31 mars 2012

L'île des chasseurs d'oiseaux

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4e de couverture : "Marqué par la perte récente de son fils unique, l’inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d’élucider un assassinat commis à Edimbourg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n’est pas retourné depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi que celui d’Edimbourg vient d’y être découvert. Sur cette île tempétueuse du nord de l’Ecosse, couverte de landes, où l’on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin est confronté à son enfance. La victime n’est autre qu’Ange, ennemi tyrannique de sa jeunesse. Marsaili, son premier amour, vit aujourd’hui avec Artair. Alors que Fin poursuit son enquête, on prépare sur le port l’expédition rituelle qui, chaque année depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Lors de son dernier été sur l’île, Fin a participé à ce voyage initiatique, qui s’est dramatiquement terminé. Que s’est-il passé alors entre ces hommes ? quel est le secret qui pèse sur eux et resurgit aujourd’hui ? Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod. Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes : l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page."

Plus qu'un simple roman policier, ce livre est à la fois un roman noir et un roman d'amour, mais aussi un thriller ; en tout cas un ouvrage rudement bien documenté sur la vie sur l'Ile de Lewis (Ecosse - mais est-il utile de le rappeler ?). C'est là que nous suivons l'inspecteur Fin Macleod, envoyé sur son île natale pour examiner un cadavre, celui d'un homme qui endossait le rôle du caïd lorsqu'ils étaient mômes... Mais ce n'est pas vraiment sur l'enquête policière que se concentrera ce flic, qui ne songe d'ailleurs qu'à quitter la police, mais sur son passé.  Il est l'un des rares hommes à avoir réussi à quitter cette île hors du temps, aux rites séculaires. Les retrouvailles avec les amis (ou ennemis) d'enfance fait ressurgir des fantômes et des secrets mais aussi la jalousie...

Non seulement ce roman est magistralement écrit, et distille un suspense savamment dosé par un aller-retour narratif entre présent et passé, mais parce qu'il est aussi très bien documenté (comme je l'ai déjà dit plus haut), il parvient à immerger totalement le lecteur et à le couper de son entourage : si vous avez besoin d'iode, il y a ici un remède :  vous irez avec Fin sur le rocher d'An Sgeir  participer à la chasse aux gugas... Attention, c'est dangereux, c'est un truc de mecs mais je l'ai fait ! ;-)

On ne parvient pas à s'arracher de l'histoire une fois le livre en main car, en plus, les personnages sont attachants malgré leurs défauts et leurs secrets, profondément humains : celui qui est devenu le gros Artair (le meilleur copain d'enfance de Fin), Marsaili, l'amour d'enfance du héros, et tous les autres. Sans parler Fionnlagh, le fils de Marasaili qui noue un lien très fort avec Fin. Pourtant, derrière ce tableau sympathique, il y a un meurtre à résoudre... Là encore, Peter May parvient à se sortir magistralement de thèmes sensibles comme l'enfance maltraitée, le désespoir et la jalousie. Cela est évoqué avec intelligence et sans voyeurisme (j'ai un instant songé à La maison d'à côté de Lisa Gardner, qui traite du même sujet mais que j'avais détesté à cause de son côté obscène sans explications : ici rien de tout cela).

Et en plus, il y a une suite : L'homme de Lewis que j'ai hâte de découvrir !

 

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24 mars 2012

Crépuscule irlandais

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4e de couverture : "Dans un hôpital de Dublin, la vieille Dilly s'étiole. Elle attend une visite, celle de sa fille Eleonora, brillante romancière qui a très tôt fui l'Irlande pour mener une vie libre et tumultueuse, comme elle-même en rêvait autrefois. Il faudra la douleur du deuil pour qu'Eleonora découvre enfin le vrai visage de sa mère et le lien indéféctible qui ne cessera jamais de les unir."

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je me suis royalement fait suer avec ce roman. Je n'avais jamais encore lu la sulfureuse Edna O'Brien, qui fit scandale dans les années 60 en Irlande et je dois dire que là, j'ai dû vraiment m'accrocher pour terminer le livre. Une écriture qui imite parfois le langage oral, dans des phrases à rallonge qui rappelle Proust (mais sans réussir à faire le même effet parce que son écriture est "raide"), des temps narratifs qui s'embrouillent finissent par donner une impression de fouillis : on ne sait plus trop où l'on en est, on en perd le sujet et on se demande où est-ce qu'elle veut en venir...

Vraiment dommage, parce que l'histoire annoncée par la quatrième de couverture était bien alléchant et cela faisait un moment qu'Edna O'Brien m'intriguait, que je voulais découvrir son univers littéraire si décrié dans son pays il y a quarante ans et par certains aujourd'hui encore. On l'a dit féministe etc. Bref, elle avait tout pour me plaire. Peut-être faut-il lire ses premières oeuvres...

En plus je n'aime pas dire du mal de la littérature irlandaise, alors je suis doublement frustrée !

 Pour en savoir plus sur elle, c'est  

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17 mars 2012

Charly 9

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4e de couverture : "Charles IX fut de tous nos rois de France l un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l Europe entière. Abasourdi par l énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond."

Je suis loin d'être une fana des romans historiques mais la prestation de Jean Teulé sur son livre dans l'émission La Grande Librairie l'an dernier m'avait convaincue de le lire. La sortie en poche de l'ouvrage a été la piqûre de rappel. Et en fin de compte, j'en sors déçue.

Si le roman respecte bien l'atmosphère sanglante de cette période qui a vu le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) - mais ce n'est franchement pas le plus difficile parce qu'on ne peut pas y couper -, j'ai trouvé le style de Jean Teulé vraiment too much. Je peux comprendre qu'on veuille désacraliser l'Histoire, mais ça ne veut pas dire avoir une écriture massacrante... (si je puis m'exprimer ainsi !), qui fait limite négligée pour faire, paradoxalement, plus authentique ! Certes, on ne peut pas restituer le langage de l'époque parce que le lecteur d'aujourd'hui aurait besoin d'un dictionnaire, mais de là à mettre des "ah ben" et émailler les phrases des personnages d'expressions typiques de l'époque ou de "commeint ?" pour faire "plus vrai" ,cela  finit par donner un style ressenti comme maladroit, ou démago... En ce qui me concerne, les traits d'humour n'ont pas fonctionné.

Jean Teulé prend position dans ce roman pour un roi Charles IX sous l'emprise de sa mère, une jeune-homme faible, limite bipolaire, en tout cas "barge" mais avec un bon fond. Il aurait concédé le massacre de cent mille personnes pour faire plaisir à "mama", entendez par là, Catherine de Médicis. Il décrit un personnage fantasque, chassant le cerf dans les appartements du Louvre, (là, on reste sur le cul, quand on lit ça!), ayant besoin d'une traductrice pour communiquer avec Elisabeth d'Autriche, sa femme, même dans les moments les plus intimes (c'est tellement grotesque qu'on ne peut pas y croire 5 secondes)...
Bref, il en fait un pantin aux mains de la reine mère. C'est historiquement très discutable et personnellement je ne suis pas d'accord parce que je trouve cela un peu simpliste.

Enfin, "Charly" se met à souffrir d'une "hémorragie cutanée" : il pisse le sang par tous les pores de la peau. Là aussi, ce n'est qu'une légende, une rumeur que fit courir notamment Agrippa d'Aubigné, reprise par Alexandre Dumas dans La reine Margot, sous-tendant un empoisonnement qu'aurait perpétrée Catherine de Médicis, dite la "magicienne florentine". Je crois que les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la mort de ce roi qui n'a même pas atteint 24 ans.

Jean Teulé veut ici conter une page de l'histoire de France sur un mode ludique. C'est certes une belle intention et une bonne piqûre de rappel sur cette période si terrible dont l'atmosphère est bien restituée. Mais reste le style, les inexactitudes et le parti pris...
Bref, je ne suis toujours pas fan des romans historiques !

 

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10 mars 2012

Karitas, l'esquisse d'un rêve

 

51OBrwOzeUL__SL500_AA300_4e de couverture : "Karitas rêve d'être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fon d'un fjord d'Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n'a qu'un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l'art abstrait."

ENVOUTANT ! Et c'est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vrairement, non pas dans le monde de l'art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d'Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu'ils aillent à l'école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l'argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C'est là qu'elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant "une magie diabolique". Il l'emmène dans son village reculé des fijords de l'Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d'artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n'est pas une "fantasy". Mais tout simplement en Islande, il n'est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfe, et pas toujours bien intentionés. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l'ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. "Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu'ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord."
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots... Un hiver particulièrement difficile "on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs"...

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n'avaient pas le droit de dessiner le corps d'un homme nu d'après un modèle masculin en chair et en os (alors que c'était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d'après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d'une femme sur cent ans. Autant dire, qu'avec les moments magiques de cette lecture qui m'a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l'on ne s'ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu'elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un de mes coups de coeur 2012 !

03 mars 2012

vingt-quatre heures de la vie d'une femme

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4e de couverture: "Scandale dans une pension de famille "comme il faut" sur la Côte d'Azur au début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...
Seul le narrateur tente de comprendre cette "créature sans moralité", avec l'aide inattendue d'une vieille femme anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.
Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites."

Parler d'un monument comme Zweig n'est pas chose aisée ! Le billet sera donc succinct !

Un roman très court (moins de 123 pages dans cette édition), mais dense et intense tant par la construction que par l'histoire. D'abord ce récit est double : le narrateur, qui essaie de comprendre la femme de quarante-et-un ans qui s'est enfuie avec un homme qu'elle ne connaissait pas, donnant lieu à un vrai théâtre grandguignolesque dans la pension, s'efface rapidement pour laisser la parole à Mrs C..., la vieille anglaise. Celle-ci lui raconte avec moults détails son drame.
Dans sa jeunesse, fascinée par un jeune homme pris par le vice du jeu, elle a tenté de lui venir en aide, craignant pour sa vie. Cependant, les choses ne tournèrent pas comme elle l'aurait souhaité.
Stefan Zweig dépeint ici des êtres hors d'eux-mêmes, c'est-à-dire, pris de passion et allant jusqu'au bout de celle-ci. Ce n'est pas la raison qui les anime, mais la passion qui les fait vivre. Leur corps se meut de lui-même, indépendamment de ce que  commanderait leur cerveau. J'ai été impressionnée, comme Mrc C... par la vie que prennent les doigts du jeune-homme, "ces mains extraordinaires, vraiment uniques -, mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici je compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pur qu'elle ne fît pas exploser son être tout entier." Toutes les émotions se lisent également sur la visage de ce joueur, qui devient une veritable scène de drame pour Mrs C..., spectatrice fascinée et sidérée.

La fin de l'histoire n'en est pas moins dramatique... Mais comme le dit la vieille anglaise avec philosophie :"Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé."

 

 

01 mars 2012

Le chat et les pigeons

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4e de couverture : "Le plus anglais des milieux anglais : Meadowbank, collège très snob qui accueille les jeunes filles du gratin londonien de la gentry du Commonweath et de la crème des Emirats. Dans cet univers si distingué, quelques menus détails détonnent pourtant... Il n'y a que Poirot qui puisse percer tant de mystères."

Cela faisait un sacré bail que je n'avais pas lu une aventure d'Hercule Poirot dont je gardais des souvenirs délicieux. Mais ici, il se fait sacrément attendre.... au point que j'ai cru pendant un moment qu'il y avait une erreur sur la quatrième de couverture. En effet, l'enquête est menée par l'inspecteur Kelsey jusqu'à la page 180 où, ensuite Poirot apparaît enfin (alors que livre, dans cette édition, comporte 255 pages. Il faut dire que l'enquête est coton : meurtres d'enseignantes, enlèvement d'élève, raquettes de sport échangées. Les pistes se multiplient et l'inspecteur ne s'en sort pas. Mais ce n'est pas lui qui fera appel directement à Poirot, c'est l'une des élèves qui se rappelera de ses compétences notoires en matière de résolution d'enquête.

Ce roman a été écrit en 1959 et je dois dire que.... j'ai été un peu déçue. Autant j'ai trouvé l'une des solutions de l'intrigue tout à fait plausible, autant j'ai trouvé la deuxième tout à fait tiré par les cheveux (parce qu'en fait il y a deux résolutions distinctes). Sans parler d'un coupable qui meurt subitement après avoir expié son crime (je me suis même demandé si elle ne se moquait pas du lecteur, si c'était volontairement caricatural - avec Agatha tout est possible !).

Cela dit, on retrouve tout l'humour caustique de notre Agatha, avec un certain acharnement sur les enseignantes françaises, semble-t-il dans cette histoire : "Toutes ces Françaises sont incapables d'enseigner. Elles n'ont aucun sens de la discipline.". On apprend cependant une chose concernant l'âge réel d'une personne : "Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel." Mais elle ne dit pas en quoi...
Bien qu'écrit à l'aube des années 60, c'est un univers tout victorien que l'on retrouve ici, dans cet univers feutré d'un collège anglais snob à souhait.

Pas inoubliable, même si l'on passe quand même un bon moment, telle est ma conclusion.

Challenge Agatha Christie organisé par George

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