08 juin 2014

Sur la route de Blue Earth

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Hattie et Dolorès, deux jeunes Américaines du New Hampshire, décident de sauver Speed, le vieux cheval des Ferguson, destiné à l'abattoir. Speed a passé toute sa vie dans des foires, à promener des enfants sur son dos. A tel point que lorsqu'il y a un chemin sur sa gauche, il prendra inexorablement cette direction. Pour Hattie, son esclavage sur les manèges l'a dénaturé. Ce qu'elle veut, c'est lui offrir une vraie vie de cheval. Alors, les deux amies subtilisent une camionnette à un cousin, Hattie laisse une lettre d'explication aux Ferguson et elles tracent la route, direction le grand Ouest et son mythique "Big Sky", ou plutôt Blue Earth, là où le ciel s'ouvre comme nulle part ailleurs. Là, Speed pourra terminer sa vie dans la grande prairie, aux côtés de ses congénères sauvages.

L'occasion pour les deux amies de laisser leur ancienne vie derrière elle, de devenir adulte. Dolorès en a conscience : "Tu sais, parfois, je pense que notre vraie raison pour partir avec Speed et pour l'emmener jusqu'à la grande prairie, c'est qu'on ne veut pas qu'il passe le reste de sa vie à tourner en rond. Tu vois ce que je veux dire ? Speed, c'est nous". Les deux gamines ont une vie de famille un peu cabossée, en particulier Dolorès, que sa mère vient de mettre à la porte et dont le père a quitté le foyer il y a des années sans se soucier de sa fille. Les parents de Hattie ont divorcé et elle vit avec sa mère.

L'occasion aussi pour elles de faire prendre conscience à leurs proches qu'elles existent. Leur décision folle de traverser les Etats-Unis seules, chamboulera leurs familles qui n'auront de cesse de savoir où elles sont et ce qu'elles font. La distance ressoudera les liens et permetttra à tous de prendre du recul et de choisir une nouvelle route dans leur vie.

Un magnifique roman, très distrayant, aux deux héroïnes attachantes par leur grand coeur, leur sensibilité et leur amitié indéfectible. Des gamines libres à qui on pardonne leur inconscience d'adolescentes. Mais le vrai héros est Speed, tellement vieux qu'on ne sait pas vraiment quel âge il a. Il tient le lecteur en haleine : arrivera-t-il à destination vivant ? Parviendra-t-il à passer l'hiver rude de la grande prairie ?

Un road trip où l'on croise des personnages hauts en couleurs, en particulier les mythiques cowboys au Stetson vissé sur la tête, fan de rodéos.
J'ai lu ce livre quasiment d'une traite, ne pouvant le lâcher, happée par la cavale vers l'Ouest, me nourrissant, avec les héroïnes, de sandwiches fraise-beurre de cacahuètes et de Cheetos. Dépaysement garanti et optimisme sont au rendez-vous !

Une écriture à la fois simple, soignée et poétique en font définitivement un roman de qualité, qui saura séduire les jeunes lecteurs (à partir de 12 ans) mais aussi les adultes.

Merci à Flammarion Jeunesse de m'avoir permis de choisir ce roman. C'est une belle découverte !


 

 

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05 juin 2014

Lucie Aubrac, résistante

 

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En cette veille de  commémoration du 70e anniversaire du Débarquement des Alliés voici un roman jeunesse sur une figure de la Résistance : Lucie Aubrac, ou plus précisément le couple de résistants qui se fera appeler après la guerre, Raymond et Lucie Aubrac.

En 1938 Lucie Bernard, jeune agrégée d'Histoire, enseigne à Strasbourg où elle rencontre Raymond Samuel, ingénieur qui rentre tout juste des Etats-Unis où il a terminé un master. Il est à Strasbourg pour faire son service militaire. Lucie est d'origine modeste et de confession catholique, alors que Raymond est issu de la bourgeoisie et juif. Tout aurait pu les séparer. Et pourtant ils ne se quitteront plus, emportés par le tourbillon de l'Histoire et leur révolte devant la France asservie par les nazis avec l'aide de Pétain.

Philippe Nessmann a choisi de faire parler Raymond dans son roman et de le faire parler à la première personne, afin de donner de la vie à son récit, son but ultime étant de faire connaître les actions du couple aux jeunes lecteurs. Ce n'est pas chose aisée de mimer le témoignage, d'autant que Raymond et Lucie étaient décédés quand il a décidé d'écrire le livre. Il a donc compulsé leurs écrits afin d'être le plus exact possible.

Ce roman historique se lit comme un thriller. Il restitue bien l'ambiance paranoïaque et surréaliste de l'époque, tout d'abord dans la zone libre au début de la guerre, où "les gens acceptaient plutôt bien la défaite", où "tout le monde paraissait d'autant plus soulagé du retour à la paix que l'occupant était absent de la zone libre : on n'y voyait aucun uniforme allemand, aucune croix gammée, aucun signe visible de défaite". Les gens écoutaient sagement ce que leur racontait le maréchal Pétain", qui "martelait que la guerre était due à la perte des vraies valeurs, à la décomposition de la IIIe République, au péché d'avoir cru au Front populaire et aux congés payés"....
Puis comment l'étau s'est resserré, la traque aux juifs, aux communistes, et à toute résistance aux nazis a été mise en oeuvre, obligeant les gens à se cacher comme des rats, à changer d'identité, à fuir quand ils le pouvaient. Comment surtout, puisque c'est le sujet du livre, la Résistance s'est peu à peu organisée, hiérarchisée, étendue. Le rôle de De Gaulle, qui depuis Londres a appelé tous les mouvements de Résistance à s'unir, par la bouche de son émissaire Jean Moulin. Lucie et Raymond s'engagent dans le mouvement de Résistance Libération Sud dès le début, oeuvrent avec des moyens rudimentaires pour distribuer des tracts. Ils créent le journal Libération. Lucie est une vraie héroïne des temps modernes, qui libère trois fois Raymond de prison au péril de sa vie. Les "petites graines semées par la Résistance avaient fini par germer" : "une part croissante des Français, qui osaient prendre des risques et soutenir les résistants".

Un joli portrait d'une femme au tempérament hors du commun, mais qui est surtout l'occasion de plonger le jeune lecteur dans une page grave et douloureuse de l'Histoire de France. Ce roman, très documenté et détaillé, se lit pourtant facilement. Un album photo à la fin de l'ouvrage permet au jeune lecteur d'enrichir sa lecture. On y voit notamment la descente des Champs Elysées par le Général de Gaulle. Philippe Nessmann rappelle que de Gaulle voulait avant que Paris se libère seule, que le pays soit un pays de vainqueurs et non un pays vaincu, administré par l'Allied Military Government of Occupied Territories (gouvernement militaire britannico-américain chargé d'administrer les territoires libérés).
En cette veille de commémoration du Débarquement, il est bon de le rappeler !

Un livre intéressant par sa richesse documentaire et son écriture trépidante.
Mon seul bémol va aux dialogues amoureux entre Raymond et Lucie, qui sont un poil trop niais  ("Oui mon chéri je le veux, bien sûr que je veux être ta femme" ; "Lucie, mon bel amour, quelle surprise !" "Eh oui, mon chéri, j'avais envie de te voir, alors je suis venue")...  C'est à peine crédible !

Je remercie mille fois Flammarion Jeunesse pour l'envoi de ce livre.





 

 

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03 juin 2014

En finir avec Eddy Bellegueule

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Eddy, le narrateur, vit dans un village picard entre 1990 et 2000. Il est à l'école victime de harcèlement de la part des autres élèves qui le traite de "pédale", lui crache dessus, le frappe. Eddy a un père alcoolique et une mère pas très futée. Eddy a un père raciste. Eddy vit dans un village dont les habitants sont tous des alcooliques, des racistes, des homophobes, des xénophobes, violents et ignares, crasseux et même parfois incestueux. Bref, Zola à côté c'est la "Haute".

Je continue ?
J'avoue que j'ai eu du mal, parce que trop, c'est trop. Le livre est intitulé "roman", mais aurait apparemment une veine autobiographique. Mais départager la réalité de la fiction, en fin de compte n'est pas le problème. Ok, le narrateur a eu une enfance malheureuse, a été discriminé pour son homosexualité et c'est certes condamnable. Mais on sent ici la narration avant tout comme une vengeance, un règlement de compte qui n'apporte rien. Il n'y a pas d'explications sur le pourquoi du comment. Et dépeindre autrui, à longueur de pages, comme abruti fini, je regrette mais ça me choque.

En ouvrant ce livre, j'ignorais totalement la polémique qui l'entourait (d'ailleurs j'ignorais aussi totalement le sujet). Je peux comprendre que des gens aient été blessés et en particulier sa famille.

J'ai du mal à comprendre l'enthousiasme autour de ce "roman", cette autofiction, (on ne sait pas trop finalement, c'est assez embrouillé).
Bref, une lecture qui m'a vraiment agacée et dont je ne suis pas parvenue à cerner le but, moi modeste lectrice au-dessus de toutes les théories littéraires que l'on peut invoquer. J'ai surtout trouvé qu'il y avait beaucoup de mépris dans ce livre. Et le mépris, ça n'apporte pas grand chose.

En tout cas, ça manque de recul et d'explications. Un premier roman, mais je me passerai des autres s'il y en a.

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29 mai 2014

Le quatrième mur

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En 1974, Georges, étudiant en histoire, militant pro-palestinien, fait par hasard la connaissance de Sam. Sam est grec, juif et metteur en scène. Georges ignore que cette rencontre va changer sa vie à tout jamais, le propulser au coeur du confilt libano-israélo-palestinien, de la guerre civile qui ravage le Liban en 1982-1983, et ébranler ses certitudes.
Sam a un rêve : monter l'Antigone d'Anouilh à Beyrouth, sur la ligne verte qui disloque la ville. Seulement Sam est rongé par la maladie. Il demande à Georges de réaliser ce rêve. George accepte. Il lui faut réunir toutes les communautés et religions du pays qui s'entre-déchire. Une Palestinienne sunnite, un chiite, un Druze, une chrétienne, un maronite. C'est Imane, la belle Palestinienne qui incarnera Antigone "la petite maigre"... Seulement voilà, la réalité de la guerre reprend le dessus sur la fiction de la pièce et le rêve de paix. La veille du jour J, Beyrouth est bombardée par les Israéliens et Chatila massacrée.

Cela fait des semaines que je recule à écrire un billet sur ce roman. Pas parce que je n'ai pas aimé, bien au contraire. Parce qu'il m'a laissée stupéfaite et retournée et que je sais d'avance que je n'en parlerai pas à la hauteur de ce qu'il mérite.

Sorj Chalandon m'avait déjà scotchée avec Mon traître et Retour à Killybegs. Cet écrivain, ancien reporter de guerre, met vraiment ses tripes dans ses romans (et quand il en parle aussi, d'ailleurs).

Outre la dimension émminement littéraire et l'écriture magistrale, ce roman restitue le traumatisme psychique de la guerre, la manière dont les certitudes peuvent être ébranlées, le néant des mots face à l'atrocité. Comment il est impossible de revenir en arrière et de tout effacer quand on a vu le martyr des corps déchiquetés, torturés, violés, brûlés, et entendus les cris de douleur des survivants.

Sorj Chalandon a dit, lors de la mini-conférence au Salon du livre de Paris, que Georges était son double fictionnel : ce roman restitue son expérience de reporter de guerre et la difficulté qui surgit quand il faut retourner dans un pays en paix avec des images de guerre dans la tête. Comment supporter le quotidien de la paix ?

Le "quatrième mur" est le terme employé au théâtre pour désigner l'espace, le mur invisible qui sépare les acteurs du public, qui met à distance les comédiens des spectateurs. Hélas, Georges, à la différence de Sorj, franchira ce mur.

"Je quittais tout. Je n'avais plus rien à faire de la paix. Dans un monde où les enfants pleurent pour une boule de glace."

En lisant ce roman, vous verrez la guerre, vous saurez ce qui s'est passé à Chatila même si vous n'étiez pas pas né ou pas en âge de comprendre, Chatila ne sera plus un mot flou. Et cela restera ancré dans votre esprit pour longtemps.

Sorj Chalandon allie ici son talent d'écrivain et de journaliste. A lire absolument.

Bravo aux lycéens qui ont fait de ce livre leur Prix Goncourt de l'année 2013 : amplement mérité !

 

 

 

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25 mai 2014

Le poison du tigre - Nom de Code : Komiko - tome 2

 

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Pour mon 300e billet sur cette plate-forme, je vous entraîne de nouveau à Hong Kong, retrouver Lian et Matt, alias Komiko et Torch, les bloggeurs/hackers du groupe 04/06 qui poursuivent sans relâche ceux qui assombrissent le monde contemportain.

Le roman débute par une mauvaise nouvelle : l'assassinat de Crowbar, alias Eva dans la vie, le troisième "mousquetaire" du groupe de hackers, au moment même où Matt s'apprête à rejoindre sa patrie du hamburger. Le leitmotiv du récit sera de savoir pourquoi Eva a été assassinée par un type qui est un faux policier... Le départ du jeune Américain au "sourire dentifrice" est donc remis à plus tard. Nos deux amis se lancent dans une nouvelle enquête, pendant que Mingmeii s'extasie devant le dernier chanteur "industriel" de Cantopop à la mode, Jason Cho, au look bad-boy-tablettes-de-chocolat-cheveux-de-rêve.

Une nouvelle aventure au rythme trépidant, qui dévoile un peu plus les jeunes héros, à la personnalité complexe. Lian se trouve prise au piège de ses propres contradictions d'adolescente chinoise : impossible d'accepter moralement que Matt dorme sous le même toit qu'elle alors que pourtant il l'attire. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses :

"Lian ferma les yeux une seconde et se frotta vigoureusement les paupières avant des les ouvrir. Rien n'avait changé : Matt était toujours là devant elle, assis à la table devant son bol. Il ne portait qu'un vieux tee-shirt des Colorado Rockies et un caleçon imprimé.
Lian se sentit rougir et détourna la tête. Elle entra dans la pièce en marchant en crabe et en rasant le mur opposé, comme si elle faisait le tour d'un champ de mines."

Lian et Matt sont un peu comme chien et chat dans cette nouvelle aventure, d'autant que Lian est têtue voire bornée, imprudente et qu'elle cumule les bourdes au risque de mettre sa vie en péril un peu trop facilement. Ce qui n'arrange rien c'est que Matt se met par moment à bouder.

N'empêche, le cadavre d'une femme dont le taux de calcium est beaucoup trop élevé mettra leurs querelles d'adolescents en sourdine, surtout quand il est question du pouvoir de l'os de tigre ou plus précisément du commerce fait autour d'un pseudo-médicament de la médecine traditionnelle chinoise, interdit depuis le XXe siècle mais dont le marché noir est florissant. Mais, interroge Lian, est-ce que ce que vendent les grands laboratoires américains est parfaitement sain pour tout le monde ?

Un deuxième volume aussi palpitant que le premier, avec en toile de fond une Chine oscillant entre tradition et modernité, le trafic animal, les médicaments frelatés et la tromperie des vendeurs de rêve (poudre de perlimpin pimpin, chanteurs industriels "Photoshopés...). Les personnages sont toujours aussi attachants parce que loin d'être lisses et parfaits. Le tout est enrobé d'une bonne dose de technologie moderne.

Un page turner que j'ai eu du mal à lâcher, d'autant que le dépaysement chinois est réel grâce à  une bonne recherche documentaire sur Hong Kong et non pas une Chine de pacotille en toile de fond.

Un ensemble qui plaira sûrement aux jeunes lecteurs, mais pas seulement : moi ça m'a beaucoup plu !  Et même la couverture !
Alors vivement que le tome 3 atterrisse dans ma pile à lire !

 

 

 

 

 

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20 mai 2014

Mort en été

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4e de couverture : "Dublin, 1952. Dirk Jewell, le propriétaire du Daily Clarion, quotidien de la ville, est retrouvé mort chez lui, un fusil dans les mains. Appelés sur les lieux du drame, Quirke, le légiste tourmenté, et Hackett, l'inspecteur qui l'aide sur tous ses mauvais coups, constatent qu'il ne s'agit pas d'un suicide, mais d'un meurtre. L'homme était marié et père d'une fillette, richissime, très influent, redouté, jalousé, peu populaire, bref, voilà un meurtre entouré d'autant de suspects que de mobiles potentiels. Dès sa première rencontre avec les proches de la victime, Quirke est troublé par l'énigmatique veuve, par sa solitude, son mystère, sa froideur, son charme. Cette attirance va l'entraîner sur un chemin que sa conscience aurait dû lui interdire de suivre, et sérieusement compliquer l'enquête..."

Quatrième rendez-vous avec l'attachant Docteur Quirke, qui n'est pas un George Clooney dublinois, mais un médecin légiste adorablement bourré de défauts. Ayant largement trop abusé de la bouteille dans le volume précédent, il a renoncé à l'alcool après une cure de désintoxication. N'empêche, Quirke n'a pas besoin de boire pour endosser un rôle, devenir un autre personnage : celui du détective privé. C'est la mort du magnat de la presse dublinoise, Richard Jewell, surnommé très poétiquement Diamond Dick Jewell, c'est-à-dire en gros "Diamond du Gland de mes bijoux de famille"...
Ce qui pique la curiosité de Quirke et le mènera sur une pente glissante, c'est qu'aucun membre de la famille ne semble attristé par la mort de cet homme à la réputation sulfureuse. Malgré l'avertissement de sa fille Phoebe, notre bon vieux docteur se lance dans une enquête parallèle à celle son ami l'inspecteur Hackett, parce qu'il croit au meurtre et non au suicide. La police est une peu trop molle du genou à son goût !

En parlant de genou, on ne peut pas dire que Quirke soit très sage. Il est complètement scotchée par Françoise d'Aubigny, la veuve de Dirk Jewell, une Française et fait fi d'Isabel Galoway. Mais non content de mettre sa vie sentimentale sens dessus dessous, il tente même d'y entraîner Phoebe qu'il voudrait bien voir se caser avec son collègue, le jeune David Sinclair.

Si dans La disparition d'April Latimer, Benjamin Black mettait en scène un noir à Dublin, ici, il présente une autre minorité et tout le mystère et les préjugés qu'elle suscite dans l'Irlande des années cinquante : le juif, avec les personnages de David Sinclair et de la famille Jewell.

On retrouve aussi les thèmes chers à Benjamin Black : la maltraitance enfantine, la perte d'identité, la famille disloquée, le secret de famille. La résolution de l'énigme fera une fois de plus du coupable avant tout une victime. On devine d'ailleurs un peu trop vite qui est coupable de la mort de Richard Jewell, même si la raison de ses actes est savamment gardée jusqu'au bout.

Un roman noir agréable à lire même si cette fois j'ai trouvé que c'était un peu moins prenant que dans les précédents volumes.

L'autre défaut (indépendant du talent de l'auteur)  est que la parution des tomes en France est trop espacée : du coup on a du mal à se rappeler ce qui s'est passé auparavant. Mieux vaut avoir pris des notes car les principaux protagonistes évoluent.

Enfin, le personnage de la femme française est tellement caricatural que cela en est presque comique. Je ne vois pas John Banville/Benjamin Black ne pas le faire volontairement, mais je ne vois pas ce que cela apporte à l'intrigue puisque ce n'est même pas drôle cette femme fatale face au médecin tourmenté.

J'attends mieux du tome 5. Et dommage pour le doigt de David...
En tout cas, je veux savoir quelle sera  la prochaine bêtise de Quirke !

 

18 mai 2014

Les Mordus du Polar 2014 : the Final !!

 

Après un suspense intenable qui durait depuis des mois, le résultat des votes des petits lecteurs parisiens a enfin été dévoilé hier, lors d'un après-midi festif à la bibliothèque Buffon.

Et le lauréat du Prix des Mordus du Polar 2014 est .....

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Le tome 1 de Nom de code : Komiko 
"Dans la nuit de Hong Kong",

La sélection, pour ce que j'en ai lue, était très bonne. Alors bravo au lauréat pour avoir été élu comme le meilleur des meilleurs ! Il était dans mon top 1 également.

J'ai dévoré le tome 2  - chronique bientôt. Il me reste à lire le tome 3 qui vient de sortir.

Pour les photos et le compte-rendu de la sympathique après-midi, c'est ICI

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11 mai 2014

Le liseur du 6h27

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4e de couverture : "Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au servie d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zestor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuilles sauvés la veille des dent de fer de la machine...
Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement."

Quand Babelio m'a proposé ce livre, j'avoue que la quatrième de couverture m'a fait hésiter. L'histoire me paraissait loufoque et surtout je voyais le tableau : un enchaînement de récits dans le récit. Très peu de renseignements sur l'auteur, juste qu'il vit dans les Vosges (à quoi ça sert?), que c'est son premier roman et qu'il est un nouvelliste exceptionnel, lauréat par deux fois du Prix Hemingway. Et quand je lis une quatrième de couverture, les superlatifs me rendent toujours méfiantes, exactement comme quand je vois des bandeaux du style "vendus à 1 millions d'exemplaires" etc. Mais comme j'ai le goût du risque, du moins un peu, j'ai accepté de recevoir le livre. Et puis, en même temps, paradoxalement, cette histoire de liseur m'intriguait (forcément !).

Guylain aurait un prénom presque normal si associé à son nom de famille, il n'avait pas été victime de contrepètrie durant son enfance, se voyant appelé Vilain Guignol. Guylain a 36 ans et vit tout seul dans un studio de banlieue avec pour unique compagnon, Rouget de Lisle, son poisson rouge. Ses seuls amis humains sont deux collègues de l'usine de recyclage de papier où il travaille : un cul-de jattes et un type qui déclame des alexandrins sur commande. Ces employés ont pour chef un "bourrin" dont le seul rêve, à part pourrir la vie de ses subordonnés, est de détenir le permis de la Chose, le monstre d'acier qui pillone les livres invendus qui entrent dans l'usine. On peut dire que Guylain n'a pas beaucoup de chance dans la vie, d'autant que cet amoureux des mots, des livres et de la lecture passe ses journées à pilonner les bouquins dont il prélève en cachette ce qu'il appelle "les peaux vives", des feuilles dégoulinantes qu'il fait sécher dans un buvard pour les lire le lendemain matin aux passagers du RER de 6h27. Ce moment illumine sa vie morne et solitaire. Jusqu'au jour où... il croise deux petites mémés intrépides et trouve une mystérieuse clé USB...

Passé la surprise des premiers chapitres, on ne lâche plus ce roman bourré d'humour noir et peuplé de personnages qui cherchent à échapper à la destruction, à leur solitude et à s'élever au-dessus de leur existence morne. Et ils doivent leur salut à la lecture, à son pouvoir de socialisation et d'échappatoire à la violence du monde. On ne s'ennuie pas un seul instant.

Et autant vous dire tout de suite qu'après cette lecture, vous ne regarderez plus jamais la dame pipi des toilettes publiques de la même manière ! Il y a quelques moments particulièrement truculents dans ce roman, un zeste scatologique, mais pour mieux montrer que même ceux qui se croient invincibles, peuvent rapidement se retrouver eux aussi seuls au monde...

Un petit bijou de lecture à ne pas rater et une sacrée belle découverte pour moi cette semaine. De la littérature française qui donne le sourire et vous fera même éclater de rire. Ca fait plaisir !

Je remercie Babelio et les Editions Au Diable Vauvert de m'avoir offert ce roman.

 

 

 

 

 

08 mai 2014

Sarah Thornhill

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Sarah vit en Australie, au début du XIXe siècle, au bord du long fleuve tortueux Hawkesbury, en Nouvelle Galles du Sud. Sa mère est morte quand elle était toute petite. Son père, un Anglais banni pour vol, est maintenant affranchi. Il est propriétaire terrien, s'est remarié à une femme que Sarah appelle Ma. Ils vivent aux côtés d'Aborigènes (même si ce nom n'est jamais écrit explicitement), des "naturels", comme ils disent, de pauvres hères en guenilles. Sarah a pour meilleur ami Jack Langland, un métisse de père anglais et de mère "naturelle". Pour Sarah, cela n'a aucune importance. Elle finira par tomber amoureuse de son ami d'enfance. Ils prévoyaient de se marier. Mais voilà que son frère Will trouve la mort en mer, alors qu'il était parti pêcher en Nouvelle-Zélande avec Jack. Un premier secret est révélé et ce sera la fin de la vie tranquille et innocente de Jack et Sarah...

Si vous avez besoin de vous aérer l'esprit, de changer d'air, je ne peux que vous conseiller ce roman incroyable, qui m'a emportée loin pendant les quelques jours qu'il m'a fallu pour le dévorer ! Une fresque familiale et une histoire d'amour (sans mièvrerie), certes, mais aussi un roman sur l'ambiance de l'Australie de cette époque où le racisme et les préjugés sont encore monnaie courante et dont on parle ainsi du passé de l'île :
"Y avait partout des noirs, à l'époque. Les gens parlaient de sauvages vivant dans des coins reculés, où les blancs avaient encore jamais mis les pieds : ils se promenaient nus comme des vers et mangeaient leurs bébés, qu'ils disaient. Ils tuaient tous les blancs qu'ils rencontraient et leur arrachaient le coeur."

Mais si les habitants de cette terre sont racistes et méfiants vis-à-vis des autochtones noirs, ils le sont aussi entre blancs : ceux qu sont arrivés libres regardent d'un oeil condescendant ceux arrivés bannis et maintenant affranchis. Et puis, parmi ces Anglais, il y a également des Irlandais. Dont un originaire de Cork, le gentil Mr Daunt, désargenté et sa gouvernante, Maeve. Daunt est en fait un Anglo-Irlandais et il explique à Sarah qu'il ne parle pas la langue originelle de Maeve (le gaélique).

Ce roman est donc aussi celui de l'Australie du melting pot contraint ou voulu car oui, les sangs s'y mêlent pour conduire à des histoires d'amours, entre noirs et blancs, entre métis et Maoris, entre Anglais et Irlandais. Le sang est hélas aussi celui du crime, qui est le nerf narratif du secret révélé dans le roman, et du poids de la culpabilité qui s'ensuivra.

J'ai aimé le personnage de Sarah, héroïne très attachante par son courage et son grand coeur, quelqu'un sur qui on peut compter. Une jeune femme qui saura s'affranchir du poids de la culpabilité qui pèse du sa famille. 
J'ai aimé la suivre dans les méandre du fleuve Hawkesbury, qui à chaque recoin révèle un paysage étonnant. Et puis observer avec elle et sa fille Sadie, les kangourous dans le Bush, m'embarquer avec le mal de mer en Nouvelle-Zélande pour rencontrer les Maoris.

Un roman très divertissant, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Je le classe parmi mes coups de coeur de l'année. C'est le livre de Kate Grenville que je lis. J'y reviendrai parce qu'elle vous rend addict !

Je remercie Anne-Charlotte des Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman : excellente proposition !

 

 

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04 mai 2014

Sweet Sixteen

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Ce roman est tiré d'une page de l'histoire américaine : l'intégration en 1957 de neuf étudiants noirs dans un prestigieux lycée réservé aux blancs. Nous sommes à Little Rock, Arkansas, Etat sudiste ségrégationiste.
Quand on lit la date à laquelle de déroule l'histoire, on y regarde à deux fois : 1957 ?? . Même pas le 19e siècle mais bien le 20e et il n'y a pas si longtemps que ça. On a beau savoir que la ségrégation raciale aux Etats-Unis existait encore à cette époque, en ce qui me concerne ça me fait toujours bondir autant.
Le récit alterne deux narrations : celle de Molly Costello, une des jeunes noires ayant intégré le Lycée Central et Grace, et celle d'une lycéenne blanche, Grace.
Mais d'un point de vue comme de l'autre, ce qui ressort c'est le calvaire subi les jeunes noirs (et leur famille, en l'occurrence celle de Molly). Menacés, insultés, lynchés dès que c'était possible, les Neuf ont rapidement dû être mis sous protection de l'armée sur ordre d'Eseinhower lui-même.
"A la caféteria, dès qu'elle ou l'un des autres étudiants entraient, c'était des cris d'animaux à n'en plus finir, des jets de nourriture ou même des canettes de soda." Et là, encore je dirai presque que c'est soft. Alors imaginez quand même que ce qui animaient certains blancs c'était le meurtre des gamins ! Ca allait jusque-là !
En lisant le récit de Molly, on se demande comment elle a pu résister à tout cela. Sa douleur et sa tristesse sont mises en valeur par le récit d'abord très futile de Grace dont le problème de l'intégration des noirs à l'école ne préoccupe pas plus que ça : si elle fait tout de même des réflexions sur l'événement, c'est parce que la mère de sa meilleure copine est la leader locale de la révolte des blancs contre cet événement, au nom de la sécurité de leurs enfants. Grace est au début rien d'autre qu'une dinde, qui a principale préoccupation son nombril : ses fringues, sa réputation, le mec qu'elle vise pour mieux se faire mousser, la bagnole dans laquelle il va la traîner pour mieux faire baver les autres. Bref, pauvre petite fille riche ! Mais, à force de voir Molly tous les jours, à force la voir se faire humilier sans broncher, elle finit par oublier sa couleur et c'est l'admiration qui naît, surtout après un traquenard odieux orchestré par sa meilleure copine, qui la hantera jour et nuit. Les oeillères lui tombent et son mec est finalement pas si super que ça...

"Sweet Sixteen", avoir 16 ans est un événement aux Etats-Unis. Ironie du titre pour l'une comme pour l'autre des protagonistes, qui grandiront plus vite que prévu. L'ennemi commun des noirs et des blancs qui viennent en aide aux noirs s'appelle Ku Klux Klan.

Annelise Heurtier a modifié les noms des principaux protagonistes puisque son but n'était pas d'écrire "une leçon d'histoire, conforme en tout point de vue à la réalité, mais de retranscrire la brutalité des jours que Melba Pattillo et ses huit autres camarades ont enduré au Lycé central. Puisqu'il s'agit avant tout d'une fiction, les noms des principaux protagonistes ont été changés". Elle rappelle en préface qu'on peut lire l'incroyable témoignage de Melba Patillo (Molly) dans l'autobiographie Warriors don't Cry, a Searing Memoir of the Battle to Integrate Little Rock's Central High (Washington Square Press, 1994).
Enfin, en post-face, elle informe que les Huit ont été reçu et décoré par Barak Obama en 2008 (huit, parce que le neuvième avait déclaré forfait et avait quitté le lycée).

Une très belle lecture. Le seul reproche que je peux faire c'est que j'ai trouvé que le personnage de Grace changeait un peu trop soudainement de comportement. Mais cela est compensé par le fait que la difficulté des blancs face au KKK est bien mise en évidence. Aider un noir en étant blanc était un danger de mort.
J'ai évidemment aussi beaucoup pensé à La Couleur des sentiments en lisant ce livre.

Un roman de jeunesse riche, qui est bien plus que cela et qu'on peut conseiller aux adultes. Un style simple et limpide qui rend la lecture accessible aux plus jeunes une page sombre de l'histoire des Etats-Unis : la ségregation raciale. Et qui remuera aussi des exemples plus proches et plus contemporains...

 

 

 

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