04 juillet 2015

Oeil sur la rentrée littéraire

 

Les vacances estivales viennent à peine de sonner mais cela fait déjà un moment que j'ai un oeil (pour ne pas dire les deux !) sur la rentrée littéraire qui débute dès la mi-août (et j'ai l'impression de plus en plus tôt).
Pas toujours évident de savoir ce qui va sortir, tout dépend des éditeurs et/ou des auteurs qui parfois cachent bien leur jeu. J'ai mené mon enquête, (parfois bien au-delà des catalogues, parce qu'ils ne sont pas vraiment tous à jour) et voici le résultat :

J'aurais bien aimé avoir dès à présent sur mes étagères deux Islandais :
Evidemment Arnaldur Indridason chouchou, même si celui-ci ne fait pas partie de la série Erlendur - mais j'ai lu tous ses romans traduits en français, donc celui-ci ne me fera pas faillir à la règle :

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(sortie le 1er octobre)

Et puis le très poétique et talentueux Jon Kalman Stefansson (dont j'avais beaucoup apprécié Entre ciel et terre et dont La tristesse des anges m'attend depuis trop longtemps dans ma bibliothèque), avec un titre pour le moins intriguant :

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(sortie le 20 août)

Résumé éditeur : «Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime.»
Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d'édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norðfjörður, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée.
Jón Kalman Stefánsson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefánsson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margrét, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jón Kalman Stefánsson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté."

On redescend un peu sur la carte, avec l'Ecosse et un inconnu. Mais la quatrième de couverture m'intrigue.

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(sortie le 10 septembre)


4e de couverture : "Un dimanche matin à Glasgow, Sammy, un ancien détenu pour vol à l’étalage, se réveille dans une ruelle, chaussé de souliers qui ne lui appartiennent pas, et tente de se rappeler ses deux dernières journées de beuverie. Sauvagement battu par la police, il se retrouve à nouveau en prison et, petit à petit, se découvre complètement aveugle. Les choses empirent encore : sa petite amie disparaît, la police l’interroge pour un crime mystérieux, il erre dans les rues pluvieuses de Glasgow, en tentant vainement de donner un sens au cauchemar qu’est devenue sa vie. Le médecin qu'il finit par consulter refuse d’admettre qu’il est aveugle et sa tentative d’obtenir des indemnités d’invalidité l’amène à se confronter à la bureaucratie kafkaïenne de l’Etat providence. Le livre est un long flux de conscience où Sammy essaye d’accepter sa cécité,  de trouver un secours médical, de comprendre où a disparu sa petite amie et d’échapper à la police qui le croit lié à un type qu’ils soupçonnent de terrorisme politique. Le protagoniste navigue avec un curieux détachement entre ingénuité et acceptation, avec une combinaison de courage et de méfiance qui sonne vrai, de même que certains dialogues entre mettant en scène les diverses autorités, les flics et plus tard son fils adolescent, modèles de rudesse, de tension et d’humour. Ce récit fait d’une prose torrentielle qui ne faiblit jamais, dans le langage non censuré du prolétariat écossais, est une parabole politique subtile et noire sur la lutte et la survie, riche d’ironie et d’humour noir." Ce roman a reçu le Booker Prize 1994. 

Et puis, (j'avoue que là j'ai ramé pour le trouver !) un nouveau Peter May

 

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(sortie le 2 septembre)


Résumé éditeur : "C’étaient les sixties. Une génération décidée à bousculer l’horizon s’engageait dans une décennie d’aventures et d’expériences nouvelles. Et ils étaient cinq, cinq gamins de Glasgow, grandis dans des familles modestes et réunis par l’amour du rock. Au son des Stones et des Kinks, de cette musique révolutionnaire, violente et romantique qui déferlait sur le Royaume-Uni, ils décidaient de fuir jusqu’à Londres, cette ville inconnue qu’ils appelaient « The Big Smoke » et où les attendait, ils en étaient convaincus, le plus brillant des destins. Ils étaient cinq et seuls trois d’entre eux revinrent à Glasgow avant même que finisse cette année 1965. Pour eux, rien ne fut jamais plus comme avant.Cinquante ans plus tard, un meurtre brutal va sortir trois vieux Écossais de leurs existences finissantes dans un ultime acte d’amitié. Revenant sur les pas de leur adolescence et de la fugue qui les emporta, à dix-sept ans, vers de cruelles désillusions, ils vont remonter jusqu’à la nuit terrible qui vit mourir deux hommes et disparaître pour toujours la jeune fille qui les accompagnait.S’inspirant de sa propre fugue entre Glasgow et Londres lorsqu’il était adolescent, Peter May livre un polar nostalgique autour des rêves perdus et des passions éteintes de la jeunesse. Dans une spirale éperdue, ses personnages sont emportés dans un même chaos à travers les décors d’un pays bouleversé par la modernité, où les espoirs d’antan n’en finissent pas de s’effondrer et où leur propre passage n’aura laissé aucune trace. Mais les larmes ne résilient ni le mal ni le mensonge. Et, au bout du compte, qu’est-ce que la mort d’un homme sinon l’effacement de ses propres crimes ?"

Côté littérature française, quelques valeurs sûres :

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(sortie le 26 août)

Résumé éditeur : "Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai."

Et puis une très bonne nouvelle en matière de littérature française, c'est un nouveau Sorj Chalandon, deux ans après l'excellent Quatrième Mur.

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(sortie le 19 août)


Résumé éditeur : « Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Chez les Belges, évidemment, il y a Amélie Nothomb qui m'a tellement fait rire l'an dernier que je pense y repiquer de nouveau !

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(sortie le 19 août)

« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »



J'ai gardé le meilleur pour la fin, avec un nouveau.... Roddy Doyle ! Parce qu'une rentrée littéraire sans Irlandais n'est pas une rentrée littéraire digne de ce nom ! D'ailleurs, à part Roddy, pas grand monde côté Irlande cet automne (mais qu'est-ce que c'est que ce boulot ?), alors je profiterai de celui-ci puisque, comme pour Arnaldur, j'ai lu tous les Roddy traduits en français et même quelques-uns non traduits. Donc pas question ici non plus de déroger à la règle...



(sortie le 2 septembre)

Résumé éditeur : "Cette nuit, le Grand Chien Noir est arrivé à Dublin. Il se faufile dans les maisons pour y distiller son poison, répandre la peur, insuffler la tristesse et la morosité. Les animaux de la ville ont tenté de prévenir leurs maîtres, en vain. Le Grand Chien Noir s'est installé sur les épaules des adultes et aussi sur celle de l'oncle Ben. Alors, pour rendre le sourire à leurs parents, les enfants de Dublin, menés par Gloria et Simon, décident de le combattre..."

Voilà. Je suis presque sûre que j'oublie un scoop ! :)
Bonne lecture !

EDIT DU 22 JUILLET :

Eh bien voilà, je me doutais qu'il aurait des Irlandais cachés derrière les étagères pour la rentrée littéraire :

Un nouveau venu : Darragh McKeon qui propose une histoire qui se passe en URSS, sur fond de Tchernobyl...

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(sortie le 20 août)

Présentation de l'éditeur : "En URSS, en 1986.
Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins.
Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture, et tente de faire oublier son passé de dissidente.
Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s'étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé.
Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières de l'aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante.
Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer."
La vie de ces quatre personnages va changer. Le monde ne sera plus jamais le même...

 

Il y a également le deuxième roman traduit de Paul Lynch, dans son Donegal chéri

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(sortie le 19 août)

 Présentation de l'éditeur : "Son nouveau roman raconte le retour d'un émigré irlandais au pays. Après des années passées à New York, Barnabas Kane retrouve le Donegal en 1945 et s'installe sur une ferme avec sa femme et son fils. Mais l'incendie, accidentel ou criminel, qui ravage son étable, tuant un ouvrier et décimant son bétail, met un frein à ce nouveau départ. Confronté à l'hostilité et à la rancoeur d'une communauté qui l'accuse d'avoir tué l'un des leurs, il devient un étranger sur son propre sol. Confiné sur cette terre ingrate où l'inflexibilité des hommes le dispute à celle de la nature, Barnabas Kane va devoir choisir à quel monde il appartient."

Il est à parier qu'il y aura encore des surprises et que ce billet sera mis à jour au fur et à mesure des découvertes (fracassantes) ...

EDIT DU 29 JUILLET :
Encore quelques Irlandais dégotés derrière les étagères, avec l'aide de la page Facebook de ma copine de Lettres d'Irlande :

 

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(sortie le 27 août)

Présentation éditeur : " Une fille est une chose à demi nous plonge dans les replis intimes de l’existence d’une fille en devenir.La voix âpre et puissante de sa narratrice, grandie au sein d’une famille brisée, dans une Irlande écrasée par le poids de la religion, happe littéralement le lecteur dans un flux de conscience cru et poétique. Soliloque enragé, solaire, le texte saisit parfaitement les ambiguïtés de cet entre-deux, de ce temps où l’on est une fille, pas encore une femme. La violence, l’amour filial et fraternel, la découverte de soi, de la sexualité, la honte chevillée au corps : rien n’échappe au talent de l’auteur.
Récit brutal et dérangeant s’il en est, le premier roman d’Eimear McBride est un phénomène à part dans la littérature contemporaine, une expérience de lecture unique qui a propulsé l’auteur parmi les voix les plus prometteuses de sa génération."

Un nouveau Colm Toibin également

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(sortie le 20 août)

Présentation éditeur : "Ils sont deux à la surveiller, à l'interroger pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu'elle refuse. Seule, à l'écart du monde, dans un lieu protégé, elle tente de s'opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. Lentement, elle extirpe de sa mémoire le souvenir de cet enfant qu'elle a vu changer. En cette époque agitée, prompte aux enthousiasmes comme aux sévères rejets, son fils s'est entouré d'une cour de jeunes fauteurs de trouble infligeant leur morgue et leurs mauvaises manières partout ou ils passent. Peu à peu, ils manipulent le plus charismatique d'entre eux, érigent autour de lui la fable d'un être exceptionnel, capable de rappeler Lazare du monde des morts et de changer l'eau en vin. Et quand, politiquement, le moment est venu d'imposer leur pouvoir, ils abattent leur dernière carte : ils envoient leur jeune chef à la crucifixion et le proclament fils de Dieu. Puis ils traquent ceux qui pourraient s'opposer à leur version de la vérité. Notamment Marie, sa mère. Mais elle, elle a fui devant cette image détestable de son fils, elle n'a pas assisté à son supplice, ne l'a pas recueilli à sa descente de croix. À aucun moment elle n'a souscrit à cette vérité qui n'en est pas une."

 

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(sortie le 20 août)



Présentation éditeur : "Le père de James Lavery est mort. Son fils est persuadé qu’il s’est sacrifié pour l’Irlande. Cherchant désespérément à échapper à sa pesante solitude, a sa pénible vie quotidienne et à l’alcoolisme envahissant de sa mère, James se crée son propre monde : il devient ainsi le héros d’une série d’aventures fantastiques qu’il rêve au fil des jours.
Mais les années passent et James entrevoit des étincelles de vérité à propos de son père. Alors qu’il embarque lui-même dans sa première histoire d’amour, il commence a comprendre les vraies complexités de la vie.
Dans cette histoire d’initiation, John Lynch révèle dans un style serré, la vulnérabilité et les incertitudes d’un garçon de dix-sept ans qui quitte l’enfance."

Donc tout plein d'Irlandais que je ne connais pas moi-même ! Il faut vraiment fouiller pour les trouver...

EDIT DU 17 AOUT : Encore un roman Irlandais, aux Editions Joëlle Losfeld : Charlie le Simple de Ciaran Collins.

Présentation éditeur "Charlie est affublé d'un surnom particulier, gamal, qui vient du vieil irlandais et qui signifie idiot, retardé. Bien qu'étant un adolescent un peu spécial, Charlie est pourtant tout sauf stupide. Poussé par son psychiatre, le Dr. Quinn, qui lui a conseillé d'écrire mille mots par jour, Charlie relate, dans son journal, les événements traumatisants qu'il a vécus. Mais il ne sait pas par où commencer, il n'est pas certain non plus de vouloir revivre l'histoire horrible de ses deux meilleurs amis, Sinéad et James. Charlie rechigne à la tâche, il n'arrive pas à écrire, ne voulant pas retomber dans un passé douloureux, encore présent. Où commence réellement son histoire ? Quand Sinéad l'a défendu devant tous leurs camarades pour la première fois ? Quand elle est tombée amoureuse de James, brisant ainsi le cœur de tous les autres garçons de la classe ? Ou quand Charlie a été accusé d'un crime qu'il n'a pas commis ? La narration extrêmement intelligente et pleine d'humour de l'auteur rend le personnage de Charlie très attachant, malgré l'histoire tragique qu'il nous raconte."

 


Parution le 1er octobre.

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 Edit du 12 septembre :
Une belle critique dans Lire (parfois je leur fais confiance et un nom qui me dit vaguement quelque chose sans trop que je sache pourquoi (Alzheimer me guette ou mes neurones sont en ce moment un peu surchargés), un sujet qui a l'air original : et hop, un de plus dans ma sélection éclectique de la rentrée littéraire

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Présentation éditeur : "Dans un futur proche, Tim est un jeune chercheur ; il entretient une relation fusionnelle avec Today, son assistant androïde. Lorsque Tim est envoyé une semaine en cure de déconnexion dans une campagne isolée, sans réseau ni communications, le robot, livré à lui-même, va s'essayer à l'autonomie. Tim fait l'expérience de la solitude et du sevrage. Plongé en pleine nature, il découvre le lien puissant qui l'unit à la terre, au ciel, aux animaux. Le jeune homme se dévoile au fil des situations tandis qu'on assiste, ému et réjoui, à la naissance d'une conscience et d'une personnalité originales : celles du robot. Dans un texte où affleurent sans cesse l'humour et la poésie, Isabelle Jarry nous propose quelques visions de ce que pourrait être le monde de demain, ou plutôt de cet «aujourd'hui magique», que nous voudrions enchanté par la technologie."

 

 Edit du 3 octobre :

Je pensais en avoir terminé avec mes "trouvailles" de la rentrée littéraire. Mais, voilà... Hier en partant me procurer d'urgence le dernier Arnaldur Indridason, je suis tombée sur ce roman français qui se passe en Ecosse, dans les Hébrides, et qui parle de littérature. Une romancière française qui parle du pays du kilt, ce n'est pas tous les jours que ça arrive. Il n'en faut pas plus pour aiguiser ma curiosité !

 

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Présentation éditeur : "Franck a rencontré Emilie il y a huit ans. Il est convaincu qu'elle est la femme de sa vie. Mais la jeune femme, thésarde, connaît une passion sans bornes pour l'écrivain policier Galwin Donnell, mystérieusement disparu en 1985. Elle se rend sur une petite île pour organiser un colloque qui lui est consacré. Franck compte l'y rejoindre et la demander en mariage. Mais rien ne se passe comme prévu."



Un autre roman français, un premier roman de surcroît, cette fois qu'on m'a mis entre les mains. A priori, les histoires de famille en littérature, ce n'est pas trop mon truc (même si je fais des exceptions en fonction de l'auteur), mais je suis curieuse...

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Présentation éditeur : "Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entredeux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?
La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur."

 


20 juin 2015

La gueule du loup

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Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l'île en direction de la capitale où elles découvrent l'envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l'exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l'aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller "cash" : je suis très déçue par ce roman et c'est d'autant plus dommage que les pistes initiées (l'exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d'une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n'avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d'un thriller sur fond documentaire. L'environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j'ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s'expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop "djeunse" pour être totalement crédible.
Quant au "méchant", il échappe de manière tout à fait miraculeuse d'une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d'ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu'il n'était pas si malin...
L'intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d'un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu'au bout et ce n'est pas à elle qu'il va arriver ce que je vais appeler "quelques bricoles"...

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j'ai vraiment détesté jusqu'à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n'apportera rien.


Extraits  :

"Quand elles te sucent, t'as peur qu'elles y laissent les dents." (p.53)
"Qu'il me baise, c'est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal" (p.75)
"Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu'à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères" (p.75)
"Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami !"
"Et il s'est pointé à la maison, la queue entre les jambes (...)" (p.114)

Il semble qu'on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu'est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d'écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité...
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J'avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d'autant plus déçue - deux fois de suite que ça m'arrive, c'est dur !

 

10 juin 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville - tome 2 : Les jumeaux Traîne-Malheur

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Traduction : Anaïs Goacolou



Rappelez-vous : en janvier vous m'avez suivie dans Sinistreville, à la rencontre d'Hubert très très méchant. Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l'imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m'attendais à retrouver Hubert mais en fait il s'agit d'une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de "Jumeaux Traîne-Malheur", abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l'argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d'amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec "une tête étonnamment ronde et [un] visage d'une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes".  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s'appelle d'ailleurs Morbide...

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d'horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n'y a qu'un pas pour s'évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur...
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d'inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu'ils n'ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J'ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprenent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d'Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d'une conversation, elle sème elle-même le doute : "L'apparence est presque toujours trompeuse. (...) Tenez, lisez n'importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants." On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n'avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive....

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J'ai failli abandonner ma lecture.
C'est vraiment dommage ! J'ai été d'autant plus déçue que j'avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m'avait fait sourire par son humour caustique. L'horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s'émousse et l'humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

 

 

 

06 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



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01 juin 2015

Nord-Michigan

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Traduit par Sara Oudin



Joseph vit dans une bourgade perdue du le Nord-Michigan, près de la Pine River. Il a 43 ans, tente de s'occuper de la ferme de ses parents. Il est également instituteur, métier qu'il déteste et exerce par nécessité et non par vocation. D'ailleurs, au moment où l'on ouvre le roman, on sait déjà qu'il n'en a plus pour longemps dans cette école. Joseph est un solitaire. Il préfère la pêche et la chasse à la compagnie humaine. Sauf en ce qui concerne les femmes... Quand une de ses élèves, Catherine, lui fait des avances, au lieu de les ignorer pour éviter les pires ennuis, il fonce sur l'occasion. C'est d'autant plus dangereux qu'il fréquente également depuis toujours (ou du moins une éternité) son amie d'enfance, Rosealee, qui est aussi sa collègue à l'école. Pourtant, il n'envisage pas vraiment de faire sa vie avec elle. Il habite avec sa mère, mourante, et qui décédera au cours de la narration. Quand il n'est pas avec ses maîtresses, Joseph adore également la compagnie d'une bouteille de whisky ou des poèmes de Keats et Witman, un échappatoire efficace.

L'histoire va tourner autour de l'indécision de cet homme à choisir entre Catherine ou Rosaelee. On découvre également au fur et à mesure le passé de Joseph, l'accident qui l'a rendu infirme et inapte à l'incorporation pendant la 2nd Guerre mondiale; ses petits frères et soeurs morts bébés des affres de la diphtérie, toute une histoire de famille douloureuse. Des souvenirs incessants qui hantent Joseph, l'empêchent de vivre et le conduisent à un comportement suicidaire. Bref, vous l'aurez compris, cet homme n'est pas vraiment un gai luron.

Jim Harrison offre une photographie de la vie dans le milieu agricole du Nord-Michigan à la fin des années 50. Le titre original du roman est d'ailleurs Farmer. Je dois avouer que ça ne fait pas très envie ! Entre alcool, ennui profond et dépression. J'ai vraiment eu du mal avec le personnage perpétuellement indécis, trop dépressif à mon goût. J'ai regretté que le roman focalise sur ses relations sexuelles avec Catherine et Rosaelee. J'ai fini par trouver ça indigeste. L'intrigue en elle-même ne m'a donc pas plu.

Par contre, j'ai vraiment apprécié la part belle que fait Jim Harrison à la nature et aux animaux. Des animaux qui paraissent parfois bien plus intelligents que les humains, comme l'anecdote sur un coyote qui roule dans la farine Jospeh, complètement fasciné par l'animal. La forêt est décrite avec un humour et une saveur culinaire sans pareil  :

"Les grouses étaient en somme de somptueux dîners sur pattes qui se baladaient dans la forêt en attendant d'être tuées et mangées."

Jim Harrison met aussi l'accent sur les origines des gens qui peuplent ce village du Nord-Michigan : le père de Joseph était suédois; le médecin de famille est d'origine galloise. Le machisme des hommes n'est pas en reste : les fermiers considèrent les filles comme des bouches inutiles. 

Une peinture sociale qui fait assez froid dans le dos, un roman à l'ambiance étouffante, (peut-être un peu trop à mon goût) malgré la nature sauvage qui peuple les pages. J'ai été un peu trompée sur le sujet par le titre français"Nord-Michigan", assez vague, et la couverture de cette édition de poche. Le roman focalise vraiment sur le personnage du fermier célibataire et dépressif.

C'est le premier roman que je lis de Jim Harrison. Je pense poursuivre malgré tout, puisqu'il est un géant incontournable de la littérature américaine  et que son attrait pour la nature et l'Histoire du Michigan, entre autres, ne peuvent que m'intéresser.



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25 mai 2015

Il était une rivière

Il était une rivière

Traduit par Elisabeth Peellaert

Margo Crane, 16 ans, est née au bord de la rivière Stark, affluent de la Kalamazoo dans le Michigan. Sa famille est dans le genre famille compliquée à embrouilles à n'en plus finir. Jusqu'au jour où son oncle Cal abuse d'elle. Ce qui aggrave encore un peu plus l'histoire familiale. Pour ne pas arranger les choses, sa mère dépressive quitte la maison et son père est assassiné par un de ses neveux. Margo se retrouve orpheline. Elle va partir à la recherche de sa mère mais elle devra trouver ses marques toute seule puisqu'elle se retrouve livrée à elle-même, avec comme seule modèle, celui d'une femme ayant vécu le siècle dernier et championne de tir : Annie Oakley. Margo ne se séparera jamais du livre écrit par cette femme, le seul qu'elle a lu.

Au tout début du roman, j'ai eu peur que ça tourne à une histoire de vengeance familiale à coup d'armes à feu. Heureusement, ce n'est pas le sujet. Plutôt celui d'un apprentissage de la vie au fil de l'eau. Nous sommes plongés du début à la fin dans l'univers des hommes des rivières du Michigan. Au fil de son périple sur sa barque River Rose, Margo aura souvent affaire à des hommes peu recommandables, qui vont profiter de sa beauté et de sa générosité. Pourtant, Margo n'est pas non plus une petit chose sans défense : elle ne se sépare jamais de ses armes qu'elle manie avec une dextérité qui épatera la gente masculine. Elle apprend aussi à mentir et deviendra une tueuse. Ouaip, la gamine tourne vraiment à la sauvage à un moment donné, mais c'est pour sauver un homme qu'elle trouve charmant, doux et gentil et qui souhaite... l'épouser. Mise au pied du mur devant son crime, Margot fera un choix : celui de continuer sa route plutôt que de risquer la prison. La rivière et la forêt, c'est son univers, son Paradis vert que pour rien au monde elle ne souhaite quitter.

On se prend une sacrée bouffée de chlorophylle et de verdure avec ce roman. Le texte s'attarde pour notre plus grand plaisir sur les bruits de cette forêt du Michigan, peuplée de cerfs, d'écureuils volants, de criquets de minuit, de lucioles, de grenouilles arboricoles "qui piaillent comme des insectes", ou de rats musqués (et encore je ne cite pas tous les animaux rencontrés). Avec la gamine, on apprendra la chasse, la pêche, la cueillette des vesses-de-loup géantes et des poulets-des-bois, ou comment dépecer des ratons-laveurs ou des rats musqués sans abîmer la fourrure, très prisée, que l'on peu vendre pour se faire de l'argent. Si vous avez un peu un âme d'écolo ou de trappeur, vous serez aux anges.

"Tandis que juillet s'épanchait sur le mois d'août, Margo écoutait les colonies de jeunes rouges-gorges picorer dans les taillis en si grand nombre que les sous-bois semblaient vivants. Elle observait les sitelles qui s'élançaient des arbres et tombaient en spirale tête la première, touchant le sol pour remonter aussitôt. Elle observait les vautours aura voler en cercles hauts dans le ciel chassant à l'odeur les créatures ayant survécu à l'été."

Un texte magnifiquement écrit, poétique, à la decription minutieuse et très bien documenté sur la vie dans cette partie du Michigan. Nous sommes dans les années 70, près d'une petite cité ouvrière mais pourtant, tout au long du roman, du fait de la vie sauvage de Margot, on a l'impression d'être dans une nature totalement vierge. Pourtant, Bonnie Jo Campbell s'attache également, par touche, à décrire la pollution de la Kalamazoo, comme pour nous ramener à la réalité sans toutefois interrompre trop brusquement notre promenade.

Quand Margo quittera son univers natal (toujours dans le but de tenter de retrouver sa mère), elle fera la connaissance d'un étrange Indien, venu à la recherche de ses ancêtres, les Potawatomi. Cette rencontre bouleversera à tout jamais la vie de la jeune fille, même si elle n'en aura pas conscience sur le coup. Mais en tout cas, dans sa tête, elle porte (comme moi, d'ailleurs) un image d'Epinal concernant les Indiens d'Amérique : "Sitting Bull ne dirait pas bon sang de bonsoir et hum et sacrebleu et vachement." Et puis cet Indien porte un jean et un tshirt.... (Si vous n'avez jamais rencontré d'Indiens, sachez que nous avons tous un mythe bien ancré dans notre tête de Blanc : celui l'homme habillé de peau et de plumes, et que 3 secondes, on se fait cette réflexion complètement idiote, je sais de quoi je parle :p ).

J'ai apprécié la juste de la rencontre entre Margo et cet homme. L'écrivain n'élide pas non plus le problème de l'alcoolisme, un réalité indienne contemporaine. Mais le personnage le plus attachant est celui de "Smoke", un vieil homme malade, en phase terminale, solitaire, bourru mais avec un coeur immense, qui fera office de grand-père par substitution pour Margo. Une rencontre touchante entre deux êtres solitaires qui ont décidé de vivre leur vie comme ils l'entendent, de rester libres, à tout prix et jusqu'au bout...

Margo devra décider du prix à payer pour rester libre tout en étant en paix. Un très beau roman sur une quête initiatique sur fond de Nature Writing. Difficile de replonger directement dans un autre roman après une lecture pareille. Je vous la recommande si vous avez besoin de grand air et de liberté : ça fait du bien !

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16 mai 2015

Les filles de l'ouragan

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Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d'ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste "soeurs d'anniversaire". Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l'art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d'une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s'installer en Pennsylvanie. On peut penser que s'en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l'habitude de se voir une fois par an pour la date d'anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d'anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l'image de la météo du jour de leur conception...

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d'alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d'Amérique au fil du temps, d'aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n'ont pas connaissance. 
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu'elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l'art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l'érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu'à ce qu'un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s'intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C'est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intégre l'Ecole d'agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu'elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l'histoire!
En tout cas, on ne s'ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n'aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l'endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal...
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s'il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s'y plier, mais pour combler l'exaltation artistique qui l'a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d'une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l'intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l'histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l'avoir terminé. J'ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j'apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L'homme de la Montagne (merci Festival America !). J'ai adoré l'ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d'aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c'est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu'on devine peu ou prou l'intrigue bien avant la fin parce qu'il y a trop d'indices pour que l'on n'y pense pas ! Mais en même temps, ce n'est pas tout à fait ce à quoi on s'attend....

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A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces. Je suis déjà embarquée pour le Michigan.

 

 

 

14 mai 2015

Les Grinche à la dérive

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Traduit par Marie Hermet

Rappelez-vous, il y a quelques mois, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d'aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d'une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d'une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu'il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l'aventure. "Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau." Et voilà, c'est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s'est agrandie : Mimi (l'ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d'une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l'ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d'histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer...

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l'insulte. Mais on se rend compte qu'ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : "lampadaire", "coloquinte""crâne de piaf", "bouche d'égout", "oeuf à la crème", "guitoune","mirliflore"... (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d'amour vache qu'ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D'ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d'insulte : "On n'a pas le droit de se donner des noms qu'on est incapable d'épeler." Même si elle ne court qu'un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi "lourd" mais il m'est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu'ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s'ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l'histoire montrera qu'ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C'est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très "classe" et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes...

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu'elle est, c'est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l'aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c'est "son aventure", les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l'origine de tout, eh bien ce n'est pas moi qui vous le dirait car c'est une vraie surprise et un vrai clin d'oeil de l'auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité... D'ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L'auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d'attirer son attention, (et de rendre hommage à l'illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

 

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 Il explique ce qu'il pourrait écrire ou pas : "Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu'elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l'histoire n'est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche."

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Je lui ai trouvé un petit air d'auteur à ce grand-père-là

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ou alors c'est mon imagination, c'est tout à fait possible, mais quand même...

j'ai trouvé pas mal de clins d'oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d'irlanditude... Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu'il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel "O'Neill", une Speedy-Kitty "McGinty", un lieu nommé "Gillian's Field" et même une allusion à  "Dublin" (qui m'a fait l'effet d'avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  :)

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d'une belle solidarité familiale et d'un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l'humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite...

Merci à Flammarion.

 

 

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09 mai 2015

L'été des pas perdus

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4e de couverture : "Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d'un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble."

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n'est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s'il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l'emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n'est pas celui des champignons !), elle observe et s'interroge : "il n'y a que des vieux, certains bien, d'autres miteux, piteux, malheureux. Qu'est-ce qu'il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ?"
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n'est jamais cité.
Alors, parce qu'"il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c'était hier",  (...) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (...). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (...), les bateaux, (...) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie.", et qu'il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l'y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l'accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu'à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe "parce qu'on reste toute sa vie le petit qu'on a été.
Et qu'on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n'en a pas eu."

L'occasion aussi pour la petite Madeleine d'une belle leçon d'Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d'un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l'autre Madeleine, la soeur de son grand-père...

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs. 
Un récit où le personnage du grand-père n'est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu'il a toujours été.

Au-delà du sujet de la maladie d'Alzheimer, ce fut pour moi une belle lecture pour 8 mai !
Disponible à partir du 13 mai dans toutes les bonnes librairies.

Merci à Flammarion de m'avoir permis de choisir ce livre !




 

08 mai 2015

Mission collège - Une aventure d'Antoine Lebic

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4e de couverture : "C'est décidé, Antoine Lebic passe à l'action. Dès la rentrée, il enquêtera sur les dangers qui guettent les élèves de 6e ! Pour remplir sa mission, il est prêt à tout : ne pas faire ses devoirs, pénétrer de nuit dans le collège, infiltrer la salle des profs...
Bientôt, grâce à lui, plus personne n'aura peur du collège."

Ca commence comme dans un film, avec "une mini-scène avant le générique pour expliquer tout de suite de quoi on va parler" . Dans cette séquence d'ouverture, Antoine Lebic "vient de vivre son dernier jour en CM2", "on voit (...) qu'il a peur d'entrer en sixième. Vraiment peur." Il faut qu'il trouve une solution pour surmonter sa "gigantesque trouille". Et puis, au premier chapitre, le gamin, en regardant Mission impossible, décide de devenir "agent secret infiltré en territoire ennemi". Il s'invente une mission: enquêter sur les dangers qui guettent les sixièmes." Sur le modèle de James Bond, Antoine monte une équipe de choc avec ses camarades et c'est parti...

Pour avoir dans mon entourage des enfants qui s'apprêtent à franchir le cap de la sixième, je me disais que ça pouvait être pile poil la lecture qui les intéresserait, d'autant plus que ça s'annonce sur le ton de la dérision et du comique. A la fin du livre, on trouve le dossier "top secret" rédigé par Antoine après sa mission.

J'avoue d'emblée que j'ai, dès le départ, tiqué. Antoine passe du statut de mort de trouille à celui de James Bond d'un coup, comme par magie, juste en regardant un fim : un peu too much, même dans le registre comique. Personnage de gamin peu crédible.
Puis ensuite, le récit de ses aventures part vraiment dans le registre du rocambolesque. Encore une fois, pourquoi pas. Mais la lecture est brouillée par la reproduction des "notes" prises par Antoine ou les autres gamins, les SMS qu'ils s'envoient, les dessins divers, jusqu'à en surcharger le récit principal. (C'est d'autant inutile pour la plupart qu'on retrouve les notes à la fin du roman, dans le dossier "Mission collège").  Parfois, on perd le fil.

Ensuite le contenu m'a parfois agacée, même si c'est supposé être une fiction sur le registre du comique.
Les gamins se cachent dans le collège après la dernière heure de cours, attendent que tout le monde s'en aillent, découvrent que la principale et son adjoint dorment sur place. Ils descendent dans les locaux de l'administration sans avoir à désamorcer aucune alarme, juste à crocheter une serrure de porte de bureau. Ils font tomber une lampe torche dont le verre, en se brisant sur le sol, alertent le gardien et la principale. Mais ces derniers pensent que la cause du bruit est la chute d'un cadre suspendu. Les élèves s'infiltrent dans le bureau de la secrétaire pour voler les codes d'accès des profs au logiciel Viescolaire.com où les parents peuvent consulter en ligne ce qu'ont mis les enseignants (dans la vraie vie, c'est Viescolaire.net). Ils arrivent à accéder au contenu de l'ordinateur du secrétariat juste en appuyant sur le bouton "on".  Dans les tiroirs du bureau ils trouvent un "bulletin vide" (un bulletin vierge j'imagine!)....
C'est bien connu,  les collèges ne sont pas dotés d'alarme se déclenchant à la moindre intrusion, on rentre dans les ordinateurs comme dans du beurre et il n'y a qu'à ouvrir les tiroirs pour trouver des documents vierges déjà signés... Un peu facile !

Enfin, dans le document "Mission collège", il y a pas mal de choses inexactes ou plutôt mal définies :
Le Conseiller Principal d'Education (dont il est beaucoup question dans ce roman) "c'est le boss des surveillants". En voilà une définition galvaudée ! Un CPE est certes le supérieur hiérarchique des surveillants, mais certainement pas un surveillant général, comme ça le laisse sous-entendre. Ca n'existe plus depuis plus de trente ans ! Depuis, les missions ont beaucoup changé. Sa mission est dans son titre de fonction.
"Si tu fais vraiment l'andouille en classe, on t'envoie chez le CPE. Si tu as plein d'absences ou de retards, on t'envoie chez le CPE. S'il y a une embrouille dans la cour, on t'envoie chez le CPE. Si tu te fais choper dans la réserve de la cantine, on t'envoie chez le CPE." Il manque quelque chose d'essentiel : "Si tu as des problèmes, tu peux aller voir le CPE pour en parler". Un CPE n'est pas là que pour réprimander mais surtout pour écouter, conseiller, détecter les problèmes et aider à les résoudre. Pour un roman jeunesse, c'est quand même important de le signaler. Dommage d'ailleurs qu'ici ce ne soit pas franchement un personnage sympathique !

Autre exemple :
"C.D.I (Centre de Documentation et d'Information)
C'est la bibliothèque du collège. Encore une preuve qu'ils compliquent tout exprès.
Quand il est ouvert (mais chez nous, c'est rare), tu y trouves des livres, des dictionnaires, des ordinateurs et des imprimantes." 
J'en connais qui seront ravi(e)s de lire ceci !! Et il y a une subtilité entre CDI et bibliothèque, entre bibliothécaire et professeur documentaliste...

Bref, un ensemble de choses qui ont fait que je n'ai pas adhéré à ce roman. J'aime bien les romans déjantés mais quand ça se tient. Je suis plutôt bon public avec les situations comiques, mais là j'avoue que je suis restée de marbre.

J'ai eu du mal à terminer ma lecture, pas franchement convaincue que ce soit le meilleur guide de survie pour aider les élèves de CM2 à franchir le pas sans crainte.
Un rendez-vous manqué donc.

Merci aux Editions Casterman !