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8 septembre 2012

Marina

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4e de couverture : "Interne au pensionnat, Oscar aime faire le mur, errer dans les rues désertes, les pinèdes, les villas d'un quartier laissé à l'abandon. Il suffira d'un chat et d'une montre en or pour qu'il bascule au pays des merveilles. Un royaume hanté par des amours mortes, un savant fou et les fantômes de Gaudi. Une Barcelone de rêve et de cauchemar, de théâtre et de cimetière, souterraine et baroque, d'où seul s'évadera le souvenir de son guide : l'inoubliable Marina."

Je n'avais pas donné rendez-vous avec Carlos Ruiz Zafon depuis 2009, année où j'ai découvert l'envoûtant Ombre du vent. J'ai repris contact en cette rentrée bien chargée, histoire de m'évader vers le sud pour prolonger les vacances... On peut dire qu'il m'a bien embarquée, jusqu'à m'empêcher de fermer l'oeil avant d'avoir terminé ce satané roman !

Parce que oui Marina est un satané roman : la 4e de couverture parle de baroque, certes. Mais elle oublie l'essentiel, le gothique !! Vous voulez des ruines, des cimetières, des souterraines, des morts-vivants, et des créatures sataniques ? Eh bien vous ne serez pas déçu ! Si dans L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon frôle la frontière du fantastique sans la franchir, là, il le fait allègrement. On adhère ou pas. J'ai complètement adhéré et retrouvé mon âme d'enfant (oui, parfois je peux avoir 10 ans).

Mais au-delà de cela, j'ai trouvé que ce petit roman était un bel hommage et un clin d'oeil à Mary Shelley, l'auteur du fameux Frankeinstein. Un romantisme actualisé à la sauce catalane (nous sommes en 1979 à Barcelone). Car oui, il y a des sortes de descendants de la célèbre créature dans ce livre et un docteur Shelley...

Ames sensibles, abstenez-vous : si vous avez peur dans le noir, ce livre n'est pas pour vous, d'autant que la fin est un peu difficile à supporter.
Bref, du grand Ruiz Zafon !


 

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14 août 2012

Un jour

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4e de couverture : "15 juillet 1988. Emma et Dexter se rencontrent pour la première fois. Tout les oppose, pourtant ce jour marque le début d'une relation hors du commun. Pendant vingt ans, chaque année, ils vont se croiser, se séparer et s'attendre, dans les remous étourdissants de leur existence. Un conte des temps modernes où la splendeur d'aimer a fait chavrier le monde entier"


J'avais quelques réticences avec ce roman à la couverture et à la 4e de couverture un peu trop "too much". Je n'ai pas vu le film d'ailleurs. Mais j'ai lu sur quelques blogs que c'était plus qu'une gentille bluette et qu'il y avait une étude de la société anglaise etc. Je me suis laissée convaincre par ce dernier argument. Je m'attendais un peu à un truc à la Jonathan Coe.

J'ai été un peu déçue parce que ce n'est pas vraiment le cas. Les deux personnages sont certes opposés par leur milieu social. Dexter est dans le rôle du beau gosse fils à papa, riche, qui parvient au sommet sans trop se fatiguer. Mais, comme il se doit dans son rôle de bourgeois de belle famille, il se drogue et il picole un max. Emma est d'un milieu modeste et trime pour s'en sortir. Elle gravit peu à peu les échelons de la société avec succès, pendant que son copain prend le chemin inverse. Voilà pour l'étude sociale du roman. Ca ne sort pas trop des clichés habituels.

Reste que ce roman est très bien écrit, se lit très facilement. Emma est un personnage émouvant, Dexter est à claquer.
Reste que la fin est surprenante et qu'on se dit : "Enfin quelque chose qui sort de l'ordinaire !"
Reste qu'on passe quand même un bon moment avec ces deux-là parce qu'il y a pas mal d'humour dans le livre !

Donc, voilà : une bonne lecture de vacances même si mon avis sur la qualité de ce roman reste un peu mitigé et indécis...

 

 

 

 

1 septembre 2012

Un homme sur la plage

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4e de couverture : "Une femme, dans une maison isolée, à la sortie d'un village, au bord de la mer, en Irlande.
Il y a comme une magie du roman irlandais, qui place les êtres au cœur de tensions extrêmes.
Dans ce pays, chaque élément réclame sa part aux vivants : les exigences de la politique, du paysage, de l'amour, de tout ce qui, au terme du récit, prendra le nom de destin.
Chacun des personnages de ce livre paraît précieux, fragile.
Son héroïne, Helen, femme mélancolique, son fils, Jack, proche des milieux politiques extrémistes, ce jeune Damian, faune étrange qui ne semble que passer.
L'Anglais enfin, original défiguré par la vie et qui retape les gares désaffectées.
Avec Un homme sur la plage, Jennifer Johnston nous offre une violente romance."

Helen Cuffe est une femme blessée par la vie : son mari, Dan, a été assassiné des années plus tôt, en 1975, à Derry. Enseignant en mathématiques, il était parti rendre visite à l'un de ses élèves, dont le père était inspecteur à la Royal Ulster Constabulary (RUC), les forces de police d'Irlande du Nord. On lui a tiré dessus par erreur sur la personne, c'était l'inspecteur qui était visé. Depuis, Helen s'est retirée dans un village perdu du Donegal où elle peint. Son fils, Jack, qui était enfant quand son père a été assassiné, lui rend visite de temps à autre. C'est un garçon ombrageux et secret (et pour cause, il appartient aux "Provo", branche de l'IRA extrêmiste) et ses fréquentations ne sont donc pas des meilleures.
Dans ce même village s'est installé un Anglais, Roger, que la vie n'a pas épargné non plus : blessé pendant la Seconde Guerre mondiale, estropié (borgne et manchot, rien que ça...). Sa seule passion est maintenant de redonner vie à la gare du village et à remettre en marche son aiguillage. Tous les habitants le prennent pour un original, voire un cinglé... Damien, un jeune Irlandais l'aide à retaper la gare et ils s'entendent à merveille.

On le devine, Helen et Roger sont faits pour se rencontrer. C'est évidemment ce qui va se passer. Les deux estropiés vont reprendre goût à la vie, dans les magnifiques paysages du Donegal, qui devient leur Paradis. Seulement d'autres à l'esprit étriqué, en ont décidé autrement...

Je viens juste de refermer ce roman et ouch,  quelle fin !
Pourtant, depuis le début on se doute qu'il va y avoir un drame... Ca monte en pression doucement, mais sûrement. Mais Jennifer Johnston, qui semble écrire un roman convenu renverse la tendance à la toute fin du livre. Elle y dénonce avec force la violence gratuite et le gâchis humain. Une folie irlandaise qui n'a plus lieu d'être. Le roman a été écrit en 1991.
J'apprécie le charme désuet qu'elle distille dans ce roman, qui contraste avec la violence du drame et rend l'histoire encore plus poignante. Une belle lecture.
J'ai découvert l'écriture de Jennifer Johnston il y a des années avec Petite musique des adieux qui m'avait déjà beaucoup plu. Une grande dame de la littérature irlandaise, c'est certain.

 

3 mars 2012

vingt-quatre heures de la vie d'une femme

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4e de couverture: "Scandale dans une pension de famille "comme il faut" sur la Côte d'Azur au début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...
Seul le narrateur tente de comprendre cette "créature sans moralité", avec l'aide inattendue d'une vieille femme anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.
Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites."

Parler d'un monument comme Zweig n'est pas chose aisée ! Le billet sera donc succinct !

Un roman très court (moins de 123 pages dans cette édition), mais dense et intense tant par la construction que par l'histoire. D'abord ce récit est double : le narrateur, qui essaie de comprendre la femme de quarante-et-un ans qui s'est enfuie avec un homme qu'elle ne connaissait pas, donnant lieu à un vrai théâtre grandguignolesque dans la pension, s'efface rapidement pour laisser la parole à Mrs C..., la vieille anglaise. Celle-ci lui raconte avec moults détails son drame.
Dans sa jeunesse, fascinée par un jeune homme pris par le vice du jeu, elle a tenté de lui venir en aide, craignant pour sa vie. Cependant, les choses ne tournèrent pas comme elle l'aurait souhaité.
Stefan Zweig dépeint ici des êtres hors d'eux-mêmes, c'est-à-dire, pris de passion et allant jusqu'au bout de celle-ci. Ce n'est pas la raison qui les anime, mais la passion qui les fait vivre. Leur corps se meut de lui-même, indépendamment de ce que  commanderait leur cerveau. J'ai été impressionnée, comme Mrc C... par la vie que prennent les doigts du jeune-homme, "ces mains extraordinaires, vraiment uniques -, mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici je compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pur qu'elle ne fît pas exploser son être tout entier." Toutes les émotions se lisent également sur la visage de ce joueur, qui devient une veritable scène de drame pour Mrs C..., spectatrice fascinée et sidérée.

La fin de l'histoire n'en est pas moins dramatique... Mais comme le dit la vieille anglaise avec philosophie :"Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé."

 

 

1 mars 2012

Le chat et les pigeons

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4e de couverture : "Le plus anglais des milieux anglais : Meadowbank, collège très snob qui accueille les jeunes filles du gratin londonien de la gentry du Commonweath et de la crème des Emirats. Dans cet univers si distingué, quelques menus détails détonnent pourtant... Il n'y a que Poirot qui puisse percer tant de mystères."

Cela faisait un sacré bail que je n'avais pas lu une aventure d'Hercule Poirot dont je gardais des souvenirs délicieux. Mais ici, il se fait sacrément attendre.... au point que j'ai cru pendant un moment qu'il y avait une erreur sur la quatrième de couverture. En effet, l'enquête est menée par l'inspecteur Kelsey jusqu'à la page 180 où, ensuite Poirot apparaît enfin (alors que livre, dans cette édition, comporte 255 pages. Il faut dire que l'enquête est coton : meurtres d'enseignantes, enlèvement d'élève, raquettes de sport échangées. Les pistes se multiplient et l'inspecteur ne s'en sort pas. Mais ce n'est pas lui qui fera appel directement à Poirot, c'est l'une des élèves qui se rappelera de ses compétences notoires en matière de résolution d'enquête.

Ce roman a été écrit en 1959 et je dois dire que.... j'ai été un peu déçue. Autant j'ai trouvé l'une des solutions de l'intrigue tout à fait plausible, autant j'ai trouvé la deuxième tout à fait tiré par les cheveux (parce qu'en fait il y a deux résolutions distinctes). Sans parler d'un coupable qui meurt subitement après avoir expié son crime (je me suis même demandé si elle ne se moquait pas du lecteur, si c'était volontairement caricatural - avec Agatha tout est possible !).

Cela dit, on retrouve tout l'humour caustique de notre Agatha, avec un certain acharnement sur les enseignantes françaises, semble-t-il dans cette histoire : "Toutes ces Françaises sont incapables d'enseigner. Elles n'ont aucun sens de la discipline.". On apprend cependant une chose concernant l'âge réel d'une personne : "Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel." Mais elle ne dit pas en quoi...
Bien qu'écrit à l'aube des années 60, c'est un univers tout victorien que l'on retrouve ici, dans cet univers feutré d'un collège anglais snob à souhait.

Pas inoubliable, même si l'on passe quand même un bon moment, telle est ma conclusion.

Challenge Agatha Christie organisé par George

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11 juin 2012

Cet été-là

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4e de couverture : "Nous sommes à Rathmoye, petite ville d'Irlande, dans les années 1950. Lors des obsèques de la vieille et riche Mrs Connulty, Ellie, seconde épouse du fermier Dillahan, aperçoit aux abords de l'église un drôle de personnage qui photographie l'événement. Les endeuillés, le cortège, le cimetière... Florian Kilderry attire les regards, suscite la curiosité des indiscrets, mais lui n'a d'yeux que pour Ellie. L'amour s'empare d'eux. Ellie crois qu'elle va rompre avec la monotonie de sa vie, avec la tendresse sans relief et pourtant sincère de son époux. Mais Florian, jeune homme depuis peu orphelin, ne songe qu'à quitter l'Irlande. Il n'est que de passage...
Cet été-là est sans doute l'un des plus beaux romans de William Trevor, avec En lisant Tourgueniev."

William Trevor prend le temps de poser le décor de son roman : pendant une centaine de pages, il ne se passe rien, mis à part l'irruption de Florian Kilderry dans la vie monotone des habitants d'un petit village irlandais. Florian n'a rien fait de mal, juste pris des photos lors des obsèques d'une dame bien riche, Mrs Connulty, qui laisse deux orphelins, de grands enfants qui continueront à tenir la pension sans elle. Grâce à Miss Connulty, on sent rapidement que les cancans vont bon train dans ce trou perdu où les villageois ont une vie morne, avec des habitudes bien ancrées. Dès le début je n'ai pas aimé cette Miss Connulty : c'est bien la commère de l'histoire, celle qui brode alors qu'elle n'a pas vu grand chose, si ce n'est Florian marcher à côté d'Ellie Dillahan, une orpheline épousée par un fermier veuf dont elle était la domestique. Pendant tout le roman, on frissone pour cette pauvre Ellie à cause de cette bonne femme...
Parce qu'effectivement, Ellie aura une aventure, celle d'un été, avec Florian, elle qui a épousé un fermier non pas par amour, mais parce que c'était une opportunité : qui voudrait d'une orpheline ? Cet homme est doux et attentionné, donc Ellie n'est pas malheureuse. Elle a juste la vie très monotone d'une fermière. Florian va bouleverser tout cela .

Au début, on se méfie aussi de Florian, puisqu'on sait par avance, contrairement à Ellie, qu'il va quitter définitivement l'Irlande. Né d'une mère catholique italienne et d'un père irlandais protestant, on se demande si, finalement Miss Connulty a raison, si c'est un "oiseau de mauvais augure". Mais "comment peut-on traiter quelqu'un d'oiseau de mauvais augure, quand on ne le connaît pas ou qu'on ne sait rien de lui ?".

William Trevor, après avoir soigneusement planté le décor et brossé un portrait non dégrossi de ses personnages, amène le lecteur à voir au-delà des apparences et laisse le trio amoureux dévoiler ses blessures. Chacun d'entre eux est hanté par les fantômes de leur passé respectif.

Les personnages sont attachants. Ellie et Florian sont réellement amoureux mais la rupture, cette épée de Damoclès qui pèse sur tout le roman (avec comme pendant le risque du scandale), ne finira pas tout à fait comme on aurait pu s'y attendre au début du roman, même si elle a bien lieu : pas de tragédie déchirante, pas de pathos mais plutôt un sentiment de tranquillité retrouvée.

J'apprécie le style très lent et tranquille de William Trevor, son souci du détail et, surtout, toute la poésie de sa plume.

J'avais fait connaissance avec lui grâce  au Voyage de Felicia. Je confirme la réputation qui le suit depuis 1958 : c'est un très grand écrivain irlandais !
Originaire des environs de Cork, il est protestant et vit à Londres depuis 1954. L'Italie semble le fasciner car elle hante nombre de ses romans, dont celui-ci, qui pourtant qui sent bon la campagne irlandaise.

Je remercie Babelio et les Editions Phébus de m'avoir permis de découvrir ce roman.

 

 

 

 

 

 

 

 

7 juin 2012

L'homme des îles

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C'est en fouinant sur le net que j'ai découvert l'existence de ce livre, celui écrit par un habitant du Grand Blasket, Tomas O'Crohan. Il s'agit d'une biographie, mais bien plus que cela. Les îles Blasket ont été évacuées le 17 novembre 1953 parce qu'on y a jugé la vie des îliens comme étant devenue trop difficile. Cela fait donc plus d'un demi-siècle qu'elles sont inhabitées, si ce n'est pas des moutons redevenus sauvages, que des hommes vont tondre une fois par an. Elles sont redevenues le royaume de la faune et de la flore.

Pour situer, ces îles sont dans le prolongement de la péninsule de Dingle dans le Kerry (sud-ouest de l'Irlande)

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Ce livre est donc la mémoire du Grand Blasket (le plus grands des petits cailloux rudoyés par les vents et les pluies). Tomas O'Crohan n'a pas écrit ce livre de lui-même, mais à la demande de Brian O'Kelly, un homme de Killarney, sensible à la mémoire de ces îles où l'on parle irlandais et non pas anglais. Tomas O' Crohan, né en 1856  a terminé ses écrits en 1926, et le livre est paru en 1929. Notre homme pose fièrement avec son ouvrage entre les mains sur la couverture !

Cet ouvrage a l'autre particularité d'être traduit directement du gaélique en français et non du gaélique en anglais puis en français. Les traducteurs (Jean Buhler et Una Murphy) l'ont souhaité pour coller au plus près de la version originale sans passer par une langue intermédiaire, bien qu'une édition anglaise existe depuis 1937. L'idée d'une version francophone date de 1949.

Au regard de ses cailloux posés sur l'Atlantique, on pourrait s'attendre à un récit relatant la difficile vie de ses habitants. Eh bien ce n'est pas le cas ! Il y a beaucoup de gaité et d'humour dans le récit de Tomas O'Crohan : jamais une plainte, jamais une lamentation, rien de tout cela. Au contraire, il y a de la joie de vivre dans ce livre, alors qu'on avalait à cette époque "des pommes de terre, du poisson une tombée de lait quand il y en avait", c'est tout. Pourtant ces îliens qui étaient à la fois des marins et des paysans ne ménagaient pas leurs forces. La pêche était leur quotidien l'été. Le lecteur savoure les pêches aux homards, à la langouste mais aussi évidemment au poisson. Toutes ces besioles marines vivent à profusion dans les eaux des Blaskets, ce qui finira par susciter la convoitise des "étrangers". Quand ce n'est pas la pêche qui les monopolise, ce sont l'apparition de quelques phoques qui permettra de remplir le garde-manger. Quand ce n'est pas les phoques ou le poisson, ce sera les lapins bien gras qui pullulent dans le collines, sans oublier les oeufs de poules que l'on peut ramasser... sur les toits de chaume des maisons (eh oui, c'est que les poules du Grand Blasket sont assez dégourdies pour voler sur un toit de maison !). Parfois, les navires échoués sont des aubaines pour les îliens qui récupèrent leur chargement !

Parfois, une institutrice fait son apparition, mais jamais bien longtemps car elle trouve le moyen d'être demandée en mariage par quelqu'un de la "grande île" (comprendre "l'Irlande" ). Mais l'institution de l'éducation "nationale" trouve tout de même le moyen d'envoyer des inspecteurs, sous le regard étonné des gamins, surtout quand il s'agit d'un inspecteur à "quatre yeux" (avec des lunettes) !

Malgré cela, l'île n'échappe pas aux famines ni aux épidémies, ni aux accidents mortels. Tomas O'Crohan raconte comment il a eu 10 enfants qui lui ont tous été repris ou presque par la vie, tout comme sa femme. Passage très touchant où l'écrivain pourtant ne sombre pas dans le pathos.
Il explique également que tous les îliens, malgré la promiscuité du Grand Blasket (5 km de long et 1 mile de large - et c'est la plus grande des îles!) s'entendaient bien. Ils se serrent les coudes pour chasser les autorités qui tentent de saisier leurs biens parce qu'ils ne paient pas le fermage en vigueur à l'époque : les pierres sont presque les meilleurs armes pour empêcher les intrus d'accoster, c'est bien connu !

"Je n'ai pas dit toutes les souffrances qui s'abattaient parfois sur nous", avoue Tomas O' Crohan à la fin de son livre. Mais peu importe. Il a réussi son pari : rendre son écrit inoubliable et son île immortelle !
Autant vous le dire tout de suite : j'ai fini le livre les larmes aux yeux.
Je ne peux pas m'empêcher d'extrapoler sur ce qu'il aurait pensé aujourd'hui : il est mort en 1937 et il n'a donc pas connu l'évacuation des îles en 1957.

Il existe 3 autres écrivains ayant écrit la vie des Blaskets : Peig Sayers (son livre existe en français), Micheal O'Gaoithin et Maurice O'Sullivan. Leurs récits vaut sans doute également le détour pour toute personne s'intéressant aux îles d'Irlande ! Je suis curieuse de lire les écrits de Peig, qui est une femme...

En tout cas, je ne peux que vous recommander l'expérience de la lecture de L'homme des îles. Malgré quelques redites et petites longueurs parfois, c'est un magnifique témoignage !

 

 

4 août 2011

La colline des chagrins

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4e de couverture : "Alors que Flip Balfour, la fille d'un banquier d'Édimbourg, vient de disparaître, un minuscule cercueil en bois est retrouvé sur la propriété familiale. Pendant que Rebus s'intéresse à des cercueils identiques exposés au Museum of Scotland, la constable Siobhan Clarke planche sur les énigmes proposées par un mystérieux Quizmaster, contact de Flip sur Internet. La police s'interroge : quel est le lien entre Quizmaster et d'autres meurtres commis dans la région entre 1972 et 1995 ? Aux prises avec ses démons personnels, Rebus joue contre sa hiérarchie avec une obstination quasi suicidaire. La ville d'Édimbourg, sa beauté ténébreuse, son histoire - en particulier celle de la chirurgie - et son passé sanglant lui disputent le premier rôle."

Voici le deuxième polar de Rankin que j'ai, comme le premier, dévoré malgré ses 630 pages. Encore une fois, l'intrigue n'est qu'un prétexte pour plonger le lecteur dans l'histoire d'Edimbourg et ses environs. Ce fut pour moi un immense plaisir, surtout lorsqu'au même moment, j'étais dans la ville. J'ai même appris qu'il existait un circuit spécial "Inspecteur Rebus" sur place car la plupart des lieux que Rankin décrit dans ses romans existent (cela dit, on s'en serait un peu douté !!). Pas difficile pour qui a arpenté les trottoirs de la petite capitale écossaise en bon touriste, de s'y retrouver :
"Rebus sourit et regarda les deux côtés de la rue. C'était le coeur historique d'Edimbourg. Un hôtel près des feux tricolores, une boutique de lainages de l'autre côté de la chaussée. Un fabricant de kilts à moins de cinquante mètres. Cadeaux, sablés, carafes à whisky. La maison de John Knox, tassée contre ses voisines, presque invisible dans une ombre maussade. Il y avait eu une époque où Edimbourg se résumait à Old Town : colonne vertébrale étroite reliant le château à Holyrood, venelles pentues d'un côté et de l'autre, semblables à des côtes difformes. Puis, comme la ville devenait de plus en plus surpeuplée et insalubre, on avait construit New Town, dont l'élégance géorgienne était destinée à snober Old Town et ceux qui n'avaient pas les moyens de déménager. Philippa Balfour avait choisi la nouvelle ville tandis que David Constello s'était installée au coeur de la vieille et Rebus trouvait cela très intéressant." Quand on sait que Charlotte Square est le quartier ultra-chic d'Edimbourg qui abrite notamment des banques, on comprend pourquoi la jeune Philippa habitait ici... David, quant à lui, est d'un milieu beaucoup plus modeste, et d'origine irlandaise.

Cependant, un peu trop lisse pour être tout à fait honnête, Philippa se livrait à de drôles de jeux sur Internet. Siobhan, collaboratrice de Rebus, se lance sur la piste d'un mystérieux Quizmaster, soupçonné du meurtre. Elle finit par atterrir sur la mythique colline d'Arthur's Seat, sur les hauteurs d'Edimbourg. Une mystérieuse poupée est retrouvée dans la petite ville de Falls, ainsi que des cercueils... Or sous le sommet d'Arthur's Seat, on a retrouvé "en 1836 (...) dix-sept petits cercueils en bois, contenant chacun une figurine sculptée (...). Leur origine n'a jamais été expliquée de façon certaine ; ils ont été associés à la sorcellerie ou aux victimes de William Burke et William Hare" (source Wikipedia).

Avis aux amateurs ! J'adore la manière dont Ian Rankin mêle réalités historiques, mythes et fiction, lie présent et passé. On apprend toujours quelque chose en lisant ses romans. Ce n'est donc que du bonheur !

Je sais déjà que je vous parlerai à nouveau de Rankin puisque deux autres de ses polars attendent dans ma PAL : Causes mortelles et Rebus et le loup-garou de Londres (ahou, les titres en français parfois!!)

 




 

 

16 avril 2012

Entre ciel et terre

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4e de couverture : "Parfois, à cause de mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à la morue islandais, il y a un siècle. Trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, il oublie sa vareuse en partant en mer. De retour sur la terre ferme, son meilleur ami entame un périlleux voyage pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, le livre funeste. Pour savoir aussi s'il veut continuer à vivre."

Un roman magistralement écrit comme on en voit peu. Une poésie à couper le souffle, une originalité stylistique incontestable (on passe du style direct libre au style indirect, de l'interpellation à la narration, de l'humour à la gravité sans que cela ne gêne en rien la lecture). Un régal !

Une histoire toute simple et ô combien romantique : un pêcheur expérimenté, Bardur, le seul et unique ami du gamin (qui n'a d'autre nom que celui-ci) meurt en mer lors d'une sortie un jour de tempête de neige, sur la terrible Mer Glaciale, parce qu'il a oublié de prendre sa vareuse... Cet homme était absorbé par la lecture du Paradis perdu de Milton, dans une édition de 1928, dont une traduction est arrivée jusqu'en Islande.Son propriétaire n'est pas Bardur, mais un vieux capitaine : "Milton était aveugle, tout comme le capitaine, c'était un poète anglais qui a perdu la vue à l'âge adulte. Il composait plongé dans les ténèbres et c'était sa fille qui transcrivait ses poèmes. (...) Des vers composés au creux des ténèbres qui jamais ne désertaient ces yeux, tracés par la main d'une femme, traduits en islandais par un pasteur doté d'une bonne vue, mais qui vivait  parfois dans un tel dénuement qu'il n'avait pas de papier pour écrire et qu'il devait se contenter du ciel au-dessus de la vallée de la Hörga en guise de feuille".

Ne se remettant pas de cette terrible perte, le gamin n'aura qu'une obsession : rendre le livre à son propriétaire et se tuer... Enfin, du moins c'est ce qu'il croit. Mais la vie n'est pas aussi triste... Il croise furtivement une jeune femme qui l'impressionne : "elle n'est qu'un iceberg, pense-t-il, un iceberg couvert d'ours polaires qui vont me dévorer". Mais elle est aussi et surtout "la pluie qui arrose le désert, le soleil radieux qui illumine les coeurs et elle est la nuit qui console"...

D'une histoire toute simple, Jon Kalman Stefansson en fait un enchantement et aborde avec brio le questionnement sur la vie et la mort, la quête d'un sens à l'existence.

Un roman qui hante le lecteur une fois terminé...

Ca va sans dire que je vais lire la suite des aventures du gamin, dans La tristesse des anges. Il a déjà écrit six livres. Entre ciel et terre est le premier traduit en français. 

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10 mars 2012

Karitas, l'esquisse d'un rêve

 

51OBrwOzeUL__SL500_AA300_4e de couverture : "Karitas rêve d'être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fon d'un fjord d'Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n'a qu'un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l'art abstrait."

ENVOUTANT ! Et c'est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vrairement, non pas dans le monde de l'art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d'Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu'ils aillent à l'école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l'argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C'est là qu'elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant "une magie diabolique". Il l'emmène dans son village reculé des fijords de l'Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d'artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n'est pas une "fantasy". Mais tout simplement en Islande, il n'est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfe, et pas toujours bien intentionés. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l'ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. "Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu'ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord."
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots... Un hiver particulièrement difficile "on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs"...

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n'avaient pas le droit de dessiner le corps d'un homme nu d'après un modèle masculin en chair et en os (alors que c'était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d'après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d'une femme sur cent ans. Autant dire, qu'avec les moments magiques de cette lecture qui m'a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l'on ne s'ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu'elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un de mes coups de coeur 2012 !

31 octobre 2011

Retour à Killybegs

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4e de couverture : "Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence.

Killybegs, le 24 décembre 2006
Tyrone Meehan"

Chose - presque - promise, du moins annoncée, voici mon billet sur Retour à Killybegs. Autant dire que je n'en suis pas sortie tout à fait indemne de ce roman. La fin de la fin (c'est-à-dire l'épilogue) m'a fait l'effet d'un coup de poing, parce que même si on pouvait se douter (un tout petit peu) de l'identité des assassins, le voir écrit et révélé, ça m'a effrayée.  

Ce roman est l'histoire d'une désespérance, d'un secret, d'une solitude. Si Mon traitre adoptait le point de vue du Français trahi par son ami irlandais, ici Sorj Chalandon s'est glissé dans la peau du traitre irlandais, Tyrone Meehan.

Cet homme est né au début du siècle. Il a vu son père, un homme du Donegal,  perdre ce qui était sa guerre, celle contre les Britanniques : en 1921, l'Irlande est partagée en deux, suite à un compromis signé par Michaël Collins, membre de l'IRA. L'Irlande sombre alors dans la guerre civile, entre partisans de la partition de l'Irlande et ceux qui la refusent. L'Irlande unie, c'est fini, au grand désespoir de Patraig Mehan dont le cri de guerre restera "Eirinn go Brach !" ("Irlande pour toujours!").
A sa mort, chassée par la misère, la famille passe la frontière et va s'installer à Belfast, en Irlande du Nord chez un oncle. L'Irlande du Nord, territoire britannique est en guerre contre l'Allemagne nazie. L'Irlande "libre" est neutre. En Irlande du Nord, parce que l'Irlande n'est pas en guerre contre l'Allemagne, on caillasse alors les Irlandais, on peint sur leurs portes "dehors, les traitres papistes", et on brûle leurs maisons. "Chassé" de [son] village par la misère, banni de [son] quartier par l''ennemi", Tyrone, 16 ans, en vient rapidement à la conclusion "L'IRA, moi". Son engagement est une évidence. Parce que "c'était un espoir, une promesse. C'était la chair de [son] père, sa vie entière, sa mémoire, sa légende. C'était sa douleur, sa défaite, l'armée vaincue de [son]pays".

Alors, comment Tyrone en viendra-t-il à trahir les siens pendant plus de vingt ans? Telle est la question qu'on se pose pendant toute une partie de ce roman aux émotions fortes.  Pourquoi est-il passé à l'ennemi, à ceux qu'il détestait tant ? C'était un pari risqué de répondre à cette question quand le romancier lui-même fait partie des personnes trahies, même en passant par un personnage de fiction.
C'est pourtant un pari réussi et un tour de force. Sorj Chalandon donne à voir le cheminement de cet homme, sans le juger. Tyrone est un désespéré, celui qui porte en lui un lourd secret qu'aucun des deux camps ne connaît. Du moins le croit-il. C'est un homme seul. Un homme pris dans la spirale infernale de cette guerre civile qui ne disait pas son nom (on parlait et on parle toujours en Irlande et en Grande-Bretagne, très pudiquement des "troubles"!!). C'est aussi un homme qui doute de lui-même et de ses actes, celui qui se juge en permanence, un homme qui souffre et qui culpabilise : "Avant même d'être un traitre, je devenais encombrant." 

La narration se fait sur un aller-retour entre le présent du narrateur, celui de Tyrone retourné à Killybegs en décembre 2006, après s'être dénoncé à l'IRA et son passé. Le lecteur est aspiré dans le tourbillon de l'histoire irlandaise et en particulier le bourbier nord-irlandais. Il passera quelques mois en prison avec le narrateur. Parce que ce livre est aussi une page de l'histoire de l'Irlande tout à fait instructive pour le lecteur francophone qui l'ignorerait. Non, les grèves de l'hygiène ce n'est pas de la fiction !!! Oui, Thatcher a laissé mourir les grèvistes de la faim (voir d'ailleurs l'excellent film Hungry).

On ne saura jamais la vérité sur la raison de cette traitrise. La fiction émet une hypothèse sans en faire pour autant une obsession. Parce qu'en fin de compte, l'essentiel n'est pas tout à fait là. La narration est celle d'une souffrance.

Un livre que l'on peut lire sans avoir lu Mon traitre, même si avoir lu les deux, c'est mieux ! J'avais été émue par le premier roman autobiographique, j'ai été bouleversée par Retour à Killybegs. Un excellent livre où l'écrivain a banni colère et rancune vis-à-vis de son traître. Il lui laisse la parole. Une plume qui va à l'essentiel, à la fois acérée et pudique mais douloureuse.

 Difficile d'écrire un billet sur un tel roman !

 

6 février 2012

Le carnet noir

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4e de couverture : "John Rebus était en train de lire la Bible dans son salon de massage préféré, lorsque tout a commencé : un type qui croit malin de venir se vider de son sang à la boucherie Sanzau ; un collègue qui se fait défoncer le crâne à la sortie d'un restau tenu par deux fanas d'Elvis ; et puis cette vieille affaire d'incendie à déterrer - cadavres compris - où se trouve impliqué Aengus le Noir, le fils terrible du roi de la bière locale. Le rapport entre tout ça ? Il se trouve sans doute dans ce satané carnet noir. Encore faut-il pouvoir le déchiffrer...".

Ce livre des aventures de l'inspecteur écossais Rebus, personnage haut en couleurs, n'est pas le premier de la série - ni le premier que je lis, puisque je suis devenu addict depuis l'été dernier - mais le premier traduit en France : mystère des traductions de livres dans ce pays !

Je dois avouer que j'ai eu très peur au début et pendant une bonne centaine de pages où je me suis plutôt ennuyée : un peu trop de personnages qui se croisent qu'on finit par se perdre sur l'identité des uns et des autres et surtout sur le pourquoi du comment ils sont là. Mais, étant donné ma très grand confiance en Ian Rankin, j'ai persévéré et j'en fus bien récompensée : une histoire qui finit par se "caler", le suspense qui finit par monter avec des rebondissements tout à fait inattendus qui nous font avaler les pages au triple galop !

Et puis, cette série, c'est aussi le personnage de John Rebus avec sa vie perso rocambolesque. Ceux qui ont déjà lu les autres titres le savent que Rebus est un homme volage et l'ont vu aux bras de compagnes variées. Ici, Patience Atikson, déjà présente dans Piège pour un élu, est... à bout de patience ! Et il y a aussi un "Rebus n°2" : à savoir le frère de John, j'ai nommé Michaël, ancienne racaille qui tente de se reconvertir en squattant l'appart de son frère, lequel est loué à des étudiants depuis que Rebus n°1 a emménagé avec Patience. Mais voilà, comme il y a de l'eau dans le gaz avec elle, Rebus va devoir réinvestir son quartier, lui qui avait plutôt l'habitude de vivre tout seul en célibataire, ça va le changer...
On retrouve aussi Brian Holmes, le "bras droit" et ami de Rebus : non seulement il s'est fait largué (décidément, cet épisode est dur pour les hommes !!), mais en plus, voulant jouer les enquêteurs solitaires à la manière de son modèle (Rebus, évidemment!), il se retrouve à l'hosto : il est donc assez absent de l'histoire...
Bon, je ne peux pas trop dévoiler l'intrigue : la quatrième de couv en dit bien assez !

Si dans L'Etrangleur d'Edimbourg, Rebus et le loup-garou de Londres et La colline des chagrins, j'avais beaucoup apprécié les promenades et les regards sur la capitale écossaise, l'Ecosse ou la comparaison culturelle entre Ecossais et Anglais, je dois avouer qu'ici ils sont pratiquement absents : à peine quelques allusions au Fife, à Cardenden en particulier, où Rebus est né et a grandit (comme son auteur!). C'est vraiment dommage, parce que c'est aussi tout ce qui fait la saveur des polars de Ian Rankin. Reste cependant un humour décapant !
Juste un truc encore : ici le super-intendant Watson, dans les autres volumes a un surnom traduit en français par "le Paysan" qui, je trouve, sonnait assez bien. Ici il devient carrément le Péquenot ! (aheum, beaucoup plus péjoratif, beaucou TROP péjoratif, sachant qu'en VO il est Watson The Farmer !!).

Et une légère bricole sur la quatrième de couverture de l'édition de poche française  où l'on nous dit que "Ian Rankin est devenu en quelques années l'un des grands du nouveau polar anglais" !!! Re-Aheum !!!! Chercher l'erreur !!!! Rankin est tout ce qu'il y a d'Ecossais...

Un bon moment à passer donc, même si personnellement, je ne trouve pas que ce soit le meilleur de la série !
Voir aussi le billet de Mélodie, la copine blogueuse québecoise.

 

 

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)
31 janvier 2012

Un long long chemin

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4e de couverture : "Willie Dunne est le fils d'un policier dublinois. Un garçon sensible, doué, doté d'une voix d'exception. Pas assez grand pour marcher sur les traces de son père comme policier, il s'engage comme volontaire pour combattre dans les tranchées, malgré l'amour infini qui le lie à une jeune fille avec laquelle il désire plus que tout se marier. De la bataille de la Somme jusqu'à la fin de la guerre, ou presque, il assiste à d'horribles combats. La guerre, dès lors, le façonne. Mais elle lui réserve également une surprise."

Voici un roman d'apprentissage qui vous retourne comme une crêpe, vous êtes prévenus !
Willie Dunne est un petit bonhomme d'un mètre soixante-cinq, innocent comme un perdreau de l'année. Sa taille l'empêche d'entrer dans la police dublinoise. A 17 ans, il s'engage dans la guerre sans réelle conviction,  si ce n'est pour jouer un rôle et pouvoir revoir revenir à la maison la tête haute, pour que son père soit fier de lui.
Voilà donc Willie engagé pour faire la guerre à l'Allemagne aux côtés des Anglais. Or, c'est l'époque où la Grande-Bretagne a engagé la négociation du Home Rule, la loi qui accorderait une certaine indépendance à l'Irlande à l'intérieur du Royaume-uni. Certains Irlandais pensent que prêter main forte aux Anglais en s'engageant à leurs côtés dans la guerre contre l'Allemagne, favorisera l'accord du Home Rule. D'autres, au contraîre, pensent que "les difficultés de l'Angleterre sont les occasions de l'Irlande". Il faut dire que "le Parlement de Londres avait dit que le Home Rule s'appliquerait en Irlande à la fin de la guerre, par conséquent, (...), l'Irlande était pour la première fois en sept cents ans un pays de fait" .
Mais pour Willie, l'essentiel n'est pas là. Il s'engage parce que comme cela, il aura une place dans la société : s'il ne peut pas être policier parce qu'il ne fait pas un mètre quatre-vingts, eh bien, il peut être soldat. Nous sommes en 1915. Willie s'en va pour un long long chemin ("it's a long long way to Tipperary", chantaient les soldats), rejoindre le champ de bataille boueux des Flandres, lui qui n'a jamais quitté l'Irlande,en traversant une Angleterre qui n'a rien à voir avec celle des histoires et des légendes...

Je peux vous dire que ce roman vous fait vivre la guerre des tranchées. Comme les soldats, le lecteur s'interroge longuement sur ce brouillard jaune qui ressemble à un brouillard de mer... avant de suffoquer ! Si le nom du gaz moutarde n'est jamais écrit noir sur blanc, soudain notre mémoire collective de ce que nous avons appris par nos arrière-grands parents ou par les livres d'Histoire rejaillie.
Sebastian Barry excelle à faire vivre ces événements et les émotions qui vont avec d'une manière époustouflante. On suit toute la souffrance du jeune Willie, qui d'un perdreau de l'année est bien vite 'déniaisé" par la violence de la réalité. Un jeune homme pris dans la tourmente de l'Histoire, comme tant d'autres, quelque soit leur nationalité. Et il vit une double souffrance si l'on peut dire : parce qu'en Irlande, le temps ne s'est pas arrêté non plus : les Pâques sanglantes de 1916, la guerre civile qui s'ensuit. Le vent tourne : les soldats irlandais engagés dans l'armée anglaise sont consupés par beaucoup, traités de "Tommies" qui doivent rentrer chez eux ! Eux dont on a vécu toutes les souffrances endurées sur le terrain. L'écrivain parvient à restituer le contexte, sans juger ni les uns ni les autres, mais qui ne fait pas la part belle à l'Angleterre, c'est clair !

Un roman qui prend à la gorge par l'émotion qu'il dégage. Un livre aussi très bien documenté. Epatant et inoubliable !
Décidément, j'aime Sebastian Barry qui m'avait déjà bouleversée avec Le Testament caché. Un écrivain encore trop méconnu en France.
Et difficile d'écrire un billet à la hauteur de ce roman !

 

 

21 août 2011

Garden of love

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4e de couverture : "Il est des jardins vers lesquels, inexorablement, nos pas nous ramènent et dont les allées s'entrecroisent comme autant de possibles destins. A chaque carrefour se dressent des ombres terrifiantes : est-ce l'amour de ce côté ? Est-ce la folie qui nous guette ? Alexandre Astrid, flic sombre terré dans ses souvenirs, voit sa vie basculer lorsqu'il reçoit un manuscrit anonyme dévoilant des secrets qu'il croyait être le seul à connaître. Qui le force à décrocher les ombres pendues aux branches de son passé ? Qui s'est permis de lui tendre ce piège ? Autant de questions qui le poussent en de terrifiants jardins où les roses et les ronces, inextricablement, s'entremêlent et dont le gardien a la beauté du diable."

Ce polar français m'intriguait depuis un moment : le roman policier présenté comme virtuose aux multiples prix dont.le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2008. C'était donc trop tentant... Mais voilà, prix ou pas prix, il y a des livres avec lesquels on n'accroche pas. J'ai vraiment été admirative de l'écriture, angoissante, prenante, recherchée et précise. Marcus Malte a un style admirable, c'est sûr. Reste que l'histoire est  très bizarre et alambiquée. On s'y perd ou plutôt que j'y suis perdue, dans un ennui profond en me demandant quel était le but du jeu...

Que dire de de plus ? J'ai tenté l'expérience de cet auteur mais je ne recommencerai pas. Dommage, pour une fois que je lis un polar made in France...

21 avril 2011

Brooklyn

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4e de couverture : "Enniscorthy, Irlande, années 1950. Comme de nombreuses jeunes femmes de son âge, Elis Lacey ne parvient pas à trouver du travail. Par l'entremise d'un prêtre, on lui propose un emploi à Brooklyn, aux Etats-Unis. Pousse par sa famille, Eilis s'exile à contrecoeur. Au début, le mal du pays la submerge. Mais comment résister aux plaisirs de l'anonymat, à l'excitation de la nouveauté ? Loin du regard de ceux qui la connaissent depuis toujours, Eilis goûte une sensation de liberté proche du bonheur. Puis un drame familial l'oblige à retraverser l'Atlantique. Au pays, Brooklyn se voile de l'irréalité des rêves. Eilis ne sait plus à quel monde elle appartient..."

Un immense coup de coeur pour ce roman. Je découvre la prose enchanteresse de Colm Toibin, écrivain irlandais vivant entre Irlande et Etats-Unis. Autant dire que le déracinement est sans doute un sentiment qui l'a touché à un moment ou à un autre. J'ai été sidérée par la finesse psychologique dont il fait preuve, jusqu'à me demander comment c'était possible. Le lecteur vit vraiment ce que vit l'héroïne, la douce Eilis. Une héroïne au premier abord fragile, mais en fait dotée d'une force de caractère hors norme qui lui permet de survivre et surtout de faire des choix, et avant tout les siens.

Colm Toibin peint à merveille le tableau de l'Irlande des années 1950, celle d'une période pauvre où beaucoup sont obligés de s'exiler pour survivre - encore faut-il avoir l'argent pour partir. Il décrit un pays où l'on ne peut rien faire sans se sentir surveillé, jugé en permanence et surtout où la famille prend souvent des décisions à votre place. C'est le cas pour Eilis qui s'exile à contrecoeur par l'entremise d'un prêtre irlandais vivant aux Etats-Unis et qui s'est entetenu avec sa mère (ah ! la supprématie de l'Eglise à cette époque et son insupportable mainmise sur les destinées individuelles !). Le prétexte de cet exil c'est qu'elle n'a qu'un petit boulot chez l'épicière d'Enniscorthy, l'horrible Mademoiselle Kelly, qu'on a envie de claquer à longueur de pages. Donc quand Eilis accepte de partir, on la comprend fort bien, même si c'est davantage pour faire plaisir à sa mère que pour elle-même. Mais partir est aussi une chance, comme le fait comprendre Rose, 30 ans, la soeur aînée, qui, en laissant partir sa cadette, se "sacrifie" donc pour rester auprès de leur mère, veuve.

On subit avec l'héroïne la difficulté de la traversée de l'Atlantique en bateau :si vous n'avez jamais eu le mal de mer, là vous saurez !! Et l'on découvre l'invention de la "colocation" avant l'heure (si l'on peut dire) entre Irlandais de Brooklyn. Pas toujours facile de s'y faire une place. Heureusement que de beaux Italiens traînent dans le coin, en particulier un certain Tony, qui, malgré sa nationalité, a un physique qui peut le faire passer pour Irish... C'est bien pratique aussi pour faire taire les commérages !

J'ai repoussé longtemps les dernières pages qu'il me restait à lire. Car j'ai eu très peur de la décision que prendrait Eilis après son retour au pays pour une raison que l'on ne peut pas dévoiler.... Je dois avouer qu'elle m'a fait très peur cette petite devenue femme  - et surtout elle-même.

Un très beau roman d'apprentissage, qui raconte à merveille le déracinement, le tiraillement entre deux vies, deux pays. Une prose enchanteresse et un beau roman d'amour aussi que je ne peux que chaudement vous recommander. On passe un excellent moment et on dit "encore" une fois le livre refermé. Monsieur Colm Toibin vous êtes un magicien !

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22 décembre 2011

Les heures souterraines

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4e de couverture : "Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit"

C'est par le plus grand des hasards que ce roman m'est tombé entre les mains et le hasard a bien fait les choses ! Moi qui suis plutot sceptique à l'égard d'une certaine littérature française contemporaine parce que j'ai souvent été déçue par ceux que pourtant la critique encense (cf. Foenkinos, Houellebecq, entre autres), moi qui suis difficilement attirée quand je vois un livre ou un auteur partout, partout et trop partout que ça devient du gavage médiatique, eh bien là, je dois dire que ce roman m'a scotchée !

Tout mince, il contient pourtant des sujets aussi lourds et graves que le harcèlement au travail et la solitude dans une ville tentaculaire. Le lecteur plonge dans l'enfer de Mathilde, cadre dans une grosse entreprise, Pourtant brillante et dynamique, cette femme de quarante ans, veuve depuis dix ans, a survécu à la perte de son mari. Mais un connard de chef prétentieux qui ne supporte pas que l'élève dépasse le maître va s'acharner à lui pourrir la vie, tenter la destruction par la perfidie. Seulement Mathilde est une battante (du moins le croyait-elle). Jusqu'au bout, elle ne lâchera pas le morceau. Mais jusqu'au bout, elle n'osera pas non plus rompre son isolement, malgré les conseils d'une collègue bien avisée. Cet homme veut tout simplement la tuer : l'empêcher de rester mais l'empêcher aussi de trouver un autre poste ailleurs. Autant dire que c'est un malade, un cadre qui ne devrait pas exercer les fonctions qu'il exerce mais que l'entreprise tolère sans problème. Le paradoxe est d'autant plus accablant que c'est lui qui a embauché Mathilde et que c'est cette entreprise-là qui lui a permis de rebondir et de retrouver une vie sociale après la perte de son époux. Alors Mathilde cherche à comprendre... "Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."

Delphine de Vigan décrit ici une société malade du travail. L'enteprise de Mathilde est un cancer qui ronge jusqu'au bout l'être humain, le broie, le tue. "Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."

Le fil de la narration suit parallèlement la vie tout aussi pavée de solitude et d'ennuis de Thibault, médecin de ville. Il vient de plaquer sa petite amie parce qu'elle ne l'aimait pas. Il croise des tas de gens tous les jours pendant ses visites, mais pourtant il est seul dans cette ville tentaculaire et prédatrice (eh oui, ainsi est décrite Paris !). Il ne parvient pas à rencontrer les être humains qui l'habitent ou la fréquentent. La fin du livre est à cet égard ironique et féroce !

Delphine de Vigan décrit sans pathos l'enfer de ces deux héros qui sont des gens les plus banals qui soient. Des gens sclérosés par une société devenue malade.

Un magnifique roman qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de l'auteur et notamment Rien ne s'oppose à la nuit, ce qui n'était pas du tout gagné d'avance.


20 décembre 2011

Sur un petit air de requiem - Nouvelles Caustiques et Grinçantes

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Nelly Bridenne, Edition Confession d'un polisson, 133 pages, 9€

4e de couverture : "23 nouvelles pour découvrir : les biographies d'Emmett Till et de Rosa Parks, les confessions d'un repenti coiffeur, le quotidien d'un flic désabusé, la vie trouble d'un conseiller Opel, les déboires d'une mule colombienne, l'obsession médiatique d'un religieux, l'appétit sans limite d'un croque-mort, le grain de folie de vieilles dames indignes, et beaucoup plus si affinités..."

Malgré un titre qui peut faire peur, ce recueil de nouvelles est absolument divin. Nelly Bridenne jette un regard sur la société, contemporaine ou passée, française ou étrangère, qui ne peut laisser indifférent. Les nouvelles sont regroupées par thématique (Négritude, Mafia, Braquage, Flic, Mutant, Embrouille, Rancunier, Senior). Le lecteur se prend de plein fouet la première histoire, J'irai pleurer sur vos tombes : celle des migrants africains, ceux qui n'ont pas d'autre choix que de s'exiler, au péril de leur vie, pour trouver une vie meilleure, même si chez eux, c'est bien joli, des plages blondes, des odeurs d'eucalyptus. Mais voilà, pas de travail, une société corrompue, la richesse dans les mains d'une poignée d'hommes. "Les migrants rêvent de l'Europe, cet Eldorado si proche, à quelques jours de bateau seulement, où ils accosteront en Italie ou en Espagne, et pourront envoyer de l'argent à leurs mères...". Même si l'Europe les vomit, la mer les rejette, même s'ils devront mentir, même si l'échec risque de les bannir de leur propre famille, ils tentent, jusqu'à la mort, où "Angelo, fossoyeur à Lampedusa, minuscule et lumineuse île italienne (...), creuse quelques tombes" et "les enterrera anonymement dans le carré du vieux cimetière, qui leur est réservé dorénavant". Cette histoire, troublante d'actualité, a obtenu le 2e prix du Concours des nouvelles de la Ville de Tours en 2007. On comprend pourquoi ! C'est sans doute celle qui m'a le plus marquée, avec Impardonnable négritude..., bel hommage à Rosa Parks, Emett Till, Martin Luther King et tant d'autres.

Malgré des sujets graves, Nelly Bridenne parvient à faire sourire le lecteur, voire à le faire rire (L'Evangile selon Mohamed - La vie du commissariat, Ratatouille, entre autres) parce qu'elle porte un regard tendre sur ces êtres humains qui se débattent dans un monde devenu bien compliqué. Il y a dans ce livre une vraie dimension humaniste, un style simple, corrosif, qui va à l'essentiel. C'est une vraie bouffée de chaleur ! Une fois fini, on en redemande ! Une belle découverte !

S'il fallait mettre une note : 4,5/5.

Je remercie Nelly Bridenne, l'Edition Confession d'un polisson et Les agents littéraires pour l'envoi du livre.

27 novembre 2011

De vieux os

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4e de couverture : "Certains secrets devraient rester enterrés à tout jamais, se dit Murray Watson, enfoncé jusqu’aux
genoux dans la boue du cimetière de Lismore, au nord de l’Écosse, en compagnie d’une femme qui
avait toujours refusé de lui parler. Mais pourquoi s’est-il obstiné à chercher la vérité sur ce poète
mort noyé à vingt-cinq ans et à peu près inconnu ?"
(4e de couverture non intégrale pour cause de révélation du pourquoi du comment ou presque...)

 
Murray Watson est docteur en littérature anglaise à l'université de Glasgow. Il cherche à faire revivre et donner son aura à un mystérieux auteur, Archie Lunan, contre l'avis même de son directeur de département. Peu importe, Murray se lance à corps perdu à la recherche de cet écrivain qui aurait mis fin à ses jours. De chercheur en littérature anglaise à enquête quasi-policière ou journalistique, il n'y a qu'un pas... en tout cas dans ce roman (d'ailleurs Murray ne cesse de répéter "Je ne suis pas journaliste. Je suis docteur en littérature anglaise.")

Dans un premier temps, ce roman n'a pas arrêté de me faire pester : les personnages parlent comme des chartiers, l'histoire part dans tous les sens ou dans aucun sens, je ne voyais pas où tout cela allait me mener. J'ai trouvé Murray un peu crétin sur les bords pour un professeur d'université, dépressif, se laissant plaquer comme un abruti par la femme de son chef département qui décide de rester avec son mari. La vie de cet homme est vide, sa quête sur Lunan est quasiment son unique raison de vivre. J'ai même failli abandonner parce que je n'accrochais ni au sytle ni à l'histoire. Je ne ressentais même pas l'Ecosse dans cette lecture.

Heureusement, page 201 Murray a l'excellente idée de faire ses valises et de s'embarquer pour l'île de Lismore, au nord-ouest de l'Ecosse pour en savoir davantage sur son écrivain adoré. Et là, révélation !!! Le récit prend réellement son envol et tourne au thriller. Vous êtes embarqué avec Murray sur les routes défoncées de cette île humide et boueuse. Murray se trouve dans un trou paumé sans même un pub (obligé de s'acheter ses bouteilles de wishy à la seule épicerie du coin). Juste un B&B pour crécher, avec une propriétaire haute en couleur. Vous voici arrivé dans l'Ecosse profonde : les légendes font partie du quotidien, la frontière entre féérie et monde des hommes, rêve et réalité, passé et présent est abolie - ou presque.
La logeuse de Murray en sait quelque chose : "Je me suis souvenue de contes parlant de gens qui se perdaient dans les collines. Les fées organisaient une fabuleuse fête à la tombée du jour, où tout le monde festoyait, buvait et chantait, et le lendemain matin, elles remettaient leur invité sur le chemin de la maison."  L'ancienne compagne de Lunan vit là, dans un château isolé. Murray se laisse emporter par ce monde mystérieux : "J'avais cru être le Petit Chaperon Rouge, maintenant j'étais Alice tombée dans le terrier du lapin blanc".

Le héros ne ressortira pas indemne de cette histoire. Et le lecteur non plus !

Un bon roman donc, même si, pour moi, à cause de la première partie, ce n'est pas un coup de coeur. Mais j'ai tout de même passé un excellent moment à Lismore.

Voir aussi l'avis de Keisha et de George.

 

 

9 juillet 2011

Les trois lumières

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4e de couverture : "Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande
rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella,
des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la
soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant. Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine… "

Le titre en version original de ce récit est Foster. Pas évident à traduire comme cela tout seul. Ce mot renvoie à "famille d'accueil", ou  à "enfant placé en famille d'accueil. Pour un anglophone, le thème est planté dès la lecture du titre. Par contre un titre comme Les trois lumières laisse le lecteur francophone dans le vague... Il faut lire la quatrième de couverture pour comprendre un peu et lire le récit pour comprendre compètement le titre... 

Ce détail mis à part, voici un récit court mais dense dont la subtilité et la force résident dans tous les non-dits, dans ce ce que le lecteur devine à travers les mots. Et Claire Keegan parvient à merveille à semer les "signes" sans dire tout à fait explicitement les choses. C'est tout à fait irlandais, ça ! Au lecteur de se faire son idée. Le décor se situe dans le sud-est de l'Irlande, dans le comté de Wexford, à la campagne, dans les années 80 (on le devine encore là aussi, par l'évocation de la mort d'un grèviste de la faim - Bobby Sands ? -, de sa mère et des émeutes).
On retrouve ici les secrets de famille - et c'est un faible mot ! Ce qui m'a beaucoup intriguée, c'est la fin. J'ai dû revenir en arrière, relire les dernières pages. Je me demande encore si je l'ai bien comprise...

Un livre très émouvant et très différent du recueil de nouvelles L'Antarctique. Une lecture à ne pas rater !

 Voir aussi l'avis enthousiaste de Canel (et des autres, sur son blog).

28 octobre 2011

Grand prix du roman de l'Académie française : Retour à Killybegs

 

Une nouvelle qui m'a fait particulièrement plaisir : Sorj Chalandon vient d'obtenir le Grand prix du roman de l'Académie française pour :

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Après avoir été émue par Mon traitre, je suis en train de terminer Retour à Killybegs. Je vous en reparle bientôt mais je peux d'ores et déjà vous dire que c'est  amplement mérité !

Ce roman est par ailleurs encore en lice pour le Prix Goncourt et le Prix Interallié.

9 octobre 2011

Printemps

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4e de couverture : "C'est l'affolement en ville. Une bombe vient d'exploser en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples. Acte terroriste ? Guerre des gangs ? L'investigation piétine. Et si l'attentat visait en fait la famille Vigerö ? Pour Malin Fors, il s'agirait d'une affaire plus personnelle. Malin aussi a ses problèmes. Elle lutte pour ne pas replonger dans l'alcool, sa mère vient de mourir. Et quand son père rentre de Ténérife, le secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années fait enfin surface."

C'est avec une certaine nostalgie que je referme ce pavé de 549 pages qui clôt les aventures de l'inspectrice suédoise Malin Fors (du moins aux dernières nouvelles !). Le premier sentiment que laisse ce quatrième opus (après Hiver, Ete et Automne) est qu'il est sans doute le meilleur de la série.

L'intrigue se déroule en mai 2010 (c'est-à-dire l'an dernier !) et la Suède est touchée de plein fouet par la crise économique. Mons Kallentoft règle leur compte aux banques, au Monde du Fric, aux rapaces de la finance, aux tradeurs peu scrupuleux qui jouent avec l'argent des citoyens de tous les pays du monde.

Un attentat devant une banque de la petite ville provinciale de Linköping tue deux fillettes de six ans. La population est en émoi et presse la police de retrouver les responsables. Les hypothèses sont nombreuses mais la piste islamiste est rapidement écartée (n'en déplaise à certains). Une mystérieuse organisation, le Front de Libération de l'Economie, totalement inconnue jusque-là, est vite suspectée du pire.

Mais comme toujours, dans les romans de Mons Kallentoft, la réalité est encore plus complexe qu'il n'y paraît. Et c'est avec brio que l'écrivain démonte les rouages d'une intrigue qui ne laisse au lecteur aucun répit. Peu à peu de nouveux personnages de l'ombre apparaissent, marionnettes du Mal personnifié : l'Argent, représenté sous les traits d'un vieillard aveugle et mourant mais qui a passé sa vie à martyriser jusqu'à ses enfants pour en faire des machines de guerre.
L'auteur reprend ici un thème qu'il affectionne particulièrement : l'enfance maltraitée, le tout dans une logique implacable.

Ce que j'apprécie aussi particulièrement dans cette série, c'est l'imperfection des héros et la complexité des personnages. Les romans de Mons Kallentoft vont au-delà des apparences et explications simplistes, dans un monde contemporain toujours plus complexe et ici sur une toile de fond d'une actualité brûlante. C'est aussi, paradoxalement, un univers au bord du fantastique, avec les narrateurs ominiscients que sont les victimes décédées.

Le seul tout petit bémol que l'on peut reprocher à l'auteur ici,  c'est que la vie personnelle de Malin qui s'achève un peu trop sur une happy end, qui détonne d'autant plus avec le reste du récit. Mais bon, c'est le Printemps...

A lire absolument !


NB : Hiver vient de sortir en format poche.


 

 

 

18 juin 2011

Ce que savait le chat

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4e de couverture : "Depuis le terrible accident de voiture dont a été victime sa maîtresse Lu Aguilar, Richard Jury traîne
son spleen dans les couloirs de l'hôpital londonien où est soignée la jeune femme. Le commissaire va cependant devoir s'éloigner de celle qu'il aime. En effet, on l'envoie enquêter sur le meurtre d'une jeune femme sauvagement assassinée dans le jardin du Chat noir, un pub situé dans un village en dehors de son secteur. Bibliothécaire discrète au physique banal, Mariah Cox était méconnaissable au moment de sa mort. Elle qui portait d'ordinaire des tenues passe-partout était vêtue ce soir-là d'une splendide robe haute couture. Une crinière rouge flamboyante avait remplacé ses cheveux châtain terne. L a bibliothécaire menait-elle une double vie, en se faisant entretenir par de riches amants ? Une activité illégale lui permettait-elle de s'offrir une garde-robe aussi luxueuse ? Avec le chat noir mascotte du pub pour seul témoin, Jury ne dispose que de très peu de pistes. Pourtant, il y a urgence. Car d'autres jeunes femmes en tenue de gala sont assassinées à Londres, et il se pourrait bien qu'un serial killer sévisse dans la région."

Un livre où vous en apprendrez un rayon sur les chaussures de luxe, les Jimmy Choo, les Manolo blahnik et autres Christian Louboutin. Parce que les trois jeunes-femmes victimes d'un meurtrier en série avaient pour habitude d'être bibliothécaire ou secrétaire le jour et excort girls d'ultra-luxe la nuit. Mais pourquoi, on ne le saura jamais vraiment.

C'est aussi le premier polar où je vois un chien et un chat qui tapent la discut entre eux (sans être compris des humains). Mais ça ne sert pas l'intrigue non plus. Donc c'est assez rigolo... jusqu'à un certain point.

Le mobile du crime reste très stéréotypé, comme les personnages en fin de compte,  et le suspense reste  à chercher. D'ailleurs je n'aime pas le portrait qu'elle dresse des bibliothécaires !

Premier polar que je lis de cette Amércaine qui tente d'écrire des livres à la british. Mais je ne recommencerai pas. Apparemment ce livre fait partie d'une série mais ça ne suffit pas à expliquer le fait que je ne l'ai pas apprécié.C'est plutôt que c'est du "tout formaté prêt à digérer".

 

 

11 juin 2011

L'Antarctique

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Si vous aimez Nuala O'Faolain, vous aimerez Claire Keegan : sans même savoir que la première avait encouragée la seconde à publier (même si c'est clairement écrit sur la 4e de couverture !), j'ai retrouvé la même force et le même mordant dans ce recueil de nouvelles et cela m'a hantée pendant une bonne partie du livre.


Commencer la première nouvelle de Claire Keegan, "L'Antarctique", c'est ne plus lâcher le recueil avant de l'avoir terminé jusqu'au dernier mot. Dans une écriture simple, mais dense par tous les sous-entendus qu'elle soulève, l'écrivaine plante le décor dans la campagne irlandaise ou américaine (mais ça pourrait très bien aussi se passer en France) et raconte la vie des femmes, le machisme ordinaire qui veut, par exemple, que jusqu'à une certaine époque, les femmes ne conduisent pas, et tant d'autres petits détails qui montrent un asservissement parfois inconscient. Avec beaucoup d'ironie et d'humour ses héroïnes font face. Unetelle prendra le volant dans une situation critique sous l'oeil médusé du mari, une autre victime de discrimination par rapport à la beauté de sa soeur mais pas stupide pour autant, trouvera le moyen tout simple pour que cela cesse. Toutes ces femmes ont joué le rôle que la société et l'univers des hommes leur assignaient, jusqu'au jour où elles ont décidé que ça suffisait. Et leur réplique est le plus souvent pimentée comme du Tabasco, mais parfois beaucoup plus tragique... On peut difficilement en dire davantage parce que ces nouvelles se dégustent et la fin est toujours une surprise. Le génie de Claire Keegan c'est aussi de ne pas tout dire, de mettre en évidence les non-dits et de laisser le lecteur en tirer les conséquences. Tous ses personnages ne sont pas forcément ce qu'ils ont l'air d'être jusqu'au jour où...

Les nouvelles qui m'ont le plus marquée : "Les hommes et les femmes", "Les soeurs", "Le sermon à la Ginger Rogers", "L'amour dans l'herbe haute", "La soupe au passeport", "On n'est jamais trop prudent" et "L'Antarctique". Mais j'en oublie sûrement !

Quelques citations :
"Etre pêcheur c'est à peu près comme être serveuse. Des inconnus vous racontent toutes sortes de choses."
" Elle a des taches de rousseur partout, comme si quelqu'un avait trempé une brosse à dents dans la peinture et l'avait éclaboussée"

Ce livre est la première publication en France de Claire Keegan en 2010 (mais il date de 1999 !). Merci à l'éditrice Sabine Wespieser de nous faire connaître cette pépite irlandaise. Son deuxième livre, Trois Lumières, vient d'être publié et il est déjà dans ma PAL ! Affaire à suivre donc !

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2 septembre 2011

Le cercle intérieur

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4e de couverture : "Île de Gotland. Une vingtaine d'étudiants s'affairent sur un site archéologique. Lorsque l'une d'entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L'inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l'a-t-on pendue à un arbre ? D'autant que d'autres actes monstrueux viennent s'ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d'autres cadavres sont mis au jour."

Après un été passé dans les délicieux polars écossais de Ian Rankin, j'ai eu envie d'un petit retour chez mes amis les écrivains nordiques, tout en élargissant mon horizon boréal (Arnaldur Indridason pour l'Islande, Mons Kalentoft pour la Suède ayant mes préférences). J'ai donc choisi le dernier roman policier d'une femme, la Suédoise Mari Jungstedt après avoir lu de bonnes critiques à droite et à gauche.

Ce roman policier est assez différent des romans nordiques que j'ai lus jusqu'ici dans la mesure où il se concentre essentiellement sur l'intrigue : le suspense en est le moteur. L'environnement sociologique est relativement laissé de côté, mis à part quelques allusions. Mais ce n'est pas plus creusé que cela : si l'on apprend que "la Suède n'est plus la patrie des blondinets qui mangent du pain azyme et qui dansent en costume traditionnel" et que l'île de Gotland, où se déroule l'action, est sujette à la spéculation immobilère et au bétonnage pour y développer le tourisme, l'intrigue n'est que vaguement reliée à cela.
L'auteure intègre un soupçon de mythologie scandinave, des vols dans un musée archéologique, pour tenir le lecteur en haleine - ce qui n'est pas inintéressant - et multiplie les pistes. On entre facilement dans le jeu et une fois le roman commencé, on a du mal à le lâcher. D'autant que dès le début, même sans avoir lu la quatrième de couverture, on sent qu'il va arriver quelque chose à l'héroïne, Martina. La menace pèse sur elle comme sur nous et de ce point de vue-là, c'est une belle réussite. La scène du crime n'est pas une grande ville nauséeuse, mais les environs d'un site archéologique où des étudiants travaillent.

La tension monte au fur et à mesure que les cadavres s'amoncèlent, la police se révélant inefficace, s'égarant sur de fausses pistes et ne s'inquiétant pas, comme le remarque un personnage, qu'on "bazarde des trésors historiques sur un marché lucratif et qu'ils disparaissent non seulement de Gotland, mais de la Suède en général". Mais l'enquête est d'autant plus difficile que les premières victimes ne sont pas des humains mais des animaux...

Si j'ai passé un bon moment avec ce polar, j'avoue que j'ai trouvé la fin un peu surfaite parce que chaque piste lancée n'était pas assez creusée. Au final, on a donc l'impression que les idées ne sont pas assez reliée entre elles par des liens cohérents, ce qui est dommage car elles étaient bonnes. On a le sentiment qu'elles sont justes un prétexte pour essayer de terminer une histoire.

Un livre très agréable à lire, mais certainement pas inoubliable donc.

 

27 août 2011

Mes envies littéraires de rentrée

Mon chouchou suédois pour la fin des aventures de Malin :

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"Un beau matin de printemps, une bombe explose en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. C’est l’affolement en ville. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples et l’investigation piétine. Malin Fors, elle, sent qu’il s’agit d’une affaire personnelle. Et si l’attentat avait en fait visé la famille Vigerö ? Malin essaie d’avancer dans son enquête aux côtés de Zeke, malgré les bouleversements qu’elle vit : elle enterre sa mère, son père est de retour et elle découvre enfin le sombre secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années..." (sortie le 8 septembre)

Notez que Hiver sort en poche !

Et aussi mon chouchou irlandais qui n'avait pas publié en France depuis un moment :

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 "Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain."  (sortie demain 25 août !)

Envies raisonnables :) !
Edit du 27/08 : ca y est, j'ai mon O'Connor :-)

 

EDIT DU 27/08 : Je viens de découvrir que Sorj Chalandon, l'auteur de Mon traitre, publie la suite de ce roman auto-biographique, celui où il donne sa plume au traitre : 

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Ca va sans dire que je le veux aussi !!! 

 

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