plus de cent quarante mille morts, la Coréenne Yonhi Kim devient, question de survie, la Japonaise Mariko Kanazawa. A la fin de sa vie, alors qu'elle est veuve, mère d'un chimiste et grand-mère de trois petits-enfants, le mystère de sa naissance lui est dévoilé : le prêtre catholique qui l'avait recueillie dans son église lors du tremblement de terre, surnommé monsieur Tsubame, était-il l'instrument du destin qui a permis à cette hirondelle de s'élancer hors du nid ?"

Ce troisième tome découvre au lecteur l'histoire secrète de la mère de Yukio. Sur fond de tremblement de terre, celui de Kanto en 1923, c'est l'occasion pour Aki Shimazaki d'évoquer les relations houleuses entre le Japon et la Corée (invasion, colonialisme), et les conséquences que cela a eu pour les Coréens : l'exil au Japon pour survivre mais où ils étaient obligés de cacher leur véritable identité et d'adopter des noms japonais sous peine de discrimination. En 1923, lors du tremblement de terre de Kanto, des Japonnais ont accusé des Coréens vivant là, d'avoir empoisonné l'eau. Et c'est le massacre.

Mariko Kanazwa, qui s'appelle en réalité Yonhi Kim, est une déracinée et une orpheline. Lors de l'exumation des cadavres des années plus tard, le passé remonte à la surface et Mariko-Yonhi part à la recherche de son histoire, d'autant plus qu'elle est née de père inconnue. Une révélation à la fin du volume !

J'ai trouvé ce troisième épisode très fort, beaucoup plus prenant que le précédent et même encore meilleur que le premier. C'est dire ! J'ai beaucoup apprécié d'apprendre sur l'histoire du Japon, une vraie découverte. Je continue donc avec hâte la découverte du "poids des secrets".

Voir aussi l'avis d'Aifelle et de Canel.

10 décembre 2009

La femme qui se cognait dans les portes

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(Je rappatrie ici un billet que j'avais fait il y a quelques mois sur mon blog irlandais.)

4e de couverture : "Après le succès de sa trilogie de Barrytown et le triomphe de Paddy Clarke Ha Ha Ha, Roddy Doyle réussit un nouveau tour de force avec ce roman où il trouve - lui, un homme - le ton juste pour dire "Moi, Paula, trente-neuf ans, femme battue". C'est avec un mélange d'humour - irlandais bien sûr - et de cruauté qu'il prend la voix de cette Paula Spencer, une Dublinoise dont la vie conjugale a été ponctuée de raclées, de dents et de côtes brisées, alcoolique au surplus et par voie de conséquence. Mais qui reste digne et garde la force de prétendre, à l'hôpital, après chaque dérouillée, qu'elle s'est "cognée dans la porte", un grand livre".

Roddy Doyle réussit un tour de force littéraire pour évoquer un sujet délicat et difficile. La première chose surprenante que l'on constate une fois le livre terminé, c'est qu'on a complètement oublié, pendant la lecture, qu'il a été écrit par un homme ! Le récit à la 1ère personne n'y est sans doute pas pour rien, celui du témoignage et du vécu. Mais surtout les sentiments, les émotions féminines sont incroyablement restitués. Paula, Dublinoise, fait le récit de son enfance, de sa famille, de la rencontre de celui qui deviendra son mari, un certain Charlo Spencer, pendant les trois quarts du livre. On en vient même à se demander si le livre traite bien du sujet que l'on croyait et que le titre laisse deviner : celui d'une femme battue. En effet, pendant les trois quarts du livre il n'est pas question de coups et de maltraitance, mais de bonheur, de souvenirs d'école, d'enfance, de jeunesse et de fiesta que Paula et ses soeurs se racontent. Le présent se superpose au passé, les pistes temporelles sont brouillées. Puis la violence surgit et se déchaîne quand on ne l'attendait plus, d'un coup (c'est le cas de le dire!), sans explications. Charlo (nom prédestiné!) en colle une à Paula parce qu'elle lui a dit d'aller se faire ton thé lui-même. Tout au long du récit, ce sont alors des dents cassées, des yeux au "beurre noir", des cheveux arrachés, des coups de poings etc. Pour tenir le choc, pour ne pas commettre le pire, il y a l'alcool. Paula devient alcoolique. Une aubaine pour son abruti de mari, qui lorsqu'elle est trop amochée, l'emmène à l'hôpital en disant qu'ivre, elle s'est cognée dans une porte... Pourquoi Charlo agit-il ainsi se demande Paula et le lecteur avec elle. L'auteur ne donne aucune explication parce qu'il n'y en a aucune à donner et laisse le lecteur juger : Charlot n'a aucune excuse. Charlot est un assassin. Charlot est un malade. Charlot est un macho. La violence est purement gratuite. Le roman, malgré ce sujet délicat, est bourré d'humour et Paula a son franc parler. La manière dont elle parvient à se débarrasser de son tyran est hilarante et une juste vengeance pour les humiliations subies pendant des années. Pour maintenir un peu de suspens, je vous ne dis pas comment...

Je mets ce livre en première place de mon hit-parade des livres de Roddy Doyle, loin devant Paddy Clake ah! ah!ah!, le livre qui a rendu Roddy Doyle populaire.

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Je viens, en ce mois de décembre, de recevoir le livre commandé d'occasion, une petite perle rare (à mes yeux) des romans peu connus de Roddy Doyle en France : la Légende d'Henry Smart, qui nous parle de 1916 en Irlande et d'un personnage "entre Oliver Twist et Gavroche". J'ai hâte de le commencer !! A quand les insommnies pour commencer tous les livres qui me font piaffer d'impatience  :p ?

Dans un autre registre, Roddy Doyle écrit aussi des livres pour enfants.

17 novembre 2013

3 femmes et un fantôme

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Mary, 12 ans, vit avec sa mère, Scarlett à Dublin. Ce jour-là, elle est triste : sa meilleure amie, qui est également sa voisine, vient de déménager pour aller habiter un peu plus loin dans la ville. Mais pour Mary c'est comme si elle était partie au bout du monde. Mary est également triste parce que sa grand-mère, Emer, est à l'hôpital depuis de longs mois. Un jour, elle rencontre dans la rue une femme qu'elle trouve étrangement vêtue, et qui de surcroît emploie un vocabulaire aussi désuet que ses vêtements. Intriguée, Mary finit par se lier d'amitié avec cette drôle de femme qui dit s'appeler Tansey. Lorsqu'elle fait part à Scarlett de sa rencontre, le sang de sa mère ne fait qu'un tour. Et pour cause...

Ceux qui me suivent régulièrement savent que j'ai un gros faible pour Roddy Doyle (et pour beaucoup d'autres écrivains irlandais, ce n'est pas un scoop !). Alors quand pendant la rentrée littéraire, mes yeux tombent par hasard sur un livre à la jolie couverture et dont personne ne parle, avec le nom de Roddy gravé dessus, je ne me pose pas de question, et je le lis !

Ce que j'admire chez Roddy Doyle, c'est la variété de ses livres, qui vont du roman "historique" (La légendre d'Henry Smart), au roman "social" (The Committments, The Van, The Snapper, La Femme qui se cognait dans les portes, Paula Spencer), ou au livre pour enfants dont celui-ci fait partie. Et c'est un roman très très mignon, de surcroit très distrayant, qui vous déconnecte de la réalité en un rien de temps pour rentrer dans un univers fantastique si vous avez su garder votre âme d'enfant.

On retrouve ici un fantôme tout ce qu'il y a de plus classique : une âme errante tourmentée mais pas du tout malfaisante, au contraire. Tansey est une maman morte trop tôt, alors que sa fille n'avait que trois ans. Une maman qui s'inquiète depuis tellement longtemps pour sa fille, à présent à l'article de la mort et qu'elle voudrait apaiser, pour elle-même retrouver la sérénité.

Roddy Doyle aborde ici le sujet délicat de la mort mais avec toujours une once d'humour. Si ce roman est émouvant il n'est pourtant pas triste. Quatre générations de femmes se retrouvent et passent un sacré bon moment ensemble, un moment que chacune d'elle gardera pour l'éternité.

J'ai vraiment passé un bon moment de détente et je ne serais pas surprise que ce roman soit adapté au théâtre car très "dialogué", avec des répliques qui font mouche, les tics verbaux très agaçants de Mary, qui n'arrête pas de dire "genre" en vf (mais j'aurais aimé savoir quel était le mot en vo !) :

- Vas y, dit Tansey, demande-moi ce que tu veux.
- Bon, dit Mary, alors, genre, pourquoi est-ce qu'il y a des fantômes ?
- Tu veux dire, pourquoi j'existe ?
- Oui, c'est ça.
- Ce n'est pas très poli, Mary, dit Scarlett.
- C'est très bien, dit Tansey. Ce n'est pas impoli du tout.
- Oh, tant mieux, alors, dit Scarlett, parce que moi aussi je voulais poser la question !
- Voilà, dit Tansey. Mais notez bien que je ne peux parler que pour moi.
- C'est mieux que rien,dit Mary.
- C'est bien vrai, dit Tansey, c'est bien vrai. Alors. Voilà. Les gens meurent. Mais parfois, souvent, en vérité, ils ne sont pas prêts à partir. Ils se font du souci à propos de certaines choses.

Je pense d'ailleurs relire ce livre (The Greyhound of a Girl) en VO, par curiosité. En tout cas, vraiment sympa ! Et j'admire toujours la manière dont Roddy Doyle arrive à se mettre dans la peau des femmes.

 

 

 

26 août 2015

Un hiver en enfer

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Edward habite à Ville d'Avray, dans la banlieue chic de Paris. Il fréquente en guise de lycée, un institut privé catholique de Rueil Malmaison. Il est issu d'un milieu aisé : son père est riche et connu, sa mère est une ancienne pianiste à succès qui a arrêté sa carrière à la naissance de son fils.
Tout pourrait aller pour le mieux pour cet ado qui semblent à l'abri des soucis matériels. Pourtant la vie d'Edward n'est pas un un long fleuve tranquille : sa mère est maniaco-dépressive et le néglige ; le gamin est atteint de la maladie des Troubles Obsessionnels Compulsifs : ses stylos doivent être alignés dans un certain ordre sur sa table pour qu'il puisse se concentrer sur un travail ; pour son handicap, Edward est surnommé "Ed le Taré" par une bande de racaille qui lui pourrit sa scolarité depuis qu'il va à l'école.

Evidemment, Edward est tout sauf quelqu'un d'idiot mais c'est un adolescent très fragile et peu sûr de lui. Son univers déjà fragile s'écroule du jour au lendemain le jour où ses parents ont un accident de voiture : son père qu'il adulait à défaut de pouvoir aduler sa mère qu'il déteste, décède. C'est le début d'une descente en enfer et d'un thriller palpitant : sa mère sort soudain de sa dépression et devient une mère aimante, trop aimante : possessive. Les adultes en qui Edward avaient confiance disparaissent les uns après les autres mystérieusement. Edward voit rouge : pour lui sa mère est une tueuse ! Pourtant les psychiatres mettent les croyances d'Edward sur le trauma du décès de son père. Où est la vérité ? Edward est-il fou ? Sa mère est-t-elle vraiment cinglée ? Il faut dire qu'Edward, depuis la mort de son père, est devenu quelqu'un de violent,  ce qui ne l'aide pas à être pris au sérieux dans ses propos.

Jo Witek joue avec les nerfs du lecteur pendant longtemps avant que la vérité ne se fasse jour. J'ai longtemps douté sur ce que fait la mère d'Edward, selon les dires de ce dernier, on a du mal à y croire parce que c'est dingue (mais en même temps, on sait qu'il existe des mères qui tuent leurs enfants aussi et que la dépression peut engendrer des comportements déviants).
Et puis, au bout d'un moment, effectivement on se dit que la mère du gamin est complètement barrée (je ne dirai pas pourquoi, évidemment !). Pourtant, une grosse surprise attend le lecteur, une très grosse surprise (là non plus je ne peux pas dire laquelle !), révélée grâce à l'enquête de Garideau, une inspectrice de police qui fera tout pour réouvrir le dossier de l'accident des parents d'Edward. Et heureusement, celui-ci a aussi un ami, un vrai, un génie, qui fera jaillir la vérité.

J'ai vraiment adheré au suspense et dévoré ce bouquin. La chute de l'intrigue m'a vraiment surprise. Néanmoins j'oscille entre deux sentiments : c'est possible, mais tout de même, n'est-ce pas un peu invraisemblable ?

Mais à part cela, un roman réussi qui aborde la maltraitance enfantine, le choc post-traumatisme chez l'adolescent, la folie (où commence-t-elle, d'ailleurs ?), le harcèlement scolaire, la jalousie, l'injustice, la dépression. Le tout dans un milieu social favorisé et une banlieue  dite "chic".


 

 

26 avril 2014

Les ailes du sphinx

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La littérature italienne est encore pour moi une grande inconnue, car à part les "classiques" que sont Dino Buzzatti, Pirandello, Primo Levi et Elsa Morante, je ne connais rien de la littérature contemporaine de ce pays. J'avais dans ma PAL un polar sicilien depuis plusieurs mois, une aventure du commissaire sicilien Montalbano que j'ai enfin ouvert.

Le traducteur cherche à retranscrire le parler dialectal sicilien et les régionalismes. J'avoue qu'au début cela m'a pas mal gênée dans ma lecture. Mais finalement, on s'habitue très bien aux "arepondit", "pinser", "s'arappela". De plus, en sicile, les voyelles de l'italien sont beaucoup moins articulées que dans l'italien normatif. Donc, en fin de compte, malgré l'effet de bizarrerie du début, j'ai fini par trouver l'ensemble adroit et ingénieux (pas évident de traduire des particularités dans une autre langue !).

Et, il faut le dire, l'humour du polar a fini par l'emporter sur tout le reste. Même sur l'intrigue, qui, elle, reste banale : le cadavre d'une jeune femme est retrouvée dans une décharge, avec un sphinx tatoué sur l'épaule. De fil en aiguille, le commissaire Montalbano remonte la piste, qui le mène vers des filles d'Europe de l'Est recueillies par une oeuvre caritative catholique. Bon, la fin n'est pas vraiment une surprise, je dirais même qu'on la devine presque.

Mais on lit surtout ce polar pour l'ambiance Italie du Sud (et sicilienne en particulier !). Notre commissaire est une sorte de nounours mais un zeste macho, un rien brouillon dans sa tête (d'ailleurs, deux Montalbano, le numéro 1 et le numéro 2 s'affrontent régulièrement dans son esprit !), champion dans l'art de la procrastination. Ca ne le sert pas souvent, surtout avec Livia, sa compagne qui vit à Rome (ben oui, pourquoi faire simple!) et avec qui il se dispute à tout bout de champ.
Il observe également d'un oeil très critique l'Italie contemporaine où, selon lui, tout part à vaux-l'eau !

Ce n'est pas le premier volume des aventures du commissaire mais j'ai passé un bon moment de détente et je compte bien y revenir et peut-être même tester les autres romans d'Andrea Camilleri.
Je sais qu'il y a une série TV diffusée en France mais je ne l'ai encore jamais visionnée : je vais essayer de la tester aussi.

 

12 octobre 2014

Une vie d'emprunt

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traduit par Stéphane Roques

4e de couverture : "Slava, jeune juif russe de New York, est un modèle d'intégration. Fuyant sa communauté, sa langue maternelle et le poids du destin familial, il s'est installé à Manathan où, à défaut de réaliser ses rêves d'écrivain, il a dégoté un poste de larbin pour la prestigieuse revue Century avec, en prime, une petite amie américaine branchée et sexy. Mais la mort de sa grand-mère le ramène brutalement parmi les siens, à Brooklyn, et plus précisément chez son grand-père. Le vieux Guelman a souffert dans la vie parce qu'il était juif, parce qu'il était citoyen de seconde zone en Union soviétique, puis immigré russe en proie au mépris d'une Amérique triomphante - et voudrait bien, aujourd'hui, obtenir réparation. Mais il n'est éligible à aucun programme d'indemnisation. Qu'à ne cela ne tienne, Slava est écrivain, il sait raconter des histoires..."

Je n'avais jamais entendu parler de Boris Fishman avant d'aller à Festival America et d'assister à un débat sur l'Histoire dans la fiction. Cet écrivain à l'humour corrosif et au discours intéressant m'a intriguée et j'ai eu envie de découvrir son roman, qui est de plus son premier. Ce fut une aubaine quand Babelio l'a mis en lot dans sa Masse critique de rentrée.
Boris Fishman est américain mais il est né en Biélorussie en 1979 et il est à présent journaliste. Le roman était prometteur : la vie plutôt compliquée d'un Américain d'origine russe, juif de surcroit et l'idée fumante (et immorale) qui lui vient à l'esprit pour que son grand-père touche une indemnisation était alléchante. L'idée de Fishman est audacieuse (elle n'est pas révélée par la quatrième de couverture mais il l'a révélé lors du débat à Festival America donc je la connaissais avant même d'avoir lu le livre) Seulement voilà...

On comprend bien, dès les premières pages que la famille de Slava est du genre pénible et accaparante  (même morte la grand-mère en impose encore et le grand-père, malgré ses quatre-vingts ans, ne perd pas le Nord). On nous raconte comment les petites magouilles entre immigrés, juifs,  sur le sol américain leur ont permis de se simplifier la vie. Le tableau est d'un humour corrosif et sans concessions. Puis la vie d'assistant de rédaction de Slava prend le relais et son idylle avec sa collègue, Arianna elle aussi juive et américaine, précédée par des considérations sur les fringues de deux Américains qui fréquentent un bouge appelé Le Kaboul, les fringues des collègues de Slava au Century, des considérations sur les articles qu'il a écrits...

... Le livre m'est tombé des mains au bout d'environ 150 pages. Trop de digressions, trop de détails encombre la narration : on en perd le fil. Peut-être est-ce parce que je voulais à tout prix être dans le vif sur sujet (que je connaissais). Mais sans le connaître, on se demande où l'écrivain veut en venir. Le coeur de l'intrigue tarde trop à venir. J'ai eu du mal aussi, avec son style assez alambiqué. Pas que les longues phrases me rebutent a priori, mais là, parfois, on ne sait plus trop de quoi il cause. A moins que j'ai manqué d'attention, ce qui est aussi possible !

Bref, je suis d'autant plus déçue que j'ai apprécié les interventions de l'auteur lors du débat à Festival America où il avait un discours tout à fait intéressant, doublé d'un humour que l'on retrouve dans ce livre : malgré tout, j'ai réussi à sourire par moments lors de la lecture. Même si ce roman est finalement une déception.

Je remercie Babelio et les Editions Buchet Chastel pour l'envoi du livre.

 

 

1 janvier 2014

Le cinquième enfant

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4e de couverture : "Pour Harriett et David, un couple modèle qui a fondé une famille heureuse, l'arrivée du cinquième enfant inaugure le temps des épreuves. Fruit d'une grossesse difficile, anormalement grand, vorace et agressif, Ben suscite bientôt le rejet des autres enfants, tandis que les parents plongent dans la spirale de l'impuissance et de la culpabilité.
La romancière du Carnet d'or, prix Nobel de littérature 2007, mêle ici de façon impressionnante réalisme et fantastique, dans une fable cruelle qui met à nu l'envers et le non-dit des relations familiales."

 

Autant vous le dire tout de suite, je commence en force avec ce premier billet consacré au challenge Doris Lessing : ce petit roman tout mince (187 page) est un vrai régal et même un coup de coeur !

Harriett et David ont dès le début envie de fonder une grande famille. Et pour pouvoir loger un grande famille, il faut une grande maison ! Pour cela il leur faut quitter Londres pour une ville assez proche, où ils tombent sous le charme d'"une grande maison victorienne au jardin mal entretenu". "Une maison à deux étages, avec un grenier, pleine de chambres,, de corridors et de paliers"... Voici pour le décor, victorien et gothique à souhait.  Et dans cette maison au jardin mal entretenu, il y a comme une chambre magique à faire des bébés ! Harriett enchaîne les grossesses en un temps record. La famille, les voisins, les amis débarquent dans la grande maison pour Noël et Pâques, pendant des années, à tel point que le couple devient réputé pour les fêtes qu'il organise.

Tout va bien dans le meilleur des mondes, jusqu'au jour où s'annonce la cinquième grossesse.  A partir de ce moment-là, Doris Lessing se délecte à casser l'image de la femme enceinte heureuse et de son accomplissement à travers la maternité. Une ambiance à la Rose-Mary's Baby s'installe (c'est du moins la très forte impression que j'ai eue !). Avant même d'être né, le bébé a décidé d'en faire voir de toutes les couleurs à sa mère, l'empêchant de dormir par son agitation intra-utérine. Une fois né, Ben (puisque c'est ainsi qu'il sera prénommé) est "une créature batailleuse", très costaud, qui a besoin de double ration de biberon prescrites pour un bébé de son âge : il lui en faut pas moins de dix par jour et même davantage... Et quand il tête sa mère, il la laisse meurtrie de bleus ! Ben n'est pas un beau bébé, d'ailleurs il ne ressemble pas un bébé :

"Il avait la tête rentrée dans les épaules, comme s'il avait été accroupi et non couché. Le front offrait une pente uniforme, et les cheveux poussaient curieusement en deux épis sur le devant, formant un genre de triangle qui descendait assez bas sur le front, jaunâtres et hirsutes, tandis que, derrière et sur les côtés, ils étaient applatis. Il avait les mains épaisses et lourdes, avec les paumes noueuses." Il a des "yeux vert-jaune" sans "aucune lueur de reconnaissance". Harriett trouve qu'il ressemble à "un troll ou un lutin" ! Elle finit même par sincèrement croire qu'il n'est pas humain, qu'il vient du monde du Petit Peuple, etc. Cela revient souvent dans ses propos !

Une chose est certaine : cet enfant fait peur. La famille, les amis prennent leurs distances avec le couple. Ben est un être violent. Il lui prend de tuer des animaux en les étranglant. Harriett et David finissent par l'enfermer dans une des chambres de la maison, de peur qu'il ne fasse du mal à ses frères et soeurs, qui d'ailleurs, ne l'aiment pas. Puis David décide de le placer dans une institution pour inadaptés... (je ne raconte pas la suite mais ça ne s'arrête pas là).

Doris Lessing se fait sarcastique sur le sort réservé aux êtres différents, hors normes, sur le regard d'autrui et des proches en particulier. Cependant, elle fait de Ben un personnage effrayant, pas du tout sympathique. On n'a aucune empathie pour lui. Elle maintient donc une certaine ambiguité pour montrer également la difficulté à gérer un enfant différent, sans pour autant s'apitoyer sur le sort des parents. On trouve Harriett stupide quand elle pense sérieusement que son fils n'est pas humain !

Doris Lessing vous hape littéralement, maintient un suspense de tous les diables, jouant avec la frontière du fantastique et l'imagination du lecteur en experte ! On suit l'évolution de Ben jusqu'à l'âge adulte et on n'est pas trop surpris du chemin social qu'il emprunte. Il y a une suite à ce roman : Le monde de Ben. J'espère avoir le temps de le lire dans le cadre du challenge, parce que là, franchement, celui-ci est un coup de maître et j'ai découvert un roman de Doris Lessing très différent de ceux que j'avais lus par le passé.

Ce roman date de 1988 et c'est une vraie belle lecture pour commencer l'année 2014 !

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Je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire au challenge tout au long de l'année 2014 et que pouir ce faire, c'est ICI.

J'en profite pour vous souhaiter à tous une très belle année 2014 , avec, entre autres, de belles lectures. Enjoy !

 

 

 

2 août 2015

La face cachée de Margo

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A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu'ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c'est leur dernière année avant l'université. Leur premier temps fort a été la découverte d'un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu'il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d'une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe "Mar-go-Roth-Spie-gel-man". Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l'air de s'arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu'un d'autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l'aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d'aventure mémorable à travers la ville. D'autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l'été. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu'est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J'avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l'auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère "Margo" a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J'ai trouvé l'héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d'ailleurs, que Margo ne mérite peut-etre pas toute l'énergie qu'il investit pour la retrouver, ni les risques qu'il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s'en rendre compte et, au-delà de l'envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l'identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l'intérieur de soi. Mais aussi de l'image qu'ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu'on tombe amoureux d'une image, d'un personnage qu'on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s'étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les "p'tits lots" qu'ils convoitent - comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans... un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et... le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l'intrigue.

La seule chose qui m'a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d'ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n'existent que sur la carte, comme Agloe, dans l'Etat de New York (sur la carte) : une ville "créée pour se protéger des plagiaires" ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d'une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu'un jour quelqu'un a construit un magasin et qu'Agloe est devenue réalité - qui depuis est redevenue fiction...
Le personnage de Margo est à l'image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l'humour parfois doublé d'un regard caustique sur la société de consommation : "L'avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde."
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

Si vous ne le savez pas - mais à moins d'être un Martien comment ne pas le savoir ? - ce roman a été adapté au cinéma et sort prochainement.

 

21 avril 2015

Morwenna

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Traduit par Luc Carissimo

4e de couverture : "Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir magique des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre."

J'étais à la recherche de littérature galloise (parce que je retourne au Pays de Galles cet été, pour en découvrir le Nord) quand je suis tombée sur ce livre, avec un bandeau annonçant : "Un chef-d'oeuvre : Prix Hugo, Prix Nebula, British Fantasy Award". Let's go, adjugé vendu ! Pourtant j'innove en ce qui concerne le genre, parce que je ne lis jamais de Fantasy et je déteste Game of Thrones ou les choses de ce genre-là.

Morwenna a une famille compliquée dont elle explique peu à peu l'histoire dans le journal intime que nous avons entre les mains et qui couvre la période du 5 septembre 1979 au 20 février 1980. Elle a perdu sa soeur jumelle, Morganna, écrasée par une voiture. Morwenna en réchappera mais avec une jambe boiteuse. Elle ne peut se déplacer qu'avec une canne.  Elle n'a pas été élevée par ses parents mais par Grampar et Granmar. Son père, elle ne l'appelle pas "papa" mais "Daniel". Celui-ci décide de lui faire quitter le Pays de Galles et l'envoie en pension dans une école anglaise. Changement de langue et de décor pour la gamine. Plus de vallées industrielles polluées mais un paysage plat en pleine campagne.
(En 1975, Morwenna et Morganna ont jeté un sort à l'usine de charbon locale,  Phurnacite parce qu'elle avait pollué l'air et tué la nature : une simple fleur jetée dans une mare et le lendemain l'usine fermait avec des licenciements en masse.)
Mais même le changement de décor ne pourra faire oublier à Morwenna la perte de sa soeur jumelle. Elle n'a pas pu faire son deuil et en plus, en Angleterre, elle arrive difficilement à voir les fées. Parce que Morwenna a ce don. Elle essaie pourtant de les trouver, elle les appellent en gallois avant de se dire que peut-être, ici, elles ne parlent qu'anglais ! Elle découvre que sa mère est une sorcière qui lui veut du mal. Alors pour fuir tout ça et se reconstruire, Morwenna se réfugie dans les livres de SF : elle a de la chance parce qu'entre la bibliothèque de l'école, celle de la ville, la librairie et l'argent que lui donne son père, elle sera comblée. Surtout quand on lui propose de participer au club de lecture. Elle y rencontrera des gens bien plus intéressants que ses camarades de pensionnat, un certain jeune homme en particulier, va capter son attention....

Un roman d'apprentissage à la sauce fantasy. Une héroïne très intelligente et attachante. Des "fées", dont Morwenna a une connaissance encyclopédique sans pour autant savoir qui elles sont vraiment. Un univers très réel d'un côté et une plongée fantastique au coin de la page. Je me suis laissée prendre au jeu grâce aux phrases de la gamine qui font mouche.

Pourtant, j'ai eu du mal avec le style de l'auteur, cette écriture très alambiquée parfois qui vous fait perdre le fil. Et surtout, j'ai eu vraiment du mal avec l'énumération des romans de SF qui occupe une grande partie du roman. Ca m'a fait un peu l'effet d'un catalogue (d'autant plus inutile pour moi que je suis une "bille" en SF!). Morwenna est une grande lectrice capable de lire deux livres par jour. On comprend donc qu'elle en parle beaucoup puisque c'est son loisir principal et surtout son échappatoire. Mais bon, lui faire citer et re-citer des tonnes de référence SF est un peu indigeste à la lecture. Voici les principaux défauts que j'ai trouvés au roman.

Le reste est très distrayant, plein de charme et non dénué de réflexion.
L'histoire d'une (re)naissance originale. Mais pour moi peut-être pas le chef-d'oeuvre annoncé. J'ai dû passer à côté de quelque chose.

Quelques extraits :

"Il désire vous voir, ai-je dit aux fées en gallois."

"Ils [les elfes] parlent, enfin ceux que je connais parlent, mais ils tiennent des propos bizarres, et uniquement en gallois. Généralement. J'en ai rencontré un à Noël qui parlait anglais."

"L'auteur n'est pas responsable de ce que l'éditeur met sur la couverture."

"Un beau garçon comme ça, en chemise rouge à carreaux, qui lisait, réfléchissait et parlait de livres, c'était plus rare qu'une licorne."

"Les fées ont tendance à être soit très belles soit absolument hideuses."

"Les bibliothèques sont vraiment géniales. Mieux même que les librairies."

"Cette école rendrait n'importe qui communiste.
J'ai lu Le Manifeste du parti communiste aujourd'hui, il est très court. Vivre dans cette société serait comme vivre sur Anarres. Je suis partante tout de suite."

"Selon Miss Carroll, T. S. Eliot travaillait dans une banque quand il a écrit La terre gaste, parce qu'être poète ne paie pas."

"Porter un uniforme sept jours sur sept, c'est comme être en prison."


 

 

 

 

 

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