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4e de couverture : "Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit"

C'est par le plus grand des hasards que ce roman m'est tombé entre les mains et le hasard a bien fait les choses ! Moi qui suis plutot sceptique à l'égard d'une certaine littérature française contemporaine parce que j'ai souvent été déçue par ceux que pourtant la critique encense (cf. Foenkinos, Houellebecq, entre autres), moi qui suis difficilement attirée quand je vois un livre ou un auteur partout, partout et trop partout que ça devient du gavage médiatique, eh bien là, je dois dire que ce roman m'a scotchée !

Tout mince, il contient pourtant des sujets aussi lourds et graves que le harcèlement au travail et la solitude dans une ville tentaculaire. Le lecteur plonge dans l'enfer de Mathilde, cadre dans une grosse entreprise, Pourtant brillante et dynamique, cette femme de quarante ans, veuve depuis dix ans, a survécu à la perte de son mari. Mais un connard de chef prétentieux qui ne supporte pas que l'élève dépasse le maître va s'acharner à lui pourrir la vie, tenter la destruction par la perfidie. Seulement Mathilde est une battante (du moins le croyait-elle). Jusqu'au bout, elle ne lâchera pas le morceau. Mais jusqu'au bout, elle n'osera pas non plus rompre son isolement, malgré les conseils d'une collègue bien avisée. Cet homme veut tout simplement la tuer : l'empêcher de rester mais l'empêcher aussi de trouver un autre poste ailleurs. Autant dire que c'est un malade, un cadre qui ne devrait pas exercer les fonctions qu'il exerce mais que l'entreprise tolère sans problème. Le paradoxe est d'autant plus accablant que c'est lui qui a embauché Mathilde et que c'est cette entreprise-là qui lui a permis de rebondir et de retrouver une vie sociale après la perte de son époux. Alors Mathilde cherche à comprendre... "Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."

Delphine de Vigan décrit ici une société malade du travail. L'enteprise de Mathilde est un cancer qui ronge jusqu'au bout l'être humain, le broie, le tue. "Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."

Le fil de la narration suit parallèlement la vie tout aussi pavée de solitude et d'ennuis de Thibault, médecin de ville. Il vient de plaquer sa petite amie parce qu'elle ne l'aimait pas. Il croise des tas de gens tous les jours pendant ses visites, mais pourtant il est seul dans cette ville tentaculaire et prédatrice (eh oui, ainsi est décrite Paris !). Il ne parvient pas à rencontrer les être humains qui l'habitent ou la fréquentent. La fin du livre est à cet égard ironique et féroce !

Delphine de Vigan décrit sans pathos l'enfer de ces deux héros qui sont des gens les plus banals qui soient. Des gens sclérosés par une société devenue malade.

Un magnifique roman qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de l'auteur et notamment Rien ne s'oppose à la nuit, ce qui n'était pas du tout gagné d'avance.