04 août 2010

Les derniers jours de Stefan Zweig

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4e de couverture : "Le 22 février 1942, exilé à Pétropolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte. Le geste désespéré du grand humaniste n'a cessé, depuis, de fasciner et d'émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d'une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres. Après la fuite d'Autriche, après l'Angleterre et les Etats-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d'avenir. Mais l'épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente - Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l'absolu."

Ce roman, du moins écrit comme tel et tiré d'un fait réel, revêt un aspect documentaire important, tant sur l'atomosphère de l'époque que sur l'état d'esprit de l'écrivain autrichien. Le rappel des événements, les crimes que commettaient les nazis à l'égard des juifs, quels qu'ils soient, célèbres ou non, l'état de psychose dans laquelle vivaient les gens, plonge immédiatement le lecteur dans une atmosphère glauque qui contribue à faire comprendre l'état d'esprit de l'écrivain autrichien en exil. Stefan Zweig fait partie des survivants. Beaucoup de ses amis se sont suicidés, d'autres ont été torturés, certains, comme lui, se sont exilés. Ses amis disparus, ceux d'un monde qu'il pense anéanti à tout jamais, le hântent : "La nuit il avait rendez-vous avec ses chers disparus. Tous ses proches passés dans l'autre monde semblaient descendre de l'au-delà pour lui rendre visite. Un cortège d'invités faisait la queue devant sa porte." Les grands écrivains, de Rilke à Thomas Mann, sont évoqués, d'un bout à l'autre du récit. Car Zweig s'interroge sur son devenir d'écrivain : "Est-on encore écrivain quand on n'est plus lu dans sa langue ? Est-ce qu'on est encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant?".

Si les morts et disparus le hantent comme des vivants la nuit , les vivants semblent rappeler sans cesse à Stefan Zweig qu'il est en sursis. La bêtise des propos d'un chauffeur de taxi brésilien, les lettres anonymes le menaçant de mort, Rio de Janeiro truffé d'espions de la Gestapo et un régime politique brésilien fort peu démocratique, sans parler de la rencontre avec un rabbin et de Bernanos ne sont pas pour lui faire croire en un avenir meilleur. L'écrivain autrichien se sent incompris. On veut qu'il soit juif alors qu'il est athée. On attend qu'il soit un super-héros ayant le pouvoir de distribuer des visas à tous les exilés, alors qu'il se considère comme un fuyard.

La mort hante le roman tout comme elle hante Sweig depuis longtemps. Le lecteur le découvre en même temps que Lotte à la lecture de son Kleist de 1925 où il faisait l'éloge du geste funeste du poète. Dès lors, la fin tragique semble inéluctable...

Le texte est porté par un style narratif très poétique et littéraire qui contribue a accenter la dimension romanesque de l'histoire.

Ce roman restitue de manière habile l'état d'esprit de l'écrivain tout en se gardant d'expliquer vraiment son geste fatal et encore moins de le juger. Cependant, j'ai eu du mal avec le style, qui, à la longue, m'a lassée. Ce n'en est pas moins un bon roman.

Voir aussi l'avis de Mlle Curieuse et d'Ankya

Lu dans le cadre du

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19 décembre 2009

L'élégance du hérisson

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4e de couverture : « Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bougeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’idée que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. »

L'histoire d'une rencontre entre 3 êtres qu'a priori tout sépare :

- une petite fille riche, mal dans la "méprisable vacuité de l'existence bourgeoise", avec un père "député après avoir été ministre et (qui) finira sans doute au perchoir, à vider la cave de l'hôtel de Lassay" et une mère  "éduquée", un doctorat de lettres en poche, qui passe son temps à assommer les gens avec des références littéraires

- une concierge "si conforme à l’idée que l’on se fait des concierges".

- un Japonais

Tout part de là : de  "l'imaginaire collectif" de notre société - bourgeoise - où le paraître prime sur l'être.

Une très belle histoire d'une vraie amitié où l'intelligence, au-delà des préjugés, permet d'aller à la rencontre de l'Autre.

Muriel Barbery prend le parti-pris de Marx et donc le contre-pied de la "bourgeoisie": elle écrit un roman dérangeant, qui n'a sans doute pas plu à tout le monde, mais que je trouve intelligent et doté d'un humour ravageur. Un pied de nez à l'apparente conformité des choses. Un coup de griffe à la France d'"en-haut".

La fin m'a fait sourire : image fatale du hérisson qui traverse la route !

Le seul bémol : le style, auquel j'ai eu du mal à adhérer.

Je n'ai pas vu le film qui a été tiré du film (une fois de plus!).